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Niveau de vie des ménages : les inégalités vont s’accroître

janv. 19

par Jean Meyronneinc Theme: Vie économique

Quel va être l’impact des mesures socio-fiscales adoptées par les lois de finances pour 2018 sur le pouvoir d’achat des ménages ? Il variera selon que les ménages sont riches ou pauvres analyse l’Observatoire français des conjonctures économique (OFCE) pointant un accroissement des inégalités en 2018. Cette année, les mesures profiteront aux 2% des ménages les plus aisés tandis que le pouvoir d’achat des plus pauvres reculera. En 2019 le niveau de vie de l’ensemble des ménages devrait progresser légèrement, mais ce sont encore les ménages les plus riches qui seront les grands gagnants des réformes.

Dans une étude publiée ce 15 janvier, l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE) a cherché à déterminer les impacts -en 2018 et 2019- des nouvelles mesures budgétaires sur le pouvoir d’achat des ménages.

Parmi les mesures à destination des ménages on compte la suppression de l’ISF transformé en impôt ne taxant que le patrimoine immobilier (IFI) ou encore la création du prélèvement forfaitaire unique de 30% appliqué aux revenus de l’épargne. Autre réforme, celle de la taxe d’habitation. Elle vise à exonérer d’ici trois ans 80% des ménages qui y sont assujettis. Autres mesures : les « allègements de cotisations », concrètement la suppression des cotisations sociales pour la maladie et le chômage en guise de réponse à la hausse de 1,7 point du taux de la CSG (en vigueur depuis ce 1er janvier). La suppression des cotisations aura lieu en deux temps : d’abord la cotisation maladie (dès ce mois de janvier) puis en octobre 2018 la cotisation chômage. Le cadre budgétaire pour 2018 prévoit par ailleurs un alourdissement de la fiscalité sur le diesel, une hausse de 10% sur la taxe carbone et taxe intérieure de consommation sur les produits énergétiques (TICPE) ou encore plusieurs hausses du tabac entre 2018 et 2019.

Pour l’OFCE, les mesures censées profiter aux ménages soit +0,2 milliard d’euros dont -0,8 milliards liés à la baisse des prélèvements obligatoire seront en fait quasiment neutres sur le pouvoir d’achat global des ménages en moyenne sur 2018.

Pour le 1er trimestre 2018, ce pouvoir d’achat global reculera de 0,5 point (en termes de revenu disponible brut/RDB). Cela est dû notamment explique l’OFCE au transfert partiel des cotisations des salariés vers la CSG mais aussi à la hausse de la fiscalité écologique et à celle du tabac.

Aux deuxième et troisième trimestres, les baisses de la fiscalité directe notamment la mesure de réforme de l’ISF soutiendront le pouvoir d’achat. Toutefois, la fiscalité indirecte (hausse des taxes sur le gasoil, tabac…) continuera de peser sur le pouvoir d’achat. Ce n’est qu’au quatrième trimestre que le pouvoir d’achat accélèrerait nettement estime l’OFCE (+1,2 point de RDB) sous les effets conjugués de la deuxième tranche de baisse de cotisations, du premier volet de suppression de la taxe d’habitation (effet concentré au quatrième trimestre pour les personnes non mensualisées n’ayant pas anticipé la réforme) et des revalorisations de la Prime d’activité en octobre et de l’Allocation de solidarité pour les personnes âgées (ASPA) en novembre.

Néanmoins pondèrent les trois économistes auteurs de l’étude, sur l’ensemble de l’année 2018, les mesures de fiscalité directe et indirecte ainsi que les revalorisations de minima sociaux auront des effets quasiment neutres sur le pouvoir d’achat des ménages.

Les très riches seront à la fête

Plus largement, les mesures pour 2018 n’induiront pas un changement du niveau de vie moyen des ménages mais cela ne signifie pas pour autant qu’elles ne seront d’aucun effet sur le niveau de vie de la plupart des ménages… L’OFCE assure d’ailleurs que si les impacts moyens en pourcentage du niveau de vie peuvent sembler comparables pour des ménages dont les niveaux de vie sont différents il n’en est rien lorsque l’on analyse l’impact des mesures nouvelles en euros par ménage.

Autrement dit, un léger recul de niveau de vie chez un ménage situé en haut de l’échelle de la richesse n’a pas le même impact que chez un ménage pauvre pour lequel chaque euro compte.

L’OFCE remarque qu’en 2018, particulièrement grâce aux mesures fiscales adoptées, le niveau de vie des 5% de ménages les plus aisés (dernier vingtile) augmentera de 1,6% en moyenne. Cela équivaut à un gain moyen de 1 730 euros par ménage. Plus concrètement encore souligne l’OFCE la transformation de l’ISF en IFI devrait procurer un gain de revenu disponible de l’ordre de 2 270 euros par an en moyenne, et la mise en place du PFU un gain de l’ordre de 920 euros en moyenne. A contrario, la bascule cotisation / CSG devrait réduire leur revenu disponible de 1 270 euros et la fiscalité indirecte de 230 euros. Mais selon l’OFCE, l’année 2018 sera largement au bénéfice des 2% de ménages du haut de la distribution des revenus, détenant l’essentiel du capital mobilier. Concrètement les mesures profiteront aux plus riches parmi les plus riches.

Ménages pauvres : le recul de leur niveau de vie

Pour les classes moyennes, en 2018, l’impact des mesures sera nul. Les classes moyennes supérieures connaîtront cependant un recul de leur niveau de vie (de -0,2% à -0,8%).

En ce qui concerne les ménages les plus pauvres, ils seront les grands perdants, subissant une diminution substantielle de niveau de vie. En 2018, ce niveau de vie sera en recul en effet de 0,6%, ce qui se traduirait par une diminution de 60 euros par an et par ménage.

Pour ces 5% de ménages les plus pauvres, en effet, indique l’OFCE, les hausses de fiscalité indirecte et la baisse des allocations logement ne seraient compensées que partiellement par les revalorisations des prestations sociales en fin d’année.

Par ailleurs analyse encore l’Observatoire ces ménages devraient peu bénéficier de la réforme de la taxe d’habitation et, ayant une part d’actifs occupés plus faible que les autres ménages, ils devraient peu bénéficier de la revalorisation de la Prime d’activité et de la bascule cotisation / CSG.

L’OFCE estime ainsi que le niveau de vie des 5 % les plus pauvres devrait être en moyenne amputé de 0,4 % sous l’effet de la baisse des allocations logement et de 1,4% sous l’effet conjugué des hausses de fiscalité écologique et sur le tabac. Seules les revalorisations en fin d’année de quelques prestations et allocations sociales atténueront ce recul du niveau de vie.

En 2019 les riches seront encore gagnants…

Pas tout à fait à l’opposé, mais pour l’avant-dernier vingtile des ménages les plus aisés, la diminution du niveau de vie se traduira par une baisse de l’ordre de 490 euros par an (0,8% de baisse du niveau de vie) indique l’étude.

Concernant l’année 2018, l’OFCE pointe un accroissement des inégalités entre les ménages et donc un déficit de redistribution des richesses. Hors fiscalité du capital, les autres prélèvements nets sur les ménages seront accrus, les mesures fiscales visant à redonner du pouvoir d’achat aux ménages (baisse de la taxe d’habitation et des cotisations sociales, crédit d’impôt sur les services à la personne…) ne suffisant pas à compenser l’effet négatif de la hausse de la fiscalité indirecte (tabac et écologie) et de la CSG.

Que se passera-t-il en 2019 au plan de l’impact de ces mesures budgétaires ? Pour l’OFCE le pouvoir d’achat global des ménages augmenterait de plus de six milliards d’euros via la montée en charge des mesures fiscales et les nouvelles revalorisations de prestations. Attention toutefois, ce sont en effet encore aux plus riches que les mesures bénéficieront le plus … les gains enregistrés par les centiles les plus élevés de niveau de vie resteront, à la fin de l’année 2019, plus importants que les gains enregistrés par les autres ménages mesure l’Observatoire.

Réduction de la dépense publique... Attention danger !

Ainsi en 2019, à eux seuls, les 5 % de ménages les plus aisés, et au sein d’eux, les 2 % les plus riches, capteraient 42 % des gains à attendre de la mise en place des mesures.

Ces mesures –dont le coût budgétaire est estimé à plus de huit milliards d’euros sur 2018-2019– seront financées notamment par une réduction structurelle de la dépense publique puisque rappelle l’OFCE le gouvernement vise sur la même période à abaisser encore le déficit public.

Or la diminution programmée de la dépense publique pose le problème de la capacité pérenne des administrations à assurer des dépenses (prestations, transferts en nature en matière de logement, de santé, d’éducation…) qui bénéficient pour l’instant directement aux ménages.

Une diminution de telles dépenses de transferts au caractère extrêmement redistributif impliquerait de creuser le déficit de redistribution des revenus analyse l’OFCE.

Concrètement cela renforcerait encore les inégalités de niveaux de vie entre les ménages…

 

 

 

source: VF/FOH 

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