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Trois petites questions à l'issue des élections municipales
C'est fait. Les urnes ont parlé. Le 24 avril 2026 a sonné la fin du « troisième round » des élections locales, celui des intercommunalités.
Les 1252 communautés & métropoles sont désormais dotées d'une assemblée délibérante et d'un exécutif, prêtes à ouvrir le premier chantier du mandat, celui de l'élaboration du projet de territoire, démarche consubstantielle à la dynamique intercommunale post loi Chevènement.
Cela tombe bien, puisqu'il s'agit de la thématique des prochaines Université d'été de l'ADGCF, qui se dérouleront les 1, 2 et 3 juillet à Vannes.
Ce temps fort annuel pour notre Association sera d'ailleurs l'occasion de revenir avec le politiste Rémi Lefèbvre, sur la place de l'intercommunalité durant la campagne électorale.
Certes, on aura vu, ici et là, quelques candidats tentés de visibiliser les enjeux proprement communautaires ou métropolitains du scrutin, bref, à éclairer ces institutions qui constituent les antichambres de l'action publique locale.
Mais précisément : force est de constater que, à l'instar des dernières élections locales, l'intercommunalité s'est faite une nouvelle fois fort discrète, Rémi Lefèbvre y voyant même, dans les colonnes du journal Le Monde, « le symbole de la post démocratie au niveau local.
Le système institutionnel électoral empêche l'émergence des problématiques intercommunales et transforme les élections municipales en une fiction, un rendez-vous factice et artificiel ».
L'intercommunalité symbole de la post démocratie ?
Nous aurons bientôt l'opportunité d'en débattre directement avec lui. Mais, en attendant, je voudrais, en avant-première, lui faire part de trois petites questions pré-identifiées, susceptibles d'alimenter nos futurs échanges.
La première renvoie aux tensions « centre / périphérie » devenues structurantes dans la gouvernance des intercommunalités. En effet, dans la foulée de la loi NOTRe et de l'extension des périmètres intercommunaux, les villes centres se sont vues diluées dans leur nouveau territoire.
Bilan : si un(e) élu(e) de ville centre sur deux présidait son intercommunalité avant 2015, c'est moins de 20 % après les élections de 2020 et il y a fort à parier que la géographie présidentielle soit à l'issue de ces dernières élections sensiblement la même.
Dès lors, comment renouer le lien territorial entre le centre et la périphérie, comment redonner à la ville centre toute sa place au sein du système local dans le respect des autres communes ?
La deuxième concerne l'entrée des extrêmes dans les conseils de communautés et leurs exécutifs. Rappelons-nous que ces partis ne sont historiquement pas favorables à l'intercommunalité, renvoyée, jusque-là en tout cas, à sa technicité et à son anonymat.
Justement : cette nouvelle partition des assemblées communautaires inaugure-t-elle leur politisation et leur transformation, à l'instar de l'Assemblée nationale, en véritables arènes ? Ou alors, de façon presque contre-intuitive, va-t-on assister à un renforcement de la logique « consensuelle » et « transactionnelle » qui caractérise les instances intercommunales ?
Enfin, la troisième question, cruciale pour nous cadres territoriaux, est celle de la place de l'administration communautaire dans le mandat qui débute.
Comment va se construire le deal politique, territorial et financier entre communes et intercommunalités à l'aune notamment des contraintes budgétaires et de l'exigence écologique ?
Je tiens d'ailleurs à réaffirmer aux nouveaux élus que je félicite, que l'administration n'est pas un écran entre eux et la population, mais bien la courroie de transmission de leur volonté. Après chaque élection, nous voyons les décharges de fonction se multiplier, ce sont, nous le savons, les « risques du métier ».
Pour autant, il y a des règles qui doivent être respectées, auxquelles veille scrupuleusement l'ADGCF et qui permettent un départ dans des conditions « acceptables » pour les deux parties.