L'Europe va-t-elle mourir à Athènes ?
févr. 13
Theme: Vie économique
Les émeutes se multiplient dans une Grèce réduite à la misère. Il s'agit en fait de faire plier tous les peuples d'Europe sous le joug des marchés financiers.
Peut-on encore parler de plan d'austérité quand il s'agit de licencier à nouveau des milliers de fonctionnaires, de réduire le salaire minimum mensuel brut à 580 € et de descendre le niveau des pensions à 300 € par mois. C'est quasiment une extermination qui est menée contre le peuple grec sous prétexte de sauver la Grèce ! En Grèce, le taux de chômage chez les jeunes a atteint 46,6% et ne cesse de progresser, poussant les jeunes à vouloir s'expatrier comme le font leurs homologues des pays en voie de développement...
Même des ministres libéraux démissionnent face au climat insurrectionnel qui se développe dans le pays. Ce qui se passe actuellement en Grèce dépasse largement le cadre local. La nature des exigences des créanciers de la Grèce témoigne du visage inquiétant d'une Europe financière qui après s'être construite sans les peuples, se développe contre eux. La convergence des politiques antisociales menées un peu partout en Europe montre que l'enjeu essentiel est de sauver à tout prix les marges voulues par les puissances financières, quitte à laisser exsangues les populations. Cet aveuglement suicidaire des structures dirigeantes, FMI, BCE, Commission européenne entraîne avec lui un chaos imprévisible. Du mouvement pacifique des "indignés", la situation évolue vers une révolte dont personne ne sait encore si elle sera une révolution.
Si l'inquiétude est si grande, c'est en partie parce que même dans le pays européen supposé le plus riche, l'Allemagne, la situation de paupérisation et de l'emploi précaire en peut plus être cachée. Le pays d'Angela Merkel compte selon les chiffres officiels d'Eurostat 12 millions de pauvres et plus de 20% de salariés à temps partiel imposé. La situation des travailleurs et des familles allemandes s'est tellement dégradée qu'elle a fait l'objet d'un rapport alarmiste du Conseil des droits de l'homme des Nations unies qui s'inquiétait de la situation de pauvreté des enfants...
L'Espagne compte globalement plus de 20% de chômeurs, mais près de 51% au niveau des moins de 25 ans. Le Portugal et l'Italie connaissent eux aussi un taux de chômage de plus de 30% pour les jeunes.
Ce qui est stupéfiant dans les politiques menées et dans les discours des responsables actuels, politiques et économiques, c'est l'absence de toute idée de développement et de recettes nouvelles. Le leitmotiv est la réduction des dépenses publiques, comme si la seule opération arithmétique connue de ces milieux était la soustraction. La politique menée par les actuels dirigeants européens se revendique d'une efficacité économique, en faisant l'impasse sur le fait qu'elle élimine de fait des pourcentages de plus en plus élevés de la population de la sphère économique classique. Or, comme le rappelle le sociologue Robert Castel, quel est le seuil de tolérance d'une société démocratique face à l'exclusion sociale. Autrement dit quelle est la limite avant l'explosion ?
Ce qui se passe en ce moment même en Grèce ressemble au grondement d'un volcan. Nous sommes au bord d'un gouffre effrayant comme si une boucle se terminait. La démocratie née à Athènes va-t-elle mourir à Athènes...
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