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28 / 01 / 2026 | 16 vues
Catherine Gras / Membre
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IA diabolique versus électrique féérique

Frilosité et pessimisme des européens versus alliance de souveraineté numérique europe-inde

 

Myriem MAZODIER, Inspectrice générale honoraire de l’administration de l’éducation nationale et de la recherche membre du comité de rédaction de la Revue SERVIR _ Alumni de l’ENA et de l’INS, membre du Collectif Galilée.sp a bien voulu nous livrer ses réflexions....

 

Le siècle des Lumières est encore un siècle sans éclairage, l’électricité ne fait son apparition qu’à la fin du XIXème et il faut attendre le XXème siècle pour voir apparaître dans les villes l’éclairage public, des tramways usinés et des installations électriques dans des foyers de gens aisés. C’est seulement à partir de 1930 que sont créés en Occident de grands réseaux nationaux d’électricité qui permettent d’atteindre les campagnes. Après 1950, réfrigérateur, machine à laver, télévision font passer l’électricité d’objet de luxe à besoin fondamental et la France (plutôt en avance dans les villes) rattrape son retard dans les campagnes. On peut considérer qu’à la fin des années 50, quasiment toutes les habitations en France métropolitaine disposent de l’électricité.

 

Cette révolution qui permet de s’affranchir du rythme diurne/nocturne des saisons et de faciliter le travail humain me paraît personnellement beaucoup plus importante que l’intelligence artificielle qui n’est qu’une descendante parmi d’autres de ce que les intellectuels d’alors appelaient la fée électrique. La grande majorité des intellectuels a accueilli avec enthousiasme, fascination, voire avec un véritable messianisme progressiste, l’électricité surnommée couramment « la fée électricité », expression qui traduit bien l’émerveillement dominant chez les scientifiques, les écrivains, les artistes et une bonne partie des philosophes.

 

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Bien sûr il y a eu quelques critiques, mais elles étaient minoritaires, indirectes. Certains romantiques tardifs, symbolistes ou naturalistes, regrettaient la disparition du mystère, de l’ombre, du clair-obscur, remplacés par une lumière crue et uniforme. Quelques poètes fin-de-siècle trouvaient l’éclairage électrique « vulgaire » comparé à la bougie ou au gaz. Parmi les philosophes, Henri Bergson et Nietzsche critiquent la civilisation technique qui spatialise le temps, mécanise la vie, et éloigne de l’élan vital et de la durée qualitative, mais ne visent pas nommément l’électricité.

 

Si une partie du public (surtout rural et populaire) craignait encore en 1900 la foudre domestiquée, les électrocutions, les « fluides invisibles », ces craintes n’ont pas été relayées (à l’exception de quelques catholiques conservateurs hostiles au travail de nuit) par les intellectuels, les journalistes, les politiques et personne ne semble avoir éprouvé le besoin de réglementer en la matière. Ma mère arrivant   jeune épouse dans la maison familiale de son mari en Haute-Loire (sans électricité ni eau courante) demande tout de suite l’électricité et c’est elle-même qui réalise le câblage dans toutes les pièces avec des fils électriques en tissu.

 

Bref l’État s’occupe de PRODUIRE l’électricité (construction des centrales, des réseaux, etc.), pas de REGLEMENTER son utilisation.

 

Si l’on compare à ce qui se passe actuellement pour l’IA générative, on ne peut qu’être frappé du contraste. Comme pour l’électricité, les premières découvertes sont dues à des chercheurs occidentaux, mais avant même de produire, l’Europe se préoccupe des usages et veut REGLEMENTER.

 

Intellectuels et media européens n’hésitent pas à diffuser une vision diabolique de l’IA. L’IA selon eux reflète le pire de l’humanité sans filtre moral, elle affirme des choses fausses avec une assurance totale, peut inventer des faits, des références, des lois, des événements historiques… et beaucoup de gens y croient parce que « ça sonne intelligent ». L’IA parle, raisonne, exprime des « émotions », crée de l’art… mais n’a pas d’âme, pas de libre arbitre. Tout ceci n’est pas faux, mais n’incite guère à PRODUIRE de l’IA.

 

Aussi ne faut-il pas s’étonner si l’Europe est très dépendante des modèles américains (80-90 % des données européennes passent par des infrastructures majoritairement américaines) ou chinois, qui bénéficient de milliards d’investissements et qui visent l’efficacité. A noter que ce sont les US qui ont les premiers dénoncé les biais des algorithmes mais après utilisation, pas a priori. Comme pour l’électricité, américains et chinois commencent par produire, avant d’introduire progressivement des normes, tandis que l’Europe semble choisir le chemin inverse. Si l’électricité était créée aujourd’hui, je pense qu’on aurait d’abord une réglementation pour éviter les cas d’électrocution avant d’envisager la construction d’une centrale électrique.

 

Difficile en 2026 de préjuger du futur. La bataille n’est pas encore définitivement perdue, l’objectif politique de souveraineté numérique désormais s’affiche avec le slogan, passer d’une Europe des utilisateurs à une Europe des producteurs du numérique.

 

L’Europe pourrait suivre le modèle indien, qui a misé depuis 2010 sur l’indépendance numérique vis–à-vis des chinois ou américains, qui promeut massivement les modèles multilingues (22 langues officielles + dialectes), l’inclusion (agriculture, santé, éducation rurale), les « sovereign AI » (modèles souverains indiens), et les applications verticales plutôt que les modèles géants low-cost. L’Inde a banni depuis 2020 plus de 200 applications chinoises (TikTok, WeChat…), développe les agents vocaux (très utiles pour l’illettrisme partiel et les zones rurales) et ainsi ne laisse pas sur la route ceux qui ont du mal à écrire. Et si l’Europe multilingue s’inspirait de l’Inde en montrant que l’IA n’est pas seulement utile aux services fiscaux mais aux contribuables et à toute la population ?

 

La création de l’EU-India Trade and Technology Council (TTC), lancé en 2023 et renforcé en 2025, vise à créer un axe démocratique alternatif en technologie numérique (vs. USA/Chine). L’Inde apporte son échelle et son modèle DPI inclusif, l’Europe ses normes, son financement R&D et sa quête de souveraineté, les deux parties œuvrant pour une transformation numérique centrée sur l’humain.

 

pour lire la note complète: 

https://www.galileesp.org/i-a-diabolique-versus-electricite-feerique/
 

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