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Fermeture du CRC commercial de Vessinieux : la CGT dénonce un projet prématuré et injustifié
Lors du CSE extraordinaire du 29 avril 2026, la direction de la MACIF a poursuivi la consultation concernant le projet de fermeture du CRC (centre relation client) commercial de Vénissieux, dans le cadre d’un « redéploiement des capacités CRC », incluant parallèlement l’ouverture d’un nouveau site à Nancy.
À l’issue de plusieurs semaines d’échanges et après analyse du rapport d’expertise réalisé par le cabinet JDSE à la demande du CSE, la CGT a annoncé qu’elle voterait défavorablement à ce projet. Pour l’organisation syndicale, les conclusions du rapport viennent fortement fragiliser l’argumentaire de la direction et mettent surtout en lumière une dégradation profonde des conditions de travail et de la santé des salariés.
Un site fragilisé par des choix organisationnels
Le rapport d’expertise décrit un CRC marqué depuis plusieurs années par une forte instabilité managériale, des restructurations successives, un gel des recrutements et une dégradation progressive du collectif de travail. Les experts rappellent que l’activité téléphonique expose déjà les salariés à des risques professionnels importants : pression temporelle, charge mentale, contrôle permanent, injonctions contradictoires ou encore tensions entre activité de conseil et logique commerciale.
À cela se seraient ajoutés des dysfonctionnements organisationnels ayant fortement affecté le climat social du site.
Le rapport souligne notamment :
- plusieurs changements de responsables CRC ;
- une diminution continue des effectifs ;
- une montée des risques psychosociaux ;
- un collectif progressivement « vidé » et fragilisé.
Selon la CGT, ces éléments montrent que les difficultés du CRC ne peuvent être analysées indépendamment des choix de pilotage de l’entreprise.
Une santé des salariés fortement dégradée
L’un des points les plus marquants du rapport concerne l’état de santé des salariés. Parmi les salariés ayant répondu au questionnaire réalisé dans le cadre de l’expertise :
- 21 sur 26 déclarent avoir connu au moins un arrêt de travail ces trois dernières années ;
- 11 estiment que cet arrêt avait un lien avec le travail ; une majorité évoque fatigue persistante, troubles du sommeil, anxiété ou ruminations liées au travail.
Les experts alertent également sur des signes d’épuisement professionnel chez plusieurs salariés. Le rapport rappelle par ailleurs que la médecine du travail avait déjà signalé en 2023 puis en 2024 une exposition importante aux risques psychosociaux sur le site.
Pour la CGT, ces constats interrogent directement la responsabilité de l’employeur en matière de prévention et de protection de la santé des salariés.
Une fermeture jugée insuffisamment justifiée
Le cabinet JDS estime également que la direction ne produit pas d’analyse suffisamment complète pour justifier la fermeture du site.
Le rapport pointe notamment :
- l’absence d’analyse économique détaillée ;
- le manque d’explication sur les causes réelles des indicateurs dégradés ;
- l’absence de prise en compte du contexte organisationnel.
Les experts notent également qu’une dynamique d’amélioration semblait engagée sur plusieurs indicateurs. Le nombre d’arrêts maladie aurait ainsi diminué de 28 % entre 2023 et 2025. Selon la CGT, ces éléments démontrent que la fermeture du CRC apparaît davantage comme une décision stratégique déjà actée que comme la conséquence inévitable d’une situation irréversible.
« Vous ne fermez pas ce site parce qu’il ne fonctionne pas, vous le fermez parce que vous avez décidé de ne plus le faire fonctionner », a notamment déclaré la CGT lors du CSE.
De fortes inquiétudes sur les reclassements
Le rapport souligne également les inquiétudes des salariés concernant les trajectoires professionnelles proposées. Mobilités géographiques, perte du télétravail, changement de métier ou encore incertitudes sur les possibilités réelles de repositionnement alimentent un fort sentiment d’insécurité. Les experts considèrent que les garanties apportées à ce stade restent insuffisantes pour sécuriser les parcours professionnels des salariés concernés.
Pour la CGT, le risque est désormais double : perte d’emploi localement et aggravation des risques psychosociaux dans une population déjà fragilisée.
Une fermeture qui dépasse le seul site de Vénissieux
Au-delà du cas local, la CGT estime que ce dossier pose plus largement la question de l’évolution du modèle des CRC au sein de la Macif. Le syndicat craint que la fermeture de Vénissieux constitue un précédent dans une stratégie de réorganisation plus large des activités commerciales et relationnelles. « Au-delà des chiffres et des organisations, ce sont des femmes et des hommes qui sont concernés, et leur avenir ne peut pas être traité comme une variable d’ajustement », conclut la déclaration CGT.