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02 / 10 / 2026 | 5 vues
Jean Louis Cabrespines / Abonné
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Prendre soin du monde : quelle réponse au chaos ?

Après 3 jours de congrès à Montréal dont le sujet était « prendre soin du monde, la contribution essentielle de l’économie sociale et des entreprises publiques », me voici plongé dans l’ouvrage de Pascal Michard (1) dans lequel il pose un constat totalement en adéquation avec l’interrogation de ce congrès : « Nous avons vécu dans un monde où le lendemain permettait d’espérer mieux qu’aujourd’hui, mais surtout où il y avait une relative prévisibilité de ce qui pouvait se passer, de ce qui pouvait advenir à moyen et même à plus long terme. Aujourd’hui, je pense que nous sommes entrés dans un monde d’incertitude, d’imprévisibilité, et je dirai même, pour ma part, de chaos. Ce constat n’est pas très original en soi, sauf que ce chaos revêt un sens quasi métaphysique mais aussi un sens très rationnel, très physique même. Il arrive un moment où les interactions entre les évènements sont telles qu’on ne peut plus vraiment ni prévoir ni maîtriser les trajectoires à prendre ».

 

Dans le même temps, l’intervention de Benoit Hamon, en tant que Président d’ESS France, lors de la journée de rentrée a montré le climat inquiétant dans lequel est plongé notre pays, soulignant l’accroissement de la pauvreté, en particulier des enfants : « Plus de 25 % des enfants français aujourd’hui sont exposés à un risque d’exclusion et de pauvreté. Ce chiffre a augmenté, tandis qu’il baissait dans tout le reste de l’Union européenne.

 

Nous plaçant dans le peloton des pays dans lesquels les enfants pauvres sont les plus nombreux en proportion de la population. Ce qui est à mes yeux un échec collectif et un échec politique cuisant. Et c’est cette polarisation entre la pauvreté de plus en plus forte et ce qui apparaît aux yeux de beaucoup et à juste titre comme une richesse de plus en plus insolente, concentrée entre les mains de quelques-uns qui ne se contentent pas d’avoir le pouvoir économique, mais aussi le pouvoir politique qui va avec. »

 

Faisant le rapprochement entre le texte de Pascal Michard , la déclaration de Benoit Hamon et tout ce que j’ai pu entendre ou lire à l’occasion de ces 3 jours de rencontres, d’échanges, d’écoute, je ne peux que me demander quel rôle nous pouvons jouer pour que l’économie collective apporte vraiment une contribution à l’évolution du monde et à une inflexion nécessaire pour plus de solidarité et de justice.

 

Le contexte politique français n’est pas sans nous inquiéter sur les inégalités existantes, persistantes et en progression, sur les manques indubitables en matière d’éducation, de santé, de solidarité, et les exemples sont de plus en plus nombreux qui nous donnent à voir un pays qui ne sait plus sur quel pied danser. Le chaos dont parle Pascal Michard est bien là, entre les revendications justes et précises des jeunes, étudiants, lycéens et des réponses de l’État qui ne sont pas satisfaisantes, entre une expression de plus en plus inquiète de la progression de notre société et les incapacités à répondre à cette inquiétude, entre des clivages grandissants et des tensions de plus en plus fortes.

 

D’autres pays font des constats proches et cela n’est pas sans créer encore plus d’incertitude et d’inquiétude, dans un monde en mutation et en déconstruction, avec des comportements de certains chefs d’État qui ne respectent plus aucune règle, aucun engagement.

 

Les 3 jours à Montréal nous ont montré que partout, nous sommes en recherche de solutions pour rééquilibrer la planète. Les crises diverses que nous traversons (écologique, sociale, économique, ...) sont autant de symptômes de dysfonctionnements que nous devons maîtriser et corriger. Nous devons pouvoir réparer ce qui est cassé au risque de ne plus pouvoir vivre ensemble. Les dystopies diverses qui ont alimenté notre imaginaire sur l’évolution d’une société divisée, sont, pour certaines une presque réalité.

 

Nous nous faisions peur en les lisant, nous devons tout faire pour qu’elles ne se produisent pas.

 

Au cours de notre congrès, nous avons tenté de voir ensemble comment trouver de nouvelles pistes d’engagement (2), comment, à partir de nos expériences respectives, dans le respect de nos valeurs et de nos principes, tant dans nos entreprises de l’économie sociale que de l’économie publique, construire de nouveaux axes de développement plus respectueux de la planète et de ceux qui l’habite.

 

Car vouloir « prendre soin du monde », ce n’est pas seulement intervenir sur un champ de nos vies, c’est savoir appréhender tout ce qui compose notre système, c’est comprendre que l’intervention sur un aspect conduira nécessairement à une modification dans un autre et qu’il y a alors à traiter de manière systémique tout ce qui fait nos existences.

 

Alain Arnaud, lors de son intervention au congrès, en tant que président d’honneur du CIRIEC International a précisé : « Il est en effet plus que jamais nécessaire de redonner au monde une stabilité en perdition, de redonner à nos sociétés un sens plus social et plus solidaire, avec des modèles économiques qui organisent le partage et la solidarité, qui respectent les droits humains et les droits sociaux, et qui préservent les biens communs et l’environnement.

 

C’est une tâche qui s’avère aujourd’hui monstrueuse tant les rapports de force sont disproportionnés. Mais le pire n’est jamais sûr et nous devons avoir confiance en nous-mêmes, et en la capacité des individus à résister voire à se révolter. »

 

Nous devons poursuivre sans relâche notre travail de conviction qu’une autre société est possible, que d’autres relations humaines sont envisageables et continuer inlassablement à nous battre pour plus d’égalité, pour que la justice sociale devienne une réalité.

 

Pour cela économie publique et économie sociale doivent plus que jamais oeuvrer ensemble pour le bien commun et défendre une vision de société respectueuse de tous.

 

Au moment où nous aurons à nous prononcer sur l’évolution de notre pays, nous voyons naître encore plus d’inquiétude sur l’avenir politique et social avec un environnement où il semble que les valeurs humanistes que défend l’ESS sont mises à mal par des discours de division, d’ostracisme, de rejet. Il nous revient donc de réaffirmer notre certitude qu’une autre société est possible et de combattre toutes les formes de clivage.

 

L’économie collective est une réponse adaptée. Il nous revient de la faire vivre et de l’utiliser pour aller de l’avant.

 

 

(1) Pascal Michard – entretiens avec Jocelyn Maixent – L’autre, le risque et la complexité (libres conversations avec un Président mutualiste) – Édition de L’Aube – juin 2026

(2) 2 Voir le compte-rendu du 35ème congrès du CIRIEC international : « prendre soin du monde, la contribution essentielle de l’économie sociale et des entreprises publiques »

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