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Dix propositions pour des voeux 2019: Nous voulons un monde meilleur !

janv. 20

par Jean-Philippe Milesy Theme: Vie économique

Notre ami Jean Louis CABRESPINES a sans doute vu juste. L’attitude désinvolte, mépri-sante pour reprendre un mot de Jean-Louis BANCEL, du Haut-commissaire semble avoir provoqué un sursaut au sein des instances de l’ESS.

Le texte important publié par ESS-France et les dix propositions qui le concluent traduisent un changement notable de ton et de positionnement. On y retrouve bon nombre des rappels aux valeurs qui fondent les approches critiques familières aux lecteurs de ces Brèves ; nous ne pouvons que nous en féliciter. Pour autant l’adhésion dans la durée de l’ensemble des composantes de l’ESS à ces propositions n’est pas acquise et le texte souligne suffisamment les dérives auxquelles nous assistons. Il y a « la banalisation (des) activités et formes d’entreprendre » ; « le poids de la technocratie interne », « le recul de l’engagement citoyen » ; la tendance « à se disperser vers les seuls intérêts sectoriels… voire les intérêts spécifiques à quelques uns seulement ».

La question de l’exemplarité, revendiquée comme nécessaire à la « différenciation » et donc à l’adhésion du plus grand nombre aux modèles et projets d’ESS, révèle des faiblesses, comme par exemple dans le domaine des salaires et des rapports sociaux.

C’est justement l’aveu de ces dérives, de ces faiblesses qui place ce texte en rupture avec la vision irénique jusque là portée par la plupart des instances de l’ESS. C’est lui qui donne aux dix propositions un enjeu majeur pour les entreprises de l’ESS et aucune de ces propositions n’est évidente aujourd’hui alors que de leur mise en oeuvre dépend rien moins que la survie d’une ESS mouvement dans laquelle nous nous reconnaissons.

Le partage d’un projet politique et historique, la conviction de la nécessité de gagner la bataille des idées ne sont pas acquis.

L’engagement sur la préservation du long terme et de la durabilité des intérêts communs est davantage à la portée de tous en ce qu’il est stipulation pour l’avenir.

L’engagement collectif à travailler ensemble est affaibli comme le remarque le texte par les démarches résolument concur-rentielles de certains acteurs allant jusqu’au dumping dans les appels d’offres au détriment des adhérents, des salariés et des publics.

La mise en oeuvre de pratiques de gouvernance transparentes et démocratiques, la conscience de leurs responsabilités d’employeurs supposent de revenir sur la banalisation des formes de « management », souvent liée à la course à la taille, et sur la part prépondérante prises par les technostructures.

L’ancrage territorial collectif est une condition sine qua non, mais elle renvoie dans les relations aux exécutifs des régions et des autres collectivités à l’engagement politique revendiqué dans la première proposition et à la capacité à oeuvrer ensemble.

Les trois propositions, à l’instar de l’oeuvre des pères refondateurs DESROCHE, CHOMEL, VIENNE… ou des pionniers du CNLAMCA comme Georges DAVEZAC et du CEGES, visent à transformer l’agrégat mutuelles, coopératives et associations en un ensemble cohérent constitué en mouvement seul en mesure de peser face aux politiques publiques. Ainsi la 10ème proposition revient-elle sur l’autonomie financière des instances de l’ESS, à plusieurs reprises réclamée dans ces chroniques.

Répétons-le ces propositions, qui vont assurément dans le bon sens, ne sont pas sans enjeux. Les politiques mises en oeuvres par un Haut-commissaire préférant ses certitudes et ses visions idéologiques à l’écoute des acteurs, sa théorie d’un « capitalisme d’intérêt général », sa volonté d’imposer des instances selon ses désirs sont une menace pour l’ESS. Mais elles ne sont pas isolées. La tentative d’initiative parlementaire de taxer les réserves coopératives même si elle a échoué montre l’hostilité, ou à tout le moins l’incompréhension des élus de la majorité et au-delà du gouvernement au fait coopératif. Les pressions d’Emmanuel MACRON et d’Agnès BUSZYN sur les mutuelles pour qu’elles accompagnent une politique qui accentuera un système de santé à deux vitesses, pressions qui ont hélas trouvé un écho mutualiste, renforcent une étatisation de la protection sociale qui, et ce n’est pas un paradoxe, ouvre le champ à l’assurancialisation totale.

On le voit nous sommes loin d’une « pollinisation » du capitalisme par l’ESS ! Le temps n’est plus à une ESS d’accompagnement, cultivant gentiment le chanvre qui tressé fera la corde qui l’étranglera, le temps est à une ESS prenant sa part à la refondation d’un Etat social. Comme le texte d’ESS France le précise, le mouvement est mondial.

Reprenons ici sa conclusion et adoptons-la comme voeu pour l’année nouvelle : « Nous voulons un monde meilleur : construisons-le et incarnons ensemble l’économie de demain »

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