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08 / 07 / 2026 | 10 vues
Fabien Brisard / Abonné
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IA, emploi et complémentaire santé : une menace… qui peut redonner l’avantage aux mutuelles

Pour Vincent Lequenne, Président d’OXEA Conseil, l’IA représente incontestablement un choc pour l’assurance maladie complémentaire...il s'en explique pour le club de réflexion sur l'avenir de la protection sociale (CRAPS )

 

La diffusion de l’intelligence artificielle générative dans l’économie constitue un choc structurel sans précédent pour le marché du travail. En France, où comme le mentionnait récemment J-C. Trichet (1), le sujet ne passionne pas encore autant qu’aux Etats-Unis, une étude Coface-OEM d’avril 2026 estime que 3,8% des emplois sont d’ores et déjà fragilisés, et que jusqu’à 16,3% des emplois salariés – soit environ 5 millions de personnes – pourraient être impactés dans les deux à cinq prochaines années.

 

La théorie schumpétérienne de la destruction créatrice s’applique donc pleinement, mais sous une forme accélérée et asymétrique : la vitesse de diffusion de l’IA et la qualité des emplois détruits rendent beaucoup plus incertain le temps nécessaire pour que les emplois nouveaux compensent la vague de destructions.

 

Contrairement aux révolutions industrielles précédentes qui ciblaient surtout les emplois manuels peu qualifiés, l’IA menace en priorité les professions intellectuelles et les cadres. Ce choc a des conséquences lourdes sur le financement de la protection sociale, et en particulier sur l’assurance maladie complémentaire (AMC).

 

Mais il porte aussi en germe une recomposition du marché, qui pourrait redonner aux mutuelles un avantage stratégique qu’elles avaient en partie perdu depuis l’ANI et la généralisation de la complémentaire santé d’entreprise.

 

Un choc d’emplois qui fragilise le collectif
 

L’IA ne remplace plus seulement des tâches manuelles, mais des pans entiers de travail intellectuel : fonctions administratives, services clients, comptabilité, juridique, marketing, etc. Les plans d’automatisation se traduisent par des suppressions d’emplois, des non‑remplacements ou des sous‑traitances à des indépendants.

 

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 Montée du non-salariat : le retour forcé à l’individuel

Le choc IA ne produit pas seulement du chômage : il accélère la montée du non‑salariat et des formes d’emploi hybrides. Freelances du numérique, auto‑entrepreneurs, travailleurs de plateformes, multi‑actifs cumulent missions et statuts, souvent hors du périmètre de la complémentaire santé d’entreprise obligatoire.

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 Un contexte qui rappelle l’avant‑ANI

Avant la généralisation de la complémentaire santé d’entreprise, le marché français de l’AMC était nettement structuré autour des contrats individuels.

Sur ce terrain, les mutuelles occupaient une place centrale, notamment auprès :
– des retraités et des chômeurs,
– des salariés de petites entreprises,
– des indépendants et professions libérales,
– des publics modestes ou éloignés des grands groupes.

L’ANI a changé la donne en faisant du contrat collectif obligatoire le pivot de la couverture santé des salariés. Les assureurs et groupes de protection sociale, plus puissants sur les grands comptes et les appels d’offres, ont logiquement pris l’ascendant sur ce segment. Les mutuelles sont restées très présentes sur l’individuel, mais celui‑ci a perdu du poids relatif face au collectif.

La vague IA, en réduisant l’emploi salarié stable et en alimentant la diversification des statuts, crée un mouvement inverse :
– moins de “CDI classiques” couverts par des collectifs d’entreprise,
– plus de périodes “hors collectif” à couvrir en individuel,
– plus d’indépendants et de micro‑entrepreneurs à assurer en dehors de tout employeur.

Pour les mutuelles, ce scénario ressemble à une forme de “retour à l’avant‑ANI”, mais dans un monde du travail beaucoup plus fragmenté.

Une fenêtre stratégique pour les mutuelles

Cette recomposition ouvre une fenêtre stratégique que les mutuelles peuvent saisir si elles agissent vite.

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L’IA représente incontestablement un choc pour l’assurance maladie complémentaire : baisse de la base de cotisants salariés, montée du non‑salariat, aggravation des risques psychosociaux. Mais ce même choc recompose le marché en profondeur et redonne une place centrale aux contrats individuels, là où l’ANI avait fait du collectif d’entreprise la norme.

 

Pour les mutuelles, c’est une menace si elles restent positionnées comme de simples suiveurs d’un modèle façonné par le collectif et les grands comptes. C’est au contraire une opportunité historique si elles assument pleinement ce que la nouvelle configuration du travail dessine : un besoin massif de protection individuelle, pour des parcours heurtés, dans un environnement incertain.

 

En investissant ce “nouveau individuel” – celui des indépendants, des travailleurs de plateformes, des salariés en transition – et en utilisant l’IA comme outil au service de la solidarité plutôt que de la sélection, les mutuelles peuvent transformer la vague IA en levier de rééquilibrage face aux compagnies d’assurance et aux groupes de protection sociale, et retrouver une position centrale dans l’architecture de la protection sociale française.

 

(1) Ancien gouverneur de la Banque de France. Propos tenus lors de la remise du prix Turgot en mars 2026

 

Pour lire la note complète: 

https://www.thinktankcraps.fr/la-fraude-a-la-carte-vitale-ou-le-mythe-des-cartes-surnumeraires-decryptage-dune-polemique-recurrente/

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