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Pénuries de médicaments : Anatomie d'un système sous tension
C'est le sujet abordé dans la dernière publication (*) de La Gazette de la Société et des Techniques (Publication des Annales des Mines avec le concours du Conseil général de l’Économie et de l’École de Paris du management), par Baptiste Poterszman et Hugo Pouzet, ingénieurs des mines.
Ce numéro défend une idée simple : les pénuries de produits de santé ne sont plus seulement des incidents ; elles sont souvent le résultat rationnel d’un système conçu pour optimiser les coûts et les flux, pas la résilience.
Le risque, dès lors, n’est pas seulement de manquer ponctuellement d’un médicament : c’est de s’habituer à manquer, d’organiser la santé autour de l’exception permanente, et de transformer l’accès au traitement en variable d’ajustement.
Pour Frédéric Kletz, professeur à l’École des mines, directeur du mémoire de Baptiste Poterszman et Hugo Pouzet, les auteurs traitent d’une préoccupation de plus en plus essentielle des Français : la pénurie de médicaments.
Elle ne concerne pas seulement les patients, mais aussi les industriels (laboratoires pharmaceutiques ou sous-traitants), la puissance publique, les officines et pharmacies hospitalières, les médecins.
Tous partagent le souci, parfois l’angoisse, de la pénurie, lorsqu’un médicament vital vient à manquer.
Malgré les enjeux, ces pénuries ne sont pas rares, voire ont augmenté après la Covid-19. À quoi sont-elles dues ? Comment faire pour que toute personne ayant besoin d’un médicament, pour sa maladie chronique ou pour une période aiguë le trouve ?
C’est à ces questions qu’Hugo et Baptiste se sont attaqués, par un travail minutieux de rencontres avec des acteurs, de lecture de nombreux rapports, de compréhension des circuits.
Dans leurs rencontres avec les acteurs industriels, les façonniers, les distributeurs, les médecins prescripteurs ou les autorités de tutelle, ils ont voulu comprendre les logiques des intervenants dans la longue chaîne qui mène de la fabrication des principes actifs jusqu’à la délivrance en pharmacie et… aux pénuries.
Ils ont ainsi pu en dévoiler les dysfonctionnements, les goulots d’étranglement, les difficultés de coordination. Ils montrent ainsi que les difficultés ne sont pas dues à l’incapacité d’un seul acteur mais aux difficultés d’articulation aux étapes-clés du processus.
Cette plongée dans l’univers du médicament est non seulement une occasion de découvrir l’anatomie et les multiples dimensions de cet univers, mais, au-delà, de mieux comprendre quelques spécificités du secteur de la santé, secteur très régulé, et victime du désajustement d’une organisation qui court toujours derrière une évolutivité continue des besoins.
(*) Pour accéder à la publication: