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Nouvelles technologies digitales et Intelligence artificielle : Les avancées et les menaces sur l’emploi

janv. 16

par Olivier Grenot Themes: Vie économique, Emplois & compétences

Les robots sont parmi nous. Cela fait déjà un moment, direz-vous… Il est vrai que depuis de nombreuses années, on peut voir des bras articulés découper, souder, ferrer les tôles des voitures dans les usines automobiles. La robotique et le digital ne datent pas d’hier, mais ce qui est nouveau, c’est leur arrivée à grands pas dans les secteurs qui nous concernent au premier chef : l’agroalimentaire, la grande distribution, l’agriculture, les services à la personne…

 

Dans la distribution, les nouvelles technologies font actuellement parler d’elles dans le secteur de la logistique. Nous évoquons dans « l’enquête » de ce magazine, page, les investissements des grandes enseignes dans leurs entrepots pour automatiser la « supply chain », de la mise en palette au chargement des camions…

Mais l’irruption des applications digitales et des technologies de pointe ne se limite pas, bien évidemment, à ce domaine d’activité. Elles sont partout et elles remettent en question à la fois nos habitudes et nos modes de vie. Jusqu’où iront-elles ? Sans verser dans une futurologie et un prospectivisme débridés, on peut dès maintenant affirmer qu’elles auront, dans un avenir proche, un impact sur le marché du travail et sur notre façon de travailler.

Car il ne s’agit pas seulement d’automatismes sophistiqués. D’ores et déjà, on assiste à la mise en place de robots humanoïdes, notamment dans le commerce où certains androïdes animent les ventes, voire assistent les clients dans leurs courses… Ainsi, dans un hypermarché de la région parisienne, le robot de compagnie Pepper (1,20 m de hauteur) fait l’accueil, discute avec les clients… Il est même capable de les accompagner dans leur parcours et les orienter selon leurs demandes. Il peut également faire appel au personnel en cas de besoin. De conception française mais aujourd’hui développé par une entreprise japonaise, Pepper est installé dans plusieurs centaines de magasins et établissements du pays du soleil levant. Il s’en vend plus de 1 000 chaque mois !

Oublier les réflexes du passé

Alain Goudey*, Professeur de Marketing à NEOMA Business School, est intervenu auprès de la FGTA-FO, à la demande de Dejan Terglav, pour dresser une vision à 10 ans de l’impact du digital et des technologies sur la société, les individus et les organisations. Selon lui, les enjeux sont colossaux : 100 % de la connaissance technologique de 2008 ne correspondrait qu’à 1 % de la connaissance technologique que nous aurons en 2050 ! Ce savoir double actuellement tous les 13 mois et le rythme s’accélère pour arriver à un doublement des connaissances technologiques toutes les 12 heures d’ici 2020 !…

Pour Alain Goudey, la plus grande difficulté dans ce contexte réside dans la capacité à s’adapter régulièrement aux innovations, à la nouveauté et à ne surtout pas agir avec les réflexes traditionnels du passé. En effet, le monde change avec l’arrivée massive d’objets connectés à Internet (Internet des Objets, dont le nombre prévu d’ici à 2020 oscille entre 30 et 200 milliards selon les estimations), de la robotisation, de l’automatisation par l’Intelligence Artificielle, de la prédominance des algorithmes prédictifs, de la digitalisation de la société, etc.

L’homme connecté ?

Les robots humanoïdes d’aujourd’hui ressemblent curieusement à ceux qu’imaginait la science-fiction des années 50 ou 60. Dotés d’une forme humaine, de capteurs de vision animés, de membres fonctionnels, et surtout d’un « cerveau » complexe - une unité centrale dont les capacités de traitement de données permettent de parler « d’intelligence artificielle » - ils sont capables d’interagir avec les humains, de dialoguer, de comprendre des attentes, de faire de recommandations personnalisées, mais aussi de jouer, de chanter, de danser, etc.

Aujourd’hui, outre leurs applications industrielles et commerciales, les robots sont aussi capables d’assister les personnes âgées ou à mobilité réduite, ils peuvent appliquer les engrais et enlever les mauvaises herbes dans les champs, ramasser les fruits et légumes… Ils peuvent transporter des objets dans les différents services d’une entreprise ou d’un hôpital, porter des charges lourdes, réparer des machines, faire des inventaires de stocks, etc. Ils seront bientôt capables de récupérer les colis et charger les commandes dans les camions, de nettoyer les bureaux, les magasins ou les écoles pendant la nuit…

Les robots investissent tous les secteurs de l’économie et de la vie quotidienne. Ils sont déjà plus d’un million à fonctionner de par le monde et les ventes mondiales (estimées à 400 000 dès 2018) sont en progression constante (entre 10 et 20 % par an) tandis que leurs capacités progressent à un rythme encore plus grand. Kobian, un robot "humanoïde", est capable d’exprimer sept émotions humaines, dont la surprise, le ravissement, la tristesse et le dégoût…

Les « prospectivistes » prévoient qu’avant la fin de ce siècle, il sera possible de connecter le cerveau humain et celui de robots et permettre ainsi des transferts instantanés de connaissances. On prévoit même que dans quelques décennies, ils seront pourvus d’une véritable conscience, et de sentiments…

Mais bon, les prospectivistes se sont souvent trompés, et nous n’en sommes pas là ! Pas encore.

Le digital dans notre vie

Les robots sont une expression « visible », mais loin d’être symptomatique, des nouvelles technologies qui bouleversent d’ores et déjà et vont révolutionner notre quotidien dans les années à venir.

Le digital, l’Internet, nous les utilisons tous les jours dans le cadre de notre travail, dans les domaines de la communication surtout, mais aussi de nos loisirs, et plus généralement dans la vie en société. Ils sont désormais présents dans tous les pans de nos activités personnelles et professionnelles.

D’ores et déjà, il est possible d’écrire par… la parole. Les logiciels de reconnaissance vocale sont assez performants pour permettre de rédiger des textes simplement en les énonçant. Sans parler de ceux qui corrigent les fautes, ou qui traduisent automatiquement les textes… Ou des applications comme « Siri » d’Apple, capable de répondre vocalement à toutes sortes de questions personnelles ou de culture générale et qui s’enrichit au fur et à mesure de son utilisation. Mais il s’agit là d’un premier stade du développement de l’intelligence artificielle, ce qu’on appelle ANI, intelligence artificielle restreinte.

Viendront – sans doute – bientôt les autres stades : l’intelligence artificielle dite forte, matérialisée par des ordinateurs dotés des mêmes capacités que les êtres humains, capables de tirer parti de leurs propres expériences dans des domaines très divers. Et plus tard, à la fin de ce siècle environ, une « superintelligence », dépassant celle de l’homme de très loin.

Ce n’est pas si étonnant que cela, quand on sait que la fameuse loi de Moore, datant de 1965 et non contredite à ce jour, postule que la puissance de calcul des ordinateurs double tous les 18 mois, tandis que la taille de leurs composants est réduite de moitié dans le même laps de temps. À terme, les futurologues imaginent la connexion de l’homme et de la machine, un monde où l’être humain ne serait plus une entité organique, mais bionique.

Mais bon, les futurologues se trompent souvent, et nous n’en sommes pas là ! Pas encore.

Les robots à la place des salariés ?

Tout pourrait être très beau dans le meilleur des mondes, si le développement exponentiel de ces technologies ne remettait pas en cause les fondements mêmes de l’organisation de la société.

Car les robots sont capables d’écrire des articles de presse, de remplacer des vigiles, des réceptionnistes, des vendeurs de magasins, ils pilotent des avions, conduisent des voitures, construisent des bâtiments, iront même bientôt jusqu’à fabriquer des clones d’eux-mêmes… D’ici quelques années, les robots rempliront les rayons des supermarchés, dont les caisses seront entièrement automatisées, les robots conduiront les tracteurs, feront les vendanges et les moissons, et bien d’autres activités aujourd’hui dévolues aux humains.

Pour le moment, les robots sont essentiellement des outils au service des hommes, destinés à simplifier ou sécuriser leurs tâches, à les rendre moins pénibles et gagner en productivité… Mais progressivement, ils vont prendre la place de salariés, et pas seulement pour les emplois dits « subalternes » : Ils vont aussi se positionner dans les centres de décisions. (N’oublions pas qu’aujourd’hui, plus de 50 % des opérations boursières et monétaires sont effectuées par des opérateurs virtuels, dits High Frequency Trading).

Aux États-Unis, 60 % des emplois sont liés au traitement de l’information. Dans ce pays, plus d’un million d’employés de bureau ont été remplacés par des services en ligne entre 2001 et 2010. Aujourd’hui, un grand nombre de salariés diplômés est menacé par le progrès technologique. L’automatisation généralisée de la plupart des secteurs d’activité va toucher tous les emplois, qu’ils soient manuels ou intellectuels. Pour les dirigeants, c’est pain bénit : le robot ne se plaint pas, il ne se fatigue pas, ne revendique rien, c’est une sorte d’esclave qu’on ne paye… que le jour où on l’achète !

Alain Goudey note qu’il y a désormais une rupture nette entre les gains de productivité liés à l’utilisation des nouvelles technologies et la hausse du niveau de vie. (Pour un chiffre d’affaires donné, Facebook a besoin de 10 fois moins de personnes que Véolia.) L’étude de Roland Berger (février 2015) prévoit ainsi des gains de productivité de l’ordre de 30 milliards d’euros en France d’ici à 2020, avec une automatisation possible de 47 % des emplois et une hausse de 3 millions du nombre de chômeur ! L’université de Stanford imagine que c’est jusqu’à 75 % que les emplois sont automatisables…

Les conditions de travail changent, le rapport au travail aussi. Une nouvelle organisation du travail et des rapports humains va se mettre en place, inexorablement, en douceur ou parfois par la contrainte, et beaucoup plus rapidement que beaucoup le pensent. Malheureusement, notre société n’y est pas préparée. Parce qu’elle est construite sur la valeur travail et que rien n’est prévu, à ce jour, pour la remplacer.

Inquiétudes et opportunités

Bien sûr, des voix s’élèvent pour dire qu’il ne faut pas considérer seulement les effets à court terme du remplacement des travailleurs par des machines, car un effet induit se produit à la longue : l’entreprise qui utilise la machine économise de l’argent, qui est injecté dans l’économie, soit par la baisse des prix, soit par l’augmentation des salaires des employés restants, ou encore par les impôts payés par l’entreprise qui fait des profits. Tout cet argent stimule la demande des autres entreprises, qui elles, peuvent dès lors embaucher plus d’employés.

Selon Alain Goudey, cette avalanche de technologies est donc à la fois source d’inquiétudes et d’opportunités. Par exemple, les gains de productivité engendrés permettent d’envisager de relocaliser l’outil de production dans notre pays tout en restant compétitif (donc de recréer en partie de l’emploi). De plus ces nouvelles technologies vont générer de nouveaux besoins, de nouveaux questionnements, de nouvelles approches et donc de nouveaux métiers. La question principale reste de savoir si le solde d’emplois entre destruction possible et création envisageable sera favorable ou non, la question est loin d’être tranchée.

Lors de la conférence qu’il a donnée auprès de la FGTA-FO le 22 septembre 2015, Alain Goudey a insisté sur la nécessité de s’adapter, de penser à rester humain et d’être le plus ouvert possible pour réinventer les organisations, les processus et les modes de fonctionnement de la société. Pour ce faire, selon lui, il est nécessaire d’informer le plus largement possible les individus sur les technologies et leurs impacts. Les organisations de tout type doivent opérer leur transformation digitale en accompagnant les parties prenantes avec notamment de la formation sur ces enjeux. Enfin, il est indispensable de rénover notre système éducatif pour inculquer une vraie culture du digital (au-delà de la question de code à l’école) afin d’apprendre à nos enfants à évoluer dans cet univers complexe mêlant opportunités et inquiétudes mais dont les repères traditionnels disparaissent clairement les uns après les autres.

Il est plus que temps d’en prendre conscience, et de mettre en place, tant au niveau syndical qu’à celui des entreprises, des formations qui permettront à tout un chacun de se mettre au diapason des nouvelles technologies et évoluer vers des métiers qui les prennent en compte.

 

 

*Alain Goudey est professeur associé de marketing à NEOMA Business School. Il est également associé fondateur de l’agence de communication sonore et de design musical AtooMedia et de sa filiale, le sonorisateur d’espace de vente Mediavea.

Diplômé en 2001 de TELECOM École de Management (ex-INT Management) et d’une maîtrise en sciences de gestion, il obtient un doctorat ès sciences de gestion à l’Université Paris-Dauphine en 2007. Co-auteur de Marketing Sensoriel du Point de Vente, 4e édition, Dunod, Paris, il publie en France et à l’international dans des revues scientifiques telles que Recherche et Applications en Marketing, Décisions Marketing, International Journal of Research in Marketing, Journal of Retailing and Consumer Services, International Journal of Retail and Distribution Management, Management & Avenir ou encore Advances in Consumer Research Proceedings, mais est aussi sollicité régulièrement par les medias tels que Harvard Business Review, Stratégies, 01 Business, CB News, LSA, France 3, France Inter, France Culture, 60 Millions de Consommateurs, RTL, Cerveau & Psycho, etc. Pour plus d’informations : http://alain.goudey.eu

Enfin il effectue régulièrement des conférences (TEDx, CMIT, Microsoft Dynamics, Carrefour, PSA, etc.) ou des formations executive en MS, MBA ou pour le compte de grandes entreprises : Orange, IBM, Groupe Caisse des Dépôts, etc.

 

 

 

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Accompagner le changement

La position fédérale sur les nouvelles technologies

 

Les nouvelles technologies et les changements qu’elles génèrent, réunis sous l’appellation « révolution digitale ou numérique » vont bouleverser nos modes de vie, de communications, créer de nouveaux modèles économiques et révolutionner l’organisation du travail. Il est vital pour notre organisation syndicale de s’emparer de tous les sujets liés à ce grand chambardement.

Face aux risques de casse sociale et de déqualification liée à la robotisation dans ses secteurs, la FGTA-FO a d’ores et déjà constitué un groupe de travail au sein de la fédération afin d’anticiper et d’accompagner les salariés dont les métiers seront impactés dans les années futures : le futur étant peut-être déjà à notre porte. La Fédération participe aussi activement aux travaux menés par la confédération.

L’emploi, la formation,  l’ « uberisation » du travail, le statut free-lance, la pérennité du salariat, les équilibres vie privée - vie professionnelle avec notamment le droit à la déconnexion, la redistribution de la valeur ajoutée et bien d’autres thèmes non encore définis devront dans les années à venir être traités par notre organisation syndicale.

Le monde économique et de la finance se dit déjà prêt pour la révolution ! La FGTA-FO ne se laissera pas distancer, elle accompagnera le changement et continuera à porter des revendications synonymes de progrès social afin que les salariés n’en soient pas exclus.

 


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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