Gestion des préfets: pour la Cour des Comptes...une modernisation à poursuivre !
La Cour des Comptes s'est penchée sur le sujet sous ses différents aspects: modalités de recrutement, d’affectation, de formation, d’évaluation et d’accompagnement des parcours des personnels nommés à ces emplois. Elle vient de rendre ses conclusions dans un rapport qui vient d'être rendu public (1) à partir des évolutions constatées sur la période 2019/2024, ce qui intègre la réforme de l’encadrement supérieur de l’État qui a commencé à se mettre en place à partir de 2021.
Cette réforme devait instaurer une gestion plus transversale des cadres supérieurs de l’État, afin de favoriser une plus grande mobilité de ces derniers et l’ouverture des emplois qu’ils occupent à une diversité accrue d’origines professionnelles.
Deux ans après l’entrée en vigueur de la mise en extinction du corps préfectoral, la Cour constate que les évolutions intervenues ont produit des résultats contrastés, et pour certains insuffisants, au regard des objectifs d’ouverture et de décloisonnement des carrières visés par la réforme en question.
Pour la Cour des Comptes, "le ministère de l’intérieur doit donc approfondir les efforts engagés pour moderniser la gestion des emplois de préfet, en rompant avec certaines postures habituelles"' et "la gestion des parcours professionnels des préfets doit davantage s’inscrire dans un cadre interministériel, en s’appuyant sur des outils d’évaluation et de formation rénovés."
Parmi les principales observations formulées:
- Des profils qui se diversifient mais restent insuffisamment féminisés
Plusieurs indicateurs, comme l’augmentation de la proportion de préfets occupant un tel emploi pour la première fois (42 % fin 2024 contre 32 % fin 2019) ou la baisse de la proportion de préfets affectés au ministère de l’intérieur à l’issue de leur scolarité à l’ENA (passée de 86 % à 75 % au cours de la même période), traduisent un mouvement de renouvellement et de diversification des profils nommés aux emplois de préfet...à poursuivre.
Si le ministère de l’intérieur a mis en œuvre des mesures visant à promouvoir l’accès des femmes aux fonctions préfectorales, notamment à travers un cycle de formation destiné aux cadres féminins, un écart persistant subsiste entre, d’une part, les objectifs de parité affichés et, d’autre part, la féminisation des nominations.
En raison des choix de nomination, la proportion de femmes préfètes s’est réduite de 27 % à 24 % entre 2019 et 2024
- Un accompagnement aux mobilités vers d’autres ministères à renforcer
Alors que le développement des mobilités est l’un des principaux objectifs de la réforme de l’encadrement supérieur de l’État, le nombre d’anciens préfets exerçant d’autres fonctions au sein du ministère de l’intérieur ou poursuivant leur carrière professionnelle en dehors de ce dernier est resté stable (passant de 102 fin 2019 à 104 fin 2024).
- Des évolutions culturelles à amplifier
Le ministère de l’intérieur a engagé des travaux visant à améliorer les conditions concrètes d’exercice des fonctions de préfet afin de mieux concilier leur vie professionnelle avec leur vie personnelle. En dépit des sujétions inhérentes à la fonction, des marges de progrès subsistent. Aujourd’hui fixée à deux années, la durée cible minimale dans un emploi de préfet prise en considération par le ministère de l’intérieur pour proposer une nouvelle affectation à l’autorité de nomination devrait être portée à trois années.
- Des outils d’identification et de gestion des compétences à mieux utiliser
Le ministère de l’intérieur a joué un rôle précurseur dans la mise en œuvre d’« évaluations à 360° », dont le dispositif « parcours et carrière » a généralisé les principes à l’ensemble de l’encadrement supérieur de l’État. Toutefois, la pratique du ministère de l’intérieur n’a pas suffisamment évolué pour répondre aux objectifs interministériels et apprécier plus objectivement les aptitudes afin d’exploiter pleinement les évaluations réalisées.
En matière de formation, le ministère de l’intérieur accompagne mieux qu’auparavant les préfets qui exercent pour la première fois cette fonction. Il conviendrait cependant qu’il individualise davantage son offre de formation, celle-ci étant inégalement sollicitée et adaptée aux besoins des préfets. Conformément aux lignes de gestion interministérielles, il devrait par ailleurs mettre en place des plans de formation continue, qui faciliteraient la poursuite de la carrière des préfets dans d’autres champs professionnels.
Afin que la modernisation de la gestion des préfets franchisse de nouvelles étapes, en conformité avec les objectifs de la réforme de l’encadrement supérieur de l’État, la Cour , en conclusion formule une dizaine de recommandations à mettre en oeuvre rapidement:
https://www.ccomptes.fr/sites/default/files/2026-07/20260728-S2026-0413-La-gestion-des-prefets.pdf
(1) Le contenu de ce rapport: