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70 ans d'illustration et de défense de l'économie collective

oct. 13

par Marcel Caballero Theme: Vie économique

Le 16 novembre, nous célébrerons à Liège, le 70ème anniversaire de la création du CIRIEC. Ce fut une initiative d’Edgard MILHAUD (*) , alors titulaire de la chaire d’économie politique de l’Université de Genève.

Cette création, réalisée avec le soutien de syndicalistes, coopérateurs, militants politiques et universitaires, matérialisait la pensée d’Edgard MILHAUD en faveur de l'économie collective.

L’association était destinée à fournir un cadre international de débats et de diffusion à la revue Les Annales de la régie directe, devenue par la suite Les Annales de l’économie collective, créée par Edgard MILHAUD, quarante ans auparavant, comme « une tribune pour les grands penseurs et les gestionnaires de l’économie publique et de la coopération ou de tout autre forme d’action au service de l’intérêt général ».

Le CIRIEC qui se décline alors ‘Centre International de Recherche et d’Information sur l’Economie Collective’, « a pour objet d’entreprendre et de promouvoir toutes recherches et distributions d’informations sur l’économie collective dans le monde, considérée dans ses différentes formes et dans leurs relations : régies publiques, coopération, régies coopératives, autres formes d’entreprises d’intérêt général, économie organisée, systèmes des plans, etc. ».

Par économie collective, MILHAUD entendait à la fois l’économie publique et l’économie coopérative, en ce qu’elles se distinguent fondamentalement de l’économie capitaliste, parce que tournées vers la satisfaction de l’intérêt général. Il ne s’y intéressait pas pour des raisons seulement scientifiques. Humaniste, pacifiste, il savait que les guerres sont, quels qu’en soient les prétextes, la conséquence de l’inégal partage des richesses. Il souhaita populariser cette conviction en la fondant sur une analyse approfondie des systè- mes économiques aptes à donner corps à une société pacifiée parce que socialement plus juste.

Contrairement aux utopistes du XIX° siècle, le fondateur du CIRIEC ne proposait pas un système idéal ‘clé en main’. Il souscrivait à l’interrogation de Jean JAURÈS : « Est-il possible de décrire par une sorte de dessein prophétique l’ordre social qui succédera au capitalisme ? BLANQUI ne le pensait pas et il s’irritait contre ceux qui dressent des plans d’architecture sociale. Et Karl MARX aussi, qui affirmait ne pas être de ceux qui préparent des recettes pour la marmite de l’avenir ».

Cependant, comme JAURÈS, MILHAUD affirmait : « Comment pourrait-on travailler avec une passion révolutionnaire à l’avènement d’un monde nouveau si on n’en pouvait dessiner, au moins pour soi-même, les traits essentiels ? » Et concluait : « Nous pouvons, en nous appuyant sur la réalité présente former des hypothèses d’une haute probabilité ».

La proposition d’économie collective est l’hypothèse sur laquelle il a souhaité consacrer les travaux de recherche et du CIRIEC. Mais l’intitulé ‘Economie collective’ évoquait chez certains l’économie collectiviste et bureaucratique des régimes communistes, très éloignée de la pensée de MILHAUD.

C’est pourquoi il lui fut substitué par la suite celui d’‘Economie publique, sociale et coopérative’. Cela eut sans doute une conséquence sur l’organisation des recherches. Alors que le concept global d’économie collective incitait à une approche, elle-même globale, le nouvel intitulé, s’il précisait mieux le champ de la recherche, en soulignait aussi la diversité et incitait à la spécialiser.

Les travaux des actuelles commissions scientifiques internationales du CIRIEC (Economie publique, d’une part, et Economie sociale, d’autre part), alimentés par les 450 chercheurs qui forment notre réseau international, ainsi que les activités des quinze sections nationales, en sont la survivante traduction.

Aujourd’hui comme hier, ce parti-pris n’empêche aucunement de s’intéresser aux convergences et aux partenariats qui se développent de plus en plus entre les deux composantes de l’économie collective. Au contraire, l’approche globale à laquelle nous appelons s’impose plus que jamais du fait d’une économie elle-même globalement dominée par le capitalisme financiarisé. Et les conséquences de cette domination sont un développement sans précédent des inégalités, le pillage des richesses économiques et des biens communs par une minorité de plus en plus réduite, la destruction de la biodiversité, le dérèglement climatique...

Le système économique dominant, le système capitaliste, est insoutenable. Il met en danger la paix mondiale en provoquant des affrontements incontrôlables, en raison de leur internationalisation. C’est pourquoi il est urgent aujourd’hui d’orienter l’économie vers une autre logique, celle que préconisait Edgard MILHAUD   il y a un siècle.

Comme l’écrivait ici même le président du CIRIEC, Alain ARNAUD : « La première des exigences est de redonner du sens à l’économie publique et plus généralement aux politiques publiques qui ont des défis majeurs à relever. L’autre exigence est que les Etats et les collectivités publiques favorisent le développement de l’économie sociale et solidaire, et organisent des partenariats public-privé non lucratif afin d’amplifier les moyens de mieux servir l’intérêt général ».

La célébration du 16 novembre fournira une occasion de mesurer le chemin parcouru depuis l’initiative d’Edgard MILHAUD et d’en mieux comprendre l’actualité pour aider à affronter les défis d’aujourd’hui ▪

 

(*) Pour mémoire:

Edgard MILHAUD (1873-1964) était un militant socialiste français, professeur d'économie. Promoteur et théoricien de l'économie collective, proche de Jean JAURES, de Léon BLUM et d’Aristide BRIAND, il participe au début du XXe siècle à la direction de la Section Française de l’Internationale Ouvrière (SFIO). Il appartenait depuis 1912 à l’Alliance Coopérative Internationale (ACI). Auteur de très nombreux ouvrages en économie et en relations internationales, il a travaillé avec Albert THOMAS au Bureau International du Travail. Considérant que « la guerre est un crime, quelles que soient ses raisons », il militait en faveur d'institutions supranationales chargées de garantir la paix mondiale. Il a été proposé à plusieurs reprises pour le prix Nobel de la Paix. 

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