Philippe SEGUIN, un militant de la République...
janv. 10
Themes: Vie économique, Dialogue social
Philippe SEGUIN est décédé jeudi 7 janvier 2010.
Je l'ai rencontré personnellement à trois reprises.
La première fois fut à l'occasion de la garden-party présidentielle du 14 juillet 1996 au palais de l'Elysée.
J'avais été invité par la Présidence dans le cadre de ma responsabilité de président de groupe à la Commission Ministérielle Armées-Jeunesse, groupe qui débattait d'une question judicieuse "dans quelle mesure le Service National peut-il participer à la réduction de la fracture sociale et assurer la cohésion nationale?".
Avec sa carrure de rugbyman, Philippe SEGUIN était assurément imposant. Mais il était aussi attirant par l'attrait de ses échanges qu'il pouvait avoir avec quiconque (et notamment ma modeste personne). Nous étions plusieurs autour de lui à lui poser questions et à discuter de l'avenir de la conscription, de l'actualisation des principes républicains et de citoyenneté, sujets où il montrait une vivacité et un engagement qui prouvait son attachement viscéral à la république française et à son histoire.
J'avais été saisi de la différence d'attractivité avec la présence très isolée d'Alain JUPPE qui déjà prouvait un éloignement évident à toute personne ne pouvant justifier d'une connaissance sanctionnée par un niveau supérieur à bac+6 !
La seconde ou troisième rencontre fut plus longue que ces quelques minutes.Le 23 novembre 2003, l'association Démocraties (dont je suis encore l'un des administrateurs) me fit l'honneur d'être président- animateur pour une demi-journée lors d'un colloque au Sénat, avec comme intervenant Philippe SEGUIN à mes côtés (avec Louis GALLOIS Président de la SNCF).
Ce fut un véritable plaisir de l'écouter aborder les valeurs républicaines, et de lui poser des questions. Il me fit le plaisir de dédicacer son ouvrage "Itinéraire dans la France d'en bas, d'en haut et d'ailleurs" avec ce mot agréable "...en amical hommage cet itinéraire, en souvenir de notre rencontre au colloque de Démocraties".
J'avais lu déjà une des biographies écrite sur Philippe SEGUIN, celle de Patrick GIRARD publiée en 1999.
L'ouvrage de Philippe SEGUIN, à la façon de mémoire vivante et dynamique faisait aussi le parcours le l'enfant de Tunis, issu d'une famille modeste, et dont le père meure au combat en 1944, lui à peine âgé d'un an.
C'est ensuite, malgré la perte du père, une enfance simple et heureuse. Ensuite, une éducation encouragée par instituteurs et professeurs de l'école républicaine qui menèrent à des fonctions ministérielles ainsi qu'à la présidence de l'Assemblée nationale puis à celle de la Cour des Comptes.
A cette dernière responsabilité, il a encore prouvé son attachement à l'argent public en n'hésitant jamais à dénoncer gabegies et gaspillage de toute sorte.
Tout le monde savait qu'il avait un caractère assez trempé et qu'il pouvait s'exprimer fortement. Il a très souvent préferer la sincérité de l'engagement au conformisme du calme de celui qui veut durer, le débat direct face au silence coupable.
Philippe SEGUIN n'avait, fort heureusement, pas que des qualités. Mais ce qu'il restait de lui après chacune de ses interventions était l'expression de son attachement indéfectible au modèle républicain français et à l'Etat-Nation.
Ce dernier point l'avait obligé à une opposition au traité de Maastricht qu'il avait exprimé avec grande classe dans un débat télévisé avec le Président François MITTERRAND. Ce fut d'ailleurs un des rares hommes politiques étiquetés à droite en capacité de rivaliser avec l'orateur brillant et intellectuel qu'était le Président de la République d'alors.
Philippe SEGUIN était aussi un citoyen du mouvement quand d'autres apparaissent aujourd'hui très agité. Non pas qu'il avait cédé à la mode actuelle qu'il faut mettre à bas le système français républicain jugé par les libéraux et conservateurs de tout poil comme celui de l'assistanat et du gaspillage mais plutôt comme une vraie actualisation de la République conservant ses principes fondateurs. Ce qui n'est certainement pas la direction du pouvoir éxécutif et législatif actuel.
Ce ne fut donc pas un hasard s'il fit partie des "rénovateurs" de la droite (avec Michel NOIR), assemblage somme toute relevant d'un mariage entre "gaullistes sociaux" (dont il était) et des purs libéraux proches de l'école de Chicago. Je lui ai bien sûr reproché de ne pas aller assez loin dans le débat sur une meilleure répartition des produits de la richesse, confirmant mon keynésianisme "raisonnable". Et de ne pas aller plus loin dans la rénovation de la politique française tout en constatant qu'il a été aussi freiné puis empêché dans son élan par les pesanteurs et les intérêts personnels et partisans.
Il fut aussi victime de Jacques CHIRAC qui non seulement ne le choisit pas comme Premier Ministre, alors qu'il était le plus capable en 1995. Le second coup de J.CHIRAC fut l'absence de soutien présidentiel lors de la campagne des éléctions municipales à Paris en 2001. Victime de son camp en quelque sorte...
Philippe SEGUIN n'était pas de mon bord politique.
Mais il était assurément de la famille républicaine, celle qui dans les moments graves de l'Histoire, aurait pu se retrouver comme ceux qui ont écrit ensemble le programme républicain du Conseil National de la Résistance (C.N.R.) qui portait en lui les idées de la République sociale.
Je n'ai aucune expérience de lui lorsqu'il était ministre des affaires sociales de Jacques CHIRAC, Premier ministre entre 1986 et 1988.
Mais j'aurais été (sans doute) un opposant déterminé à la suppression de l'autorisation administrative des licenciements et à la politique en matière de protection sociale.
Il n'avait pas exclu de revenir sur la scène politique. Dans le contexte actuel d'hyper-présidentialisation, cela n'aurait pas manqué de cachet.
Enfin, le Premier Président de la Cour des Comptes va nous manquer. Il avait réussi le tour de force de rénover (encore!) l'image d'une institution vieillote et pourtant utile.
Critiquant les choix budgétaires élyséens et les gaspillages comme les incohérences sur l'utilisation de l'argent public, il était une vigie administrative médiatique qui détonnait sous les lambris dorés.
Un vrai Commis de l'Etat républicain dans sa belle définition.
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