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27 / 03 / 2026 | 6 vues
Fabien Brisard / Abonné
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Transformer le système de santé : l’innovation numérique est un levier, pas un but

Pour le  Dr Céline Orhond, Fondatrice de l’EXPe-Santé: "Chaque solution sous-utilisée représente un coût financier et humain, mais surtout une occasion manquée d’améliorer le système de santé Par Dr Céline Orhond, Fondatrice de l’EXPe-Santé". Elle vient de livrer ses réflexions pour  le think tank CRAPS,  le Cercle de Recherche et d'Analyse sur la Protection Sociale .

 

Innover en santé n’est plus une option : le système de santé doit gagner en efficience pour faire face à la pression économique, aux tensions sur les ressources humaines et à l’augmentation des besoins de santé.

Ces enjeux de transformation organisationnelle et d’innovation sont au coeur des réformes et des plans en cours : décloisonnement ville-hôpital, virage ambulatoire, structuration des parcours, plan France 2030.

S’il faut une part de créativité et de hauteur pour innover, la vraie difficulté en santé est bien l’intégration des innovations dans les organisations de soins. L’enjeu central, au-delà d’inventer de nouvelles solutions technologiques, est de faire en sorte que les professionnels de santé se les approprient et les intègrent réellement à leur pratique quotidienne.

Le numérique est un levier puissant pour parvenir à transformer les structures de soins et les pratiques professionnelles, mais il est un moyen et non un but en soi. Le paradoxe est fort : il n’y a jamais eu autant de solutions digitales et pourtant une grande partie d’entre elles restent sous-utilisées ou mal utilisées. Chaque solution sous-utilisée représente un coût financier et humain, mais surtout une occasion manquée d’améliorer le système de santé.

Innover n’est donc pas uniquement rêver de nouvelles technologies et d’IA mais réussir une transformation très concrète des organisations qui permette un usage réel, utile et durable des solutions numériques mises en place.

Co-construction ou faux centrage sur les utilisateurs ?

La première étape est évidemment la création des solutions. S’il est admis que les utilisateurs finaux doivent être intégrés à la conception, c’est loin d’être toujours le cas. On affirme beaucoup aujourd’hui co-construire avec les utilisateurs, mais la réalité est souvent différente. Trop de solutions arrivent encore « clefs en mains » dans les services, conçues à partir d’un besoin imaginé par les concepteurs, puis testées sur quelques utilisateurs. On voit encore souvent 2 ou 3 personnes avoir une idée, développer « leur » solution puis partir à la recherche d’utilisateurs pour la tester. C’est souvent trop tard.

Mettre réellement les premiers concernés au centre, patient comme professionnel, ce n’est pas uniquement leur donner une place dans un comité de pilotage ou faire des tests ensemble. C’est partir du besoin avéré et caractérisé d’un groupe d’utilisateurs pour chercher ensemble des solutions et s’assurer, dans le même temps, que l’on continue d’être en adéquation avec le besoin et que l’on s’oriente vers une réponse potentiellement innovante mais réaliste.
Tant que l’on parlera de co-construction en arrivant avec des solutions déjà figées, on continuera à produire de la frustration chez les professionnels et à fragiliser la confiance dans l’innovation.

De nombreuses initiatives ont eu lieu pour faciliter le rapprochement entre les industriels et les cliniciens, comme les tiers-lieux numériques en santé ou les clusters. Pour autant, on est encore loin d’une véritable conception partagée. Les spin-off sont de bonnes réponses, et d’autres formes de partenariats profonds cliniciens/industriels, structurés sur la durée et réellement agiles, restent encore à développer en France.

Introduire une innovation, c’est bousculer un système

Toute organisation de santé, même imparfaite, fonctionne avec une forme d’équilibre : répartition des rôles, routines, compromis entre contraintes et réalités du terrain. Introduire une innovation digitale, ce n’est pas seulement ajouter un outil, c’est perturber cet équilibre.

Une innovation change des pratiques (modalité de prise en charge, de coordination), une organisation (qui fait quoi, quand, avec qui et avec quel outil) ou une façon de penser (fonctionnement différent, vision transversale plutôt qu’en silo). Il faut donc la penser comme capable de s’intégrer dans un système. Traiter une innovation comme un outil à ajouter sans toucher au reste, c’est sous-estimer la force de cet équilibre. Le système résiste, absorbe ou rejette la nouveauté… et la solution finit sur l’étagère.

Trois questions doivent être posées avant de déployer une innovation numérique en santé :

– Comment va-t-elle transformer une organisation et donc comment va-t-on accompagner ce changement ?

– Qu’est-ce que le patient va gagner et que va-t-il perdre à la fin du processus de soin ?

– Comment cette innovation s’intègre-t-elle concrètement (et facilement) dans le modèle existant ?

 

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