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12 / 07 / 2021 | 74 vues
Pascal Beau / Membre
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Retraite : la question des 64 ans est un faux débat

A priori, Emmanuel Macron devrait différer son intention de réformer les retraites, une énième concertation cet automne, en instaurant l’âge légal à 64 ans, fût-ce progressivement, contre 62 ans actuellement.



Tous les acteurs publics et sociaux du pays sont plus ou moins sommés de se prononcer sur cette question des 64 ans. Comme nous l’indiquons depuis toujours, la vérité est différente du simplisme habituel du débat public et médiatique. Il suffit de se reporter aux données de la CNAV et du COR pour éviter les fausses routes intellectuelles et politiques.

 

Dans son dernier rapport, le Conseil d’orientation des retraites fait litière du drame financier des retraites de la France sur le long terme. Ce qui, en soi, ne veut pas dire que toute réforme serait inutile. L’urgence n’est pas à l’assurance vieillesse mais plutôt à l’assurance maladie où les déficits explosent (pour cause de crise sanitaire notamment mais pas seulement). La CNAV a récemment publié des données particulièrement intéressantes sur la socio-démographie des départs en retraite. Qu’y apprend-on ?

 

L’âge moyen de départ en retraite, toutes situations confondues (incluant donc les départs anticipés pour cause de carrières longues, d’invalidité, de handicap, de pénibilité, de travailleurs dans l’amiante etc), est bien de 62,8 ans. Mais les femmes liquident leurs droits à 63 ans et les hommes à 62,5 ansSi l’on prend uniquement les gens en droit commun, sans situation dérogatoire au titre des cas déjà cités, l’âge moyen de départ passe alors de 62,8 à 63,5 ans.

 

CQFD. Hormis les cas de départs anticipés, la majorité des départs en retraite frôle déjà les 64 ans. Une information à communiquer d’urgence au chef de l’État, des fois que ses conseillers n’aient pas la force d’ouvrir les dossiers de la CNAV. À moins de supprimer les droits aux départs anticipés (bon courage !), la vraie marge de manœuvre porte sur la durée de cotisation plutôt que sur l’âge légal.


Sur les quelque 614 189 nouveaux pensionnés de droits directs en 2019 au titre de la CNAV, quelle décomposition ?

  • 510 251 ont des pensions normales ;
  • 54 918 ont des pensions d’ex-invalides et 49 020 sont des inaptes au travail.

 

En outre, bien des pensionnés bénéficient d’une situation dérogatoire :

  • 129 882 retraite anticipée au titre d’une longue carrière ;
  • 2 604 au titre d’assurés handicapés ;
  • 4 067 comme travailleurs de l’amiante ;
  • 3 123 au titre de la pénibilité.

 

En fait, sur les 614 189 nouveaux retraités, 40 % bénéficient d’une situation certes légale mais particulière.

On ajoutera que les nouveaux pensionnés bénéficiant d’un droit légal de départ avant 62 ans ont en moyenne cotisé 176 trimestres, soit 44 ans de travail.


Réformer les retraites réclame d’abord du calme et de la connaissance du fond du dossier.

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Décidément , au moment où le Gouvernement s'interroge sur les décisions à prendre en matière de retraites et où commentaires et réactions s'expriment de tous bords,  les réflexions "d'experts" de toute nature et  les "contributions" ne manquent pas..! 

Un de plus avant les vacances retiendra l'attention... celui que vient de publier le COR ( Conseil d'orientation des retraites) (1)  consacré à " l'espérance de vie dans les modèles de simulation des régimes de retraite"... vrais sujet..?

 

L'espérance de vie est certes une donnée importante dans ce dossier récurrent et éminemment sensible...

Pour le COR, cet élément est essentiel pour anticiper les dépenses futures du système de retraite et pour comparer la durée de retraite des générations successives.

De nombreux travaux mettent en évidence des disparités importantes d'espérance de vie selon la catégorie socioprofessionnelle des individus. Ce constat a conduit un certain nombre de régimes de retraite à élaborer des tables de mortalité spécifiques qui reflètent au mieux les caractéristiques de leur population d'assurés.

 Le rapport a pour objectif de mieux cerner comment les régimes intègrent cette mortalité différentielle dans leurs modèles de simulation et à vérifier qu'elle ne conduit pas au global à s'éloigner significativement des hypothèses démographiques projetées par l'INSEE.

 

Parmi les questions abordées:

 

  Quelle est la mortalité observée des anciens salariés du secteur privé ?

Les retraités percevant une pension normale ont en moyenne des espérances de vie supérieures aux bénéficiaires d’une pension pour inaptitude et aux exinvalides 

Les anciens cadres affiliés à l’AGIRC-ARRCO connaissent la mortalité la plus faible du régime alors que les non-cadres ont une espérance de vie proche de celle de la population française 

 

 Quid des anciens fonctionnaires ?

Les retraités de la fonction publique d’État, hors invalides et militaires, ont une espérance de vie plus élevée que celle de l’ensemble de la population française 

L’écart le plus important concerne les emplois de catégorie A et B, qu’ils soient sédentaires ou actifs, ainsi que les militaires officiers pour les hommes.

 Dans la fonction publique territoriale et hospitalière, le constat est plus nuancé

Au global, l’espérance de vie des retraités de la CNRACL est proche de celle de l’ensemble de la population française, légèrement plus élevée pour les femmes et légèrement plus faible pour les hommes.

 

 Quels sont les régimes qui utilisent exclusivement les tables de mortalité de l’INSEE ?

Sept régimes sur les 16 interrogés par le COR utilisent exclusivement les tables de mortalité de l’INSEE dans leur modèle de projection : le régime de retraite de la Banque de France, le FSPOEIE, la CNBF, le régime spécial de la RATP, la CRPEN, l’ENIM et la CNAVPL

Pour le COR, lusieurs raisons peuvent expliquer ce choix : la mortalité de leurs affiliés est comparable à celle de la population française ou bien leurs effectifs de retraités sont trop faibles pour élaborer des estimations fiables de mortalité ; il peut également s’agir d’une disposition réglementaire.

 

 Quels sont les régimes qui élaborent leurs propres tables de mortalité ?

L’IRCANTEC, la CNIEG, le régime des Mines, la MSA (non-salariés agricoles), la CPRPSNCF, le SRE, l’AGIRC-ARRCO, la CNAV et la CNRACL élaborent leurs propres tables de mortalité en raison de l’écart de mortalité observé par ces régimes.

Pour ces régimes, utiliser des tables de mortalité spécifiques permet de mieux mesurer le risque de longévité et d’estimer au plus juste les engagements financiers.

 

  Comment étudier l’impact de mortalité différentielle sur les projections financières ?

Le fait qu’un retraité puisse être affilié à plusieurs régimes rend toutefois cette comparaison difficile.

 

 La prise en compte d’une mortalité différentielle par les régimes conduit-elle à s’éloigner au global des hypothèses démographiques projetées par l’INSEE ?

Au global, l’évolution des masses de pensions versées par la CNAV, l’AGIRC-ARRCO, le SRE et la CNRACL, sur la base de leurs hypothèses propres de mortalité, indiquerait une mortalité légèrement inférieure à celle du modèle Destinie .

 

MAIS, il semble bien que l’écart n’est pas tel qu’il pourrait changer l’appréciation que l’on peut porter globalement sur la situation du système de retraite ; il apparaît seulement que les projections COR fondées sur l’agrégation des projections des régimes sont sur ce point « prudentes » par rapport à celles qui ressortiraient de l’emploi du modèle Destinie

 

De quoi "nourrir" un peu plus le cahier de devoirs de vacances de nos dirigeants..?

 

 

(1) le contenu complet du dossier:  Prise en compte de l'espérance de vie dans les modèles de simulation des régimes (2ème volet) | Conseil d'orientation des retraites (cor-retraites.fr)

Rapport Tirole/Blanchard ...un rapport de plus pour nourrir le débat sur les retraites?

Le Président de la République avait demandé, en mai 2020, à 26 économistes de réfléchir à la dimension économique de trois thématiques : la lutte contre le réchauffement climatique, la réduction des inégalités, et l’adaptation au vieillissement de la population.

 

La commission sur « Les grands défis économiques » a travaillé , sous l’égide d’Olivier Blanchard et de Jean Tirole, et a rendu son rapport la semaine dernière.

 

Concernant le sujet des retraites, les économistes estiment que la retraite universelle à points que voulait instaurer le gouvernement est une bonne façon de réformer le système, jugé injuste et illisible. Ils considèrent que comme la durée de vie continue d’augmenter, il est inévitable que l’âge moyen de départ à la retraite des Français augmente.

 

Or, le rapport du Conseil d’Orientation des Retraites paru fin juin a revu à la baisse le besoin de financement des retraites et indique qu’à l’horizon 2070, le système des retraites sera en excédent. De plus, les difficultés des retraites sont avant tout liées à l’emploi des jeunes et des séniors.

 

 En effet, déjà actuellement, la moitié des personnes qui partent à la retraite ,ne sont déjà plus dans l’emploi !

 

Les auteurs du rapport plaident ainsi pour une hausse de l'âge de départ moyen, sans créer un âge unique à taux plein, et en attribuant des points gratuits aux plus modestes, « pour éviter que leur situation financière ne s’approche du seuil de pauvreté »… !

 

D’autre part, ils préconisent qu’ « il faut agir vite, avant que les difficultés financières ne mettent totalement sous pression le système de retraite ».

 

Ces propositions sont loin de nous rassurer et nous ne  ne manqueront  pas de rappeler notre ferme  opposition que ce soit au système universel par point ou à toute réforme paramétrique.

 

En tout état de cause, la détermination de notre organisation syndicale   est intacte contre la réforme des retraites envisagée !

 

Pour en savoir plus:   https://www.strategie.gouv.fr/sites/strategie.gouv.fr/files/atoms/files/fs-2021-rapport-les_grands_defis_economiques-juin_0.pdf