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La Confédération Européenne des Syndicats veut anticiper les mutations du monde du travail

juil. 12

par Philippe Grasset Themes: Vie économique, Santé & conditions de travail, Dialogue social

 

« Comment gérer le monde du travail du futur ? ». La Confédération européenne des syndicats a pris l’initiative de réunir 500 personnalités influentes autour de cette question (partenaires sociaux, universitaires, ministres, commissaires européens, responsables politiques, spécialistes, le directeur général de l’Organisation internationale du Travail…)...Evelyne Salamero, journaliste à Fohebdo a suivi ce dossier.... 

Numérisation, décarbonisation, mondialisation et évolution démographique. La CES a identifié « quatre grandes tendances mondiales qui modifient radicalement le monde du travail. »

Ce changement « doit profiter à tout le monde. Les travailleurs ne peuvent pas être laissés sur le bord de la route (…) » a déclaré Luca Visentini, secrétaire général de la Confédération européenne des syndicats (CES) lors de la conférence organisée par cette dernière du 27 au 29 et intitulée “Le (s) monde (s) du travail en mutation“.

A la recherche d’un « consensus pour une gestion proactive du changement »

Les grandes modifications du monde du travail « ne peuvent simplement être laissées aux mains du marché », a- t-il poursuivi. « Il ne suffit pas de s’enthousiasmer à propos des opportunités ou de se plaindre des risques. Les conséquences du changement doivent être anticipées et gérées par tous, gouvernements et autorités à tous les niveaux, institutions européennes, employeurs et syndicats », a- t-il encore insisté.

L’objectif de la CES est en effet d’ « établir un consensus sur la nécessité d’une gestion proactive du changement » entre toutes les parties concernées.

Un objectif ambitieux. Les deux commissaires européens qui sont intervenus, le premier chargé de l’euro et du dialogue social et le second du marché numérique unique, ont déclaré soutenir la « convergence salariale, nécessaire pour relever la compétitivité et la productivité ». Convergence vers le haut ou convergence vers le bas ? Ce sera toute la question.

De plus, ils ont averti que « des emplois vont être créés, mais pas autant que ceux qui vont disparaître » et souligné : « nous avons besoin d’une main d’œuvre flexible et bien qualifiée (…) Le dialogue social est essentiel pour relever les défis. Il va lui aussi évoluer, tout comme les partenaires sociaux ». Davantage de flexibilité, un dialogue social rénové… Comme en France, avec la loi El Travail et les ordonnances ?

Pour des emplois de qualité avec des droits sociaux forts

Quant aux créations d’emplois découlant de la numérisation… L’ensemble des intervenants s’est accordé pour reconnaître que quasiment tous à ce jour sont précaires et non standards car sans contrat de travail. Le professeur de droit M. De Stephano a ainsi expliqué : « Les travailleurs de plateformes sont considérés comme des indépendants. On veut nous faire croire que c’est le travailleur qui décide mais c’est la plateforme qui contrôle le travail, il existe donc une relation de travail évidente et donc un lien de subordination juridique et économique. »

De cette façon, les plateformes s’exonèrent de payer des cotisations sociales et de respecter les droits du travail collectifs.

La CES appelle donc à la création d’ « emplois de qualité bien rémunérés avec des droits sociaux forts », à un cadre financier européen efficace qui servira la véritable économie pour obtenir une prospérité partagée par tous, et à une amélioration des systèmes de protection sociale. Dans cette perspective, tout en se félicitant du socle européen des droits sociaux, la CES rappelle qu’il s’agit d’une base et qu’il faut maintenant une législation et un dialogue social forts pour sa mise en application.

Les changements ne doivent pas être prétexte à détruire les droits collectifs

Autant de questions dont la confédération FO, représentée à cette conférence de la CES, s’est elle-même emparée, en particulier lors de son congrès confédéral à Lille en avril dernier, mettant en avant la nécessité de défendre les droits collectifs des salariés et de refuser que la numérisation soit prétexte à une individualisation de la relation du travail.

Elle considère notamment que « l’entrée des “indépendants“ dans le champ de l’Assurance chômage doit aller de pair avec une cotisation dédiée, en particulier pour les plateformes ainsi que pour les donneurs d’ordre qui placent les travailleurs dits « indépendants » dans des situations de grande précarité et de dépendance économique. » Elle s’oppose ainsi à ce que « l’indemnisation des “indépendants“ puisse conduire à un sous-droit à l’assurance-chômage, comme à une baisse des droits actuels ».

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