Miroir Social : votre réseau d'information sociale



Imprimer


De l’anarcho syndicalisme en général et de la disparition d’une « figure historique » en particulier…

févr. 09

par Rémi Aufrere Theme: Dialogue social

Comme son nom l’indique l’anarcho-syndicalisme se définit comme un syndicalisme opérant selon les principes anarchistes (démocratie directe, délégués mandatés élus et révocables, autogestion, libre fédéralisme, ...). 

La mouvance anarchosyndicaliste est un élément fondateur du syndicalisme français avec la création de la C.G.T. en 1895. Il existera une courte C.G.T.-syndicalisme révolutionnaire (CGT-SR) dans les années 30 (2000 adhérents estimés), qui disparaitra en 1939 (interdiction légale).

Cette « famille » syndicale rejoindra la CGT réunifiée de 1945 pour ensuite former avec d’autres FO dès 1947-1948 et/ou la Confédération Nationale du Travail (C.N.T.).

L’anarcho-syndicalisme est encore aujourd’hui présent dans ses deux organisations syndicales, la seconde se référant spécifiquement à la pensée anarchiste ouvrière. 

L’un des leaders du courant anarcho-syndicaliste de F.O. vient de disparaitre en la personne d’Alexandre HEBERT. Un personnage au parcours étonnant et détonnant que fut celui du secrétaire général de l’Union départementale FO de Loire-Atlantique entre 1947 (date de la scission syndicale au sein de la CGT avec la création de la CGT-FO) et 1992, soit 45 années durant, longévité assez exceptionnelle dans cette organisation syndicale.

Patrick HEBERT, son fils, qui se revendique lui-même comme militant trotskyste (ex-PT maintenant P.O.I. courant dit « lambertiste ») prit la suite en 1992 et est toujours dans cette responsabilité aujourd’hui. 

Alexandre HEBERT s’est défini comme un « anarchiste individualiste » plaçant « au centre de ses préoccupations le devenir de l’individu ». Au niveau syndical, en février 2008, Alexandre HEBERT répondait dans un entretien (« le choc du mois » février 2008) qu’aujourd’hui il mettait « sur le même plan les dirigeants de la CGT et ceux de la CFDT et de la CFTC…ne sont plus représentatifs…profondément intégrés à l’appareil d’Etat, national et supranational… » tout en se déclarant « inquiet de l’évolution de Jean-Claude MAILLY, qui pratique un syndicalisme rassemblé… »… « ce syndicalisme-là rappelant la Charte du Travail de 1941 ».

Il confirme son positionnement en indiquant qu’il « ne peut y avoir de syndicalisme réel, représentatif, que dans la mesure où il représente des intérêts de classe distincts… ».Quand à l’avenir sur les conflits sociaux futurs, Alexandre HEBERT précisait qu’on « se trouve dans un système bloqué, on n’évitera pas le surgissement de révoltes, sûrement coûteuses mais salvatrices et la politique actuelle n’a pas d’avenir, elle ne peut déboucher que sur des mouvements incontrôlables » en rappelant que « la démocratie ne peu être fondée que sur la séparation des pouvoirs, sinon c’est l’Etat totalitaire ». 

Si le verbe d’Alexandre HEBERT était souvent haut et fort, certains syndicalistes à FO comme ailleurs garde un souvenir mitigé du militant qu’il était.

En témoigne son interview dans le journal du Front National (National Hebdo, Français d’abord) en 1999, apparition médiatique très remarqué pour le syndicaliste de combat social dans une publication d’extrême droite.

Cette affaire connue d’ailleurs un certain retentissement dans de nombreuses unions départementales F.O. ainsi qu’au siège même de cette confédération. Et cela servit utilement (et judicieusement) celles et ceux qui quittèrent l’organisation dirigée par Marc BLONDEL pour créer l’UNSA.

Il est vrai que le secrétaire général de FO, tout comme P.HEBERT (fils d'Alexandre), ne désavouèrent point cette présence médiatique pourtant bien indélicate pour une organisation proclamant sans cesse son républicanisme éclairé.

D’où l’analyse (certes succincte et réductrice) de nombreux militants syndicalistes socialistes qui comprirent que l’anticapitalisme ouvriériste (et « anti-bourgeoise ») de l’extrême droite  s’était logiquement retrouvé avec l’anarcho-syndicalisme de l’extrême gauche si proche des compagnons de Pierre LAMBERT. 

Face à cette polémique, Alexandre HEBERT répliqua qu’il « n’a jamais diabolisé le F.N. » (Journal Ouest France  12 octobre 1999).  

Il précisa :"Je n'ai rien de commun avec l'extrême droite, mais je n'ai jamais été dupe de ce que la diabolisation du Front national avait pour principale utilité de permettre à la gauche de se faire élire". 

Pour cette raison (comme pour d’autres), il semblait difficile pour certains militants syndicaux à l’intérieur de FO, issus du mouvement socialiste, de groupes républicains comme ceux relevant d’engagements philosophiques voire maçonniques, de poursuivre un chemin commun dans la défense des salariés.

Dans plusieurs organisations issues de F.O., plusieurs syndicalistes ont évidemment souffert de l’entrisme de l’extrême gauche et des courants issus du « lambertiste » même si l’anarchosyndicalisme ne s’est jamais revendiqué comme tel bien que la proximité entre Pierre LAMBERT et Alexandre HEBERT est un fait avéré et reconnu. 

Nombreuses sont les anecdotes concernant les agressions et luttes « politiques » dans le monde syndical, trop souvent illustrées par l’outrance. Citons, par exemple, le fait d’être affublé par un représentant (de la même école d’Alexandre HEBERT) du terme de soutien de « la charte du Travail de Pétain en 1941 » lorsqu’en 2004, deux responsables nationaux à FO cheminots soutinrent la signature à un accord d’amélioration du dialogue social à la SNCF (pourtant sans contraintes car sans mesures coercitives). Ce n’est que la marque d’un langage répétitif (et violent) provenant du « leader ») concrétisant la fermeture du cercle (forcément noir reliant drapeau et chemises).  

Dans le monde syndical et politique, quand les extrêmes se rejoignent ainsi, la République sociale s’éloigne d’autant.

Et le monde syndical y perd sa grandeur…  

R.AUFRERE 

NDR : « Rien de ce qui est humain ne m’est étranger » (« humani nil a me alienum puto » tiré de L'Héautontimorouménos, v. 77 du poète comique latin Publius Terentius Afer -190 à -159 av. JC).C’est pourquoi je salue la mémoire d’A.HEBERT…

Lu 709 fois Pas de commentaire

Soyez le premier à réagir

Vous devez être membre pour commenter cet article.
Connectez vous ou Rejoignez nous ! (Inscription immédiate et gratuite)



La vie du réseau

Annuaire