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21 / 09 / 2026 | 12 vues
Jacky Lesueur / Abonné
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Economie et marchés : la résilience à l’épreuve de nouveaux équilibres

Pour  Adrien Dumas, Directeur des Investissements et Philippe Tranchet, Directeur adjoint des investissements chez Mandarine Gestion (*). Malgré l’accumulation des incertitudes géopolitiques, budgétaires et monétaires, l’économie mondiale continue de faire preuve d’une résistance notable.

 

La croissance reste présente, les entreprises conservent des fondamentaux solides et l’inflation sous-jacente poursuit globalement sa normalisation. Pour autant, les équilibres évoluent. Les interrogations se déplacent progressivement vers le financement de la croissance, la soutenabilité des dettes publiques et les besoins considérables de capitaux liés aux nouvelles technologies.

 

Une croissance qui résiste aux incertitudes

 

Aux États-Unis, les perspectives de croissance pour 2026 et 2027 restent proches de 2 %, malgré un environnement marqué par les tensions géopolitiques et les incertitudes sur les prix de l’énergie. En Europe, la dynamique est plus modérée, avec une croissance attendue autour de 1 %, mais l’économie bénéficie progressivement des effets des mesures de soutien et d’investissement annoncées notamment en Allemagne.

 

L’inflation reste toutefois au centre des préoccupations. La remontée des prix du pétrole peut rapidement se transmettre aux prix de l’essence et peser sur le pouvoir d’achat des ménages. Mais la situation diffère de celle observée en 2021-2022 : pour l’heure, les tensions énergétiques ne semblent pas se diffuser largement au reste de l’économie et l’inflation sous-jacente reste orientée à la baisse.

 

Les entreprises restent un point d’appui

 

Cette résilience économique se retrouve dans les résultats des entreprises. La dernière saison de publications a été particulièrement solide, avec une large majorité de résultats supérieurs aux attentes aux États-Unis et une dynamique également favorable en Europe. Au-delà des bénéfices, les chiffres d’affaires, les marges et les flux de trésorerie témoignent de bilans globalement robustes.

 

Autre évolution importante : la croissance des bénéfices tend à s’élargir. Alors que les grandes entreprises technologiques ont largement porté les marchés ces dernières années, l’amélioration des résultats concerne désormais un éventail plus large de secteurs. Cette diffusion constitue un signal plutôt favorable pour la solidité de la croissance, mais aussi pour la capacité des marchés à moins dépendre d’un nombre limité d’acteurs.

 

La dette publique revient au premier plan

 

Si les entreprises affichent des bilans relativement solides, la situation est plus contrastée du côté des États. La progression de la dette publique et l’importance des besoins de financement replacent progressivement le risque souverain au cœur des préoccupations.

 

Aux États-Unis, le recours important aux émissions de dette à court terme rend notamment le coût de financement plus sensible à l’évolution des taux directeurs. Une remontée des taux pourrait ainsi rapidement renchérir le service de la dette. Dans ce contexte, la question n’est plus seulement celle du niveau des taux, mais aussi de la variable qui absorbera les déséquilibres : les taux d’intérêt, les devises ou une combinaison des deux.


Cette évolution crée un contraste avec la situation des entreprises, dont l’endettement apparaît globalement mieux maîtrisé. Le risque financier ne disparaît donc pas : il change en partie de nature et se déplace vers les bilans publics.

 

France : une prime de risque politique sous surveillance

 

Cette problématique est particulièrement visible en France. La remontée du taux à dix ans au-dessus de     4 % et l’élargissement de l’écart avec l’Allemagne traduisent une perception plus élevée du risque français par les investisseurs.

 

Les discussions autour du budget 2027 et les prochaines échéances politiques alimentent cette prudence.


Une nouvelle dégradation pourrait entraîner une hausse supplémentaire du coût de financement de l’État. La situation actuelle ne correspond toutefois pas à une crise de la dette : elle traduit davantage une tension accrue et une demande de rémunération plus importante face aux incertitudes budgétaires et politiques.

 

L'intelligence artificielle face au défi du financement

 

L’intelligence artificielle reste parallèlement l’un des principaux moteurs de l’investissement et de la croissance des bénéfices. Mais son développement entre dans une nouvelle phase. La question n’est plus seulement celle de son potentiel technologique : elle concerne également les infrastructures et les capitaux nécessaires à son déploiement.

 

Centres de données, capacités électriques et équipements nécessitent des investissements considérables.


Une part croissante de ces dépenses est financée par la dette, avec des volumes d’émissions importants. Les investisseurs commencent donc à s’interroger davantage sur le prix auquel cette expansion sera financée, notamment dans un environnement où les taux pourraient rester durablement élevés.

 

D’autres interrogations apparaissent également : concurrence accrue des acteurs asiatiques, contraintes énergétiques ou encore acceptabilité locale de nouvelles infrastructures. Ces éléments ne remettent pas nécessairement en cause la dynamique de l’intelligence artificielle, mais rappellent qu’une transformation de cette ampleur comporte aussi des contraintes économiques et financières.

 

Des marchés à la recherche d’un nouvel équilibre

 

L’environnement actuel apparaît finalement moins fragile qu’il pourrait sembler au regard de l’actualité. La croissance résiste, les entreprises restent solides et le scénario d’une récession mondiale ne constitue pas l’hypothèse centrale des échanges.

 

Les risques n’ont toutefois pas disparu. Ils se sont déplacés. La dette publique, le niveau des taux longs, les tensions énergétiques, le financement de l’intelligence artificielle ou encore les incertitudes politiques occupent désormais une place plus importante.

 

La question centrale des prochains mois pourrait donc être moins celle de la poursuite de la croissance que celle de son financement. Dans un monde où les besoins de capitaux augmentent et où l’argent n’est plus aussi abondant ni aussi peu coûteux qu’au cours de la décennie précédente, la solidité des bilans et la capacité à financer durablement l’investissement devraient devenir des critères de plus en plus déterminants.

 

(*) Mandarine est engagée dans le financement de projets de l'économie sociale et solidaire et propose des fonds de partage combinant finance et philanthropie

  -  https://www.mandarine-gestion.com/FR/fr

 

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Augustin Vincent, Responsable de la Recherche ESG, Mandarine Gestion livre ses réflexions....

 

 

Face à la multiplication des canicules, la résilience climatique devient un enjeu économique majeur. Pour les investisseurs, la capacité des entreprises à s’adapter pourrait devenir un nouveau facteur de valorisation.

 

Pendant longtemps, l'analyse climatique des investisseurs responsables s'est essentiellement concentrée sur la transition énergétique : réduction des émissions de gaz à effet de serre, objectifs Net Zero, alignement des portefeuilles avec l'Accord de Paris. Cependant les épisodes de chaleur extrême observés ces dernières années rappellent une réalité de plus en plus difficile à ignorer : une partie du changement climatique est désormais inévitable. Pour les investisseurs, la question n'est donc plus seulement de savoir quelles entreprises contribuent à limiter le réchauffement, mais également lesquelles seront capables de créer de la valeur dans un monde pluschaud.¹

 

L'été 2026 a agi comme un révélateur. Les canicules successives ont affecté les infrastructures de transport, accru les tensions sur les réseaux d'eau et d'électricité, perturbé certaines chaînes logistiques et conduit à des interruptions temporaires d'activité. En Gironde, les incendies ont provoqué l'évacuation de plus de 14 500 entreprises et placé jusqu'à 150 000 salariés en activité partielle.² Ceci démontre que le risque climatique physiquen'est plus une externalité environnementale mais un facteur de performance économique.

 

Le climat entre dans le compte de résultat

 

Les conséquences financières des canicules se manifestent par de multiples canaux. Le premier est celui de la productivité. Selon les organisations syndicales européennes, plus de 130 millions de travailleurs sont exposés au stress thermique. Les demandes de réglementation européenne visant à imposer des seuils de température maximaux au travail témoignent de la matérialité croissante du sujet pour les entreprises.³ La chaleur extrême se traduit par davantage d'accidents, d'absentéisme et de pertes de productivité, notamment dans les secteurs dela construction, de la logistique, de l'agriculture, des transports ou de l'industrie.

 

Le deuxième canal est celui des infrastructures. Les fortes températures mettent sous pression les réseaux électriques, les systèmes de refroidissement, les infrastructures ferroviaires ou encore les centres de données.

Ces derniers, au cœur de l'économie numérique et du développement de l'intelligence artificielle, apparaissent comme particulièrement vulnérables aux vagues de chaleur du fait de leurs besoins croissants en refroidissement et en eau.⁴

 

Le troisième canal concerne les ressources naturelles. En France, la Fédération nationale des collectivités concédantes et régies (FNCCR) a estimé que les récents épisodes de canicule avaient entraîné une hausse de 15 % à 20 % de la consommation d'eau.⁵ Le stress hydrique devient progressivement un enjeu de compétitivité pour un nombre croissant d'industries.

 

L'adaptation climatique : la prochaine vague d'investissement

 

Cette montée des risques physiques ouvre également de nouvelles opportunités d'investissement. Selon l'étude Climate Change Adaptation: The Resilience Opportunity publiée par Bernstein, les dépenses mondiales consacrées à l'adaptation climatique pourraient atteindre près de 2 000 milliards de dollars par an entre 2026 et 2030, contre environ 60 milliards de dollars aujourd'hui. Plus frappant encore, chaque dollar investi dans l'adaptation pourrait générer entre deux et quinze dollars de bénéfices économiques selon les technologies et les secteurs considérés.⁶

 

L'adaptation apparaît ainsi comme une thématique d'investissement émergente, comparable à ce qu'a représenté la transition énergétique il y a une dizaine d'années.

 

Les gagnants de l'économie de l'adaptation

 

Le premier thème concerne la gestion de l'eau. Face à la multiplication des sécheresses et à la hausse des besoins de recyclage, des sociétés telles que Veolia, Xylem, American Water Works ou Kurita Water Industries bénéficient d'une demande structurelle pour les infrastructures hydriques, la détection des fuites, le traitement des eaux usées et la réutilisation des ressources.⁷ Dans un monde confronté à une raréfaction croissante de l'eau, ces entreprises fournissent des solutions désormais essentielles à la continuité des activités économiques.

 

Le deuxième thème est celui des bâtiments résilients. Le réchauffement climatique accroît fortement les besoins de refroidissement. Bernstein souligne que la demande mondiale en climatisation devrait progresser rapidement au cours des prochaines décennies. Cette tendance bénéficie à des entreprises comme Trane Technologies, Nibe ou Lennox International, spécialisées dans les équipements de refroidissement à haute efficacité énergétique.⁸

Parallèlement, les solutions passives d'adaptation gagnent en importance. Saint-Gobain, Kingspan ou Rockwool développent des matériaux permettant d'améliorer l'isolation thermique des bâtiments, de réduire les besoins énergétiques et d'améliorer le confort lors des épisodes de chaleur extrême.⁹

 

Les infrastructures représentent un troisième axe majeur d'investissement. L'exemple le plus emblématique est probablement celui d'Eurostar, qui a récemment demandé à Alstom de concevoir ses futures rames pour résister à des températures atteignant 55°C.¹⁰ Cette décision illustre parfaitement la façon dont le changement climatique modifie désormais les cahiers des charges industriels. La modernisation des réseaux électriques constitue également un chantier considérable. Des entreprises comme Schneider Electric, ABB, Siemens Energy, GE Vernova ou Prysmian apparaissent particulièrement bien positionnées pour accompagner l'adaptation des infrastructures énergétiques aux événements climatiques extrêmes.¹¹

 

Enfin, l'agriculture constitue un quatrième thème d'investissement particulièrement pertinent. Les épisodes de sécheresse et de stress hydrique favorisent le développement de l'agriculture de précision, des systèmes d'irrigation intelligents et des technologies permettant d'optimiser l'utilisation de l'eau. Des entreprises telles que Yara International, Deere & Company, AGCO, Valmont Industries ou Lindsay Corporation apportent des solutions concrètes pour préserver les rendements agricoles dans un environnement climatique plus contraint.¹²

 

Une nouvelle frontière pour l'investissement ESG

 

L'un des enseignements majeurs de cette évolution est que deux entreprises présentant aujourd'hui une empreinte carbone similaire peuvent afficher des niveaux très différents de résilience face au changement climatique.

 

La qualité de l'analyse ESG reposera donc de plus en plus sur la capacité à évaluer l'exposition d'une entreprise aux risques physiques : dépendance à l'eau, vulnérabilité de ses actifs, exposition de ses salariés à la chaleur, solidité de ses chaînes d'approvisionnement ou encore capacité d'investissement dans l'adaptation.

 

Après la prime accordée aux entreprises les mieux positionnées sur la transition énergétique, une nouvelle forme de valorisation pourrait progressivement émerger : une prime de résilience climatique. Dans un monde où les événements extrêmes deviennent plus fréquents, les entreprises capables d'anticiper, de s'adapter et de maintenir leur continuité opérationnelle pourraient bénéficier d'un avantage compétitif durable.

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1) Bernstein Research, Climate Change Adaptation: The Resilience Opportunity, février 2026.

2) Novethic, Mégafeux en Gironde : 14 500 entreprises à l'arrêt, le coût économique du changement climatique

s'alourdit, 2026.

3) ODDO BHF Sustainability Weekly, European trade unions push for binding EU heat stress rules in the workplace,

juillet 2026.

4) Novethic, Canicule : les data centers, géants numériques aux pieds d'argile, 2026 ; ODDO BHF Sustainability

Weekly, juillet 2026.

5) FNCCR citée par Le Monde, reprise dans ODDO BHF Sustainability Weekly, juillet 2026.

6) Bernstein Research, Climate Change Adaptation: The Resilience Opportunity, février 2026.

7) Bernstein Research, chapitre Water.

8) Bernstein Research, chapitre Buildings and Cooling.

9) Bernstein Research, chapitre Buildings and Cooling.

10) Novethic, Canicule : Eurostar revoit sa commande de trains pour s'adapter à des étés à 55°C, juillet 2026.

11) Bernstein Research, chapitre Energy Systems.

12) Bernstein Research, chapitre Agriculture.

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