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13 / 05 / 2026 | 7 vues
Fabien Brisard / Abonné
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Sauver la démocratie sociale, « vaste programme »

Pour Michel Monier, Membre du Think tank CRAPS et ancien DGA de l’UNEDIC: "« L’appel à sauver la démocratie sociale doit être reçu comme un appel à la pleine responsabilité de ses acteurs »

 

Sauver la démocratie sociale, de Gilbert Cette, Guy Groux, et Richard Robert (1), suscite des critiques que les auteurs qualifient d’une rare hostilité (2). Le débat n’est pas interdit, il est bienvenu, et Sauver la démocratie sociale invite à un « débat utile et nécessaire ».

 

Le constat que nous présentent les auteurs ne peut être nié : la faiblesse des syndicats est un fait. C’est à ce point que le débat, bien davantage que la critique hostile, doit se faire pour, effectivement, entrevoir les voies possibles pour sauver la démocratie sociale.

 

Émiettement et jeux d’acteurs.

 

Les auteurs posent le constat de syndicats trop nombreux, des jeux d’acteurs qui en résultent et qui nuisent au libre jeu de la démocratie sociale. Une comparaison internationale confirme le constat fait par les auteurs.

Cette comparaison donne une image fidèle de « l’exception française ».

 

Ce regard porté sur les syndicalismes « nordiques » invite à faire la même comparaison pour la démocratie politique : l’émiettement des partis politiques, dont nombreux se rebaptisent « mouvement », ou « rassemblement », ou s’inventent d’autres noms que « parti », ne sont-ils pas, eux aussi, trop nombreux et leurs jeux d’acteurs ne nuisent-ils pas, tout autant, au libre jeu de la démocratie ?

 

Poursuivant la comparaison, nos ministères ne sont-ils pas, eux aussi, ou eux surtout, trop nombreux : nous en comptons une trentaine quand les ministères fédéraux sont au nombre d’une quinzaine en Allemagne, d’une douzaine aux Pays-Bas.

 

Ne peut-on soupçonner que leur nombre favorise des jeux d’acteurs nuisibles à l’action gouvernementale ?

 

Le regard porté outre-Rhin par les auteurs de Sauver la démocratie sociale doit faire dépasser le champ de la démocratie sociale : pour la sauver, peut-être faut-il sauver aussi la démocratie avec son « D » majuscule.

 

L’État peut tout, l’État peut trop.

 

Les auteurs développent la thèse d’une démocratie sociale qui n’aurait pu exister sans l’intervention, fondamentale, de l’État. Le constat n’est pas discutable. Le débat peut se faire, là, sur le « pourquoi ».

 

La démocratie sociale n’est pas « étanche » aux politiques publiques. Ce n’est pas une caractéristique de la démocratie sociale, mais une autre des exceptions françaises : rien n’est à l’abri d’une politique publique.

 

Dans le cas de la démocratie sociale, l’action publique est nécessaire pour « étendre » les accords des partenaires sociaux. Cet imprimatur de l’État l’autorise à intervenir dans la négociation interprofessionnelle, parfois à la contraindre (les lettres de cadrage), ou à s’en exonérer par ordonnance. La Représentation Nationale demande également à être mieux informée et partie prenante à la démocratie sociale. C’est, par nature et par centralisme que l’État et la représentation politique mettent sous tutelle la démocratie sociale, et non pas parce qu’elle serait incapable.

 

C’est là un point de divergence avec les auteurs : l’institutionnalisation de la démocratie sociale par l’État s’est faite sous tutelle et non pas par émancipation. La défaillance de la démocratie sociale n’explique pas tout et, peut-être est-elle conséquence de cette tutelle.

 

Les syndicats de salariés (dont on observe, autre exception française, la plus forte représentativité dans le milieu le plus protégé, celui des fonctions publiques) et les organisations patronales ne sont pas toujours à la hauteur de ce que l’on attend d’eux (3) .

 

Pour dire ces insuffisances, il suffit de dire ici la politique de la chaise vide, les revendications « hors sol », le réformisme de « transformation sociale » qui fait sortir du champ de la représentation syndicale et la course aux acquis « sociétaux »…

 

Il faut dire aussi le désintérêt ou la méfiance dont ils sont l’objet avec l’émergence des coordinations et mouvements qui sont autant de « syndicalisme low cost (4) » qui s’exonèrent des corps intermédiaires pour s’adresser à l’État et tout attendre de lui.

 

La désaffection syndicale n’est pas différente de celle qui s’exprime vis-à-vis des partis politiques et la crise de la démocratie sociale ne l’est pas de la crise de la démocratie.

 

.../...

 

Source :

1.) Calmann Lévy, janvier 2026.
2.) « Contre un livre, le débat interdit », Guy Groux, https://www.telos-eu.com/fr/societe/livre-sauver-democratie-sociale-debat-interdit.html#_ftnref3
3.) Voir « les paradoxes du syndicalisme français », in Dictionnaire ébouriffé de la protection sociale, Hervé Chapron – CRAPS.
4.) « Les gilets jaunes, un nouveau syndicalisme low-cost », avec Hervé Chapron, les Échos Opinion, 14 mai 2019.

 

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