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Le Comité des Partenaires de la Mobilité IDFM : laboratoire de démocratie participative au service d’une mobilité plus juste et plus efficace
Rémi Aufrere-Privel livre un témoignage engagé et optimiste sur le Comité des Partenaires de la Mobilité. Instance de dialogue unique, le CPM se pose en modèle de démocratie participative, alliant diversité des acteurs et qualité des échanges. Ses propositions pour l’avenir visent à consolider son rôle, à garantir une concurrence loyale et éthique, et à placer la justice sociale au cœur des politiques de mobilité. Un cap constructif et revendicatif pour les transports franciliens de demain.
Vous venez de clore 18 mois de présidence du CPM. Quel est votre analyse sur cette expérience ?
C’est une expérience extrêmement enrichissante et privilégiée. Le CPM est une instance vivante, qui rassemble tous les acteurs de la mobilité francilienne : syndicats, entreprises, associations d’usagers, habitants tirés au sort, chambres de commerce… Cette diversité est une force. Elle fait de ses réunions un véritable laboratoire d’idées, où chaque voix compte et où l’on travaille collectivement à améliorer les transports pour tous. Je retire de cette période la fierté d’avoir présidé un tel espace de dialogue exigeant mais toujours respectueux.
En quoi le CPM se distingue-t-il d’autres instances de concertation dans les régions françaises ?
La différence est notable, notamment par son indépendance. Dans d’autres régions, le comité est souvent présidé par le président de région ou son vice-président aux transports. En Ile-de-France, la présidence est assurée par un élu du comité lui-même, ce qui garantit une vraie autonomie et une liberté de parole. Cela me parle bien en tant que syndicaliste UNSA URIF et ferroviaire. Valérie Pécresse, présidente d’IDF Mobilités, a veillé à cette gouvernance-animation libre. C’est une marque de confiance et une reconnaissance de l’utilité de notre instance.
Vous avez évoqué une « qualité exceptionnelle du dialogue » avec la direction générale d’IDF Mobilités. Pouvez-vous nous donner des exemples concrets ?
Absolument. Laurent Probst, le directeur général, a toujours fait preuve d’une disponibilité et d’une écoute remarquables. Il n’a jamais considéré le CPM comme une simple formalité ou un « comité croupion » mais comme un partenaire à part entière. Il répond personnellement à nos questions, même très techniques, et mobilise ses équipes pour des présentations approfondies. Cela permet d’éclairer nos débats et de nourrir nos réflexions. Cette relation de confiance est essentielle pour que nos avis soient pris en compte de manière constructive. Et pour que toutes les organisations présentes puissent trouver utiles les débats et les informations.
Le CPM est souvent décrit comme un « thermomètre » des attentes. Comment cela se traduit-il dans vos travaux ?
Nous traitons des sujets très concrets qui touchent directement les Franciliens : la sûreté, les tarifs, l’accessibilité, la qualité de service… Les associations d’usagers apportent le vécu du terrain, les habitants tirés au sort surprennent par leur expertise, les employeurs partagent leurs contraintes. Cette pluralité permet de mesurer finement les attentes et les préoccupations. Le CPM n’est pas une chambre d’enregistrement : il émet des préconisations précises, parfois originales, souvent par une « logique du bon sens », qui servent à éclairer les décisions du Conseil d’Administration.
Lors de votre dernière intervention en mode « retour d’expériences », vous avez proposé six pistes pour « aller plus loin ». Pourquoi est-il nécessaire de renforcer le rôle du CPM ?
Notre légitimité et notre crédibilité nous imposent de ne pas nous contenter de réagir, mais d’anticiper et de proposer. Le paysage des transports évolue rapidement, avec l’ouverture à la concurrence notamment. Pour rester un acteur pertinent, le CPM doit monter en puissance. Nos propositions visent à mieux articuler consultation et décision, à renforcer notre expertise thématique et à garantir que les enjeux sociaux et éthiques soient pleinement intégrés dans les politiques publiques.
L’une de vos propositions phares que vous formulez en CA IDFM à l’automne 2025 est la rédaction d’un « cahier des exigences sociales » pour le ferroviaire qui prend pour exemple celui écrit pour les transports de voyageurs par bus en grande couronne parisienne (concus par JP.Bailly et J.Grosset). En quoi est-ce crucial ?
Avec l’ouverture à la concurrence que nous avons combattu côté syndical mais qui est devenu un fait politique et économique, il faut absolument éviter que la qualité sociale ne devienne une variable d’ajustement. Les salariés du ferroviaire ne veulent pas vivre un conflit social comme celui de Cergy dans les bus. Ce cahier des exigences, intégré systématiquement aux appels d’offres, garantirait le respect des conventions collectives, la protection des parcours professionnels et des conditions de travail dignes, quel que soit l’opérateur retenu. C’est une condition essentielle pour une concurrence « loyale », basée sur l’innovation et l’investissement, et non sur le dumping social. Je me réjouis que Valérie Pécresse ait annoncé le lancement de ce chantier lors de ses vœux en janvier 2026.
Vous évoquez aussi la nécessité d’exclure les opérateurs qui ne respectent pas les normes fondamentales de l’OIT. Pourquoi cette position ferme ?
Notre marché public doit promouvoir un haut niveau d’exigence sociale et éthique. Permettre à des entreprises dont le siège est hors de l’UE et qui bafouent les droits fondamentaux du travail (normes OIT) - comme l’opérateur chinois MTR à Hong Kong, où des syndicalistes sont emprisonnés – de réaliser des bénéfices sur notre territoire francilien serait inacceptable. C’est une question de cohérence et de valeurs républicaines à appliquer concrêtement. Nous devons envoyer un signal clair : la compétition dans les transports franciliens se fait dans le respect des droits humains et sociaux.
La gouvernance interne du CPM évolue avec la nouvelle loi. Comment préserver son équilibre et son efficacité ?
La nouvelle composition imposant 50 % de membres employeurs est un défi et un risque. Pour éviter toute captation durable par un seul collège, je suis favorable à l’instauration d’un turn-over systématique pour les mandats de président et de vice-président pour conserver une place pour un représentant des salariés. Cela garantira une rotation des responsabilités et donc une dynamique collective. L’important est que tous les membres participent activement et que la diversité des points de vue continue d’enrichir nos travaux.
Vous pointez l’absence de représentants syndicaux salariés au Conseil d’Administration d’IDF Mobilités. Est-ce un paradoxe ?
C’est plus qu’un paradoxe, c’est une injustice. Les salariés des transports sont au cœur du système : sans eux, rien ne fonctionne. Leur voix doit être entendue au plus haut niveau de décision. Un administrateur issu du champ syndical n’aurait pas pour rôle d’être un délégué syndical, mais d’apporter son expertise professionnelle et de veiller à l’intérêt général, dans le respect des devoirs de l’administrateur. Il est temps de corriger cette anomalie et d’assurer une représentation équilibrée au CA IDFM.
Le CPM est-il selon vous un modèle de « démocratie participative » ?
Oui, modestement mais très concrètement. Nous pratiquons une comitologie exigeante, où tous les acteurs sont autour de la table, où l’on débat sans animosité, où l’on propose sans dogmatisme. C’est un espace rare de dialogue social élargi, appliqué à des politiques publiques complexes. Cela fonctionne parce qu’il y a une volonté politique de l’écouter et une implication sincère de tous ses membres. C’est une chance pour l’Île-de-France qu’il faut préserver et amplifier.
Quel message adressez-vous aux nouveaux membres et à la future présidence du CPM ?
Continuez sur cette voie exigeante et constructive. Gardez cet esprit d’ouverture, ce respect mutuel, cette volonté de débattre pour faire avancer les choses. Saisissez les opportunités pour renforcer l’impact du CPM, notamment sur les sujets sociaux et éthiques. Et n’oubliez pas que l’humour et les traits d’esprits sont aussi des ingrédients précieux pour travailler ensemble dans la durée.
En conclusion, comment voyez-vous l’avenir du CPM et son rôle dans la mobilité francilienne ?
Je le vois comme un acteur de plus en plus incontournable, un aiguillon toujours plus pertinent au service d’une mobilité plus juste, plus efficace et plus humaine. Les défis sont nombreux : transition écologique, respect des diversités, ouverture à la concurrence, efficacité opérationnelle, qualité de service, justice sociale… Le CPM a toute sa place pour éclairer ces choix, porter la voix des Franciliens et veiller à ce que l’intérêt général prime. J’ai confiance en sa capacité à évoluer et à renforcer son influence positive.
*Entretien inspiré de l’intervention du 16 janvier 2026 en séance plénière du CPM.