Miroir Social : votre réseau d'information sociale



Imprimer


Etats généraux des services publics: parlon en !

mars 19

par Jacques Fournier Theme: Vie économique

Des États généraux du service public se sont tenus le 17 décembre dernier à la Mutualité de Paris. L’objectif était d’imaginer le

service public du XXIème siècle, efficace et démocratique. Ce rendez-vous n’a visiblement pas rencontré le succès escompté…

Comment l’expliquer ?

On constate en effet un certain essoufflement des actions, une lassitude peut-être, à mener des batailles toujours

défensives et le plus souvent perdues face au rouleau compresseur de la mondialisation libérale. Il faut renouveler la

problématique du service public et adopter une posture plus offensive. Le service public n’est pas simplement un

pansement sur la société capitaliste. C’est l’une des voies par lesquelles on peut construire une autre société. Il faut le considérer

comme une activité de production et le promouvoir comme tel dans tous les domaines où la satisfaction des besoins fondamentaux

appelle une intervention collective.

Pourquoi la société civile n’est-elle pas plus sollicitée ou impliquée dans ces États généraux en particulier et dans le débat sur le service public en

général ?

Ce qu’on appelle la « société civile » n’est pas une entité en soi. Elle est composée d’hommes et de femmes, d’organisations et de

mouvements, civiques, sociaux, culturels, qui agissent et se confrontent. Il faut bien sûr les impliquer dans le débat sur le service

public. Cette confrontation devrait permettre d’introduire dans le débat des idées neuves et de sortir du schéma un peu rebattu des

présentations traditionnelles. Elle devrait à mon sens déboucher sur un renouvellement de la culture du service public. Notre modèle

est, au moins en partie, encore trop marqué par une conception tutélaire, protectrice, voire autoritaire du service public, alors

qu’aujourd’hui se dégagent dans la population des aspirations nouvelles, d’autonomie, de diversité, de participation dont il faut tenir

compte.

Que peut-on attendre des États nationaux prévus en juin prochain ?

Je trouve que cette démarche est une très bonne chose. Il faudrait cependant nourrir ces États nationaux par une réflexion de fond,

portant notamment sur les points que je viens d’évoquer. Je ne sais pas si nous en aurons la volonté et le temps, mais je le souhaite

vivement.

En définitive, quelle alchimie doit-on mettre en place pour qu’une véritable vie démocratique soit possible ? Selon vous, il faut adopter une

approche globale du service public, notamment au niveau territorial. Pouvez-vous préciser de quoi il s’agit ?

Il est vrai que l’évolution démographique, l’urbanisation, obligent périodiquement à revoir le déploiement géographique des services

publics. Il y a à cet égard de gros problèmes dans les zones rurales mais aussi dans les nouvelles banlieues. Il faut attaquer cette

question en prenant en compte l’ensemble des services et non chacun d’entre eux séparément.. Je pense par exemple qu’en zone

rurale un service comme la poste peut être un foyer de regroupement pour d’autres activités de service public.

Une des grandes questions induites par le débat sur le service public consiste à définir les biens communs qui justifient un tel service. L’eau est de

plus en plus citée comme devant être gérée en tant que telle. Or, on connaît la mainmise des opérateurs privés dans les villes et

agglomérations… L’État et les collectivités n’ont-ils pas un rôle majeur à jouer pour reprendre à leur compte la gestion de l’eau ?

L’exemple de l’eau est un bon exemple. Elle répond à un besoin fondamental et c’est un bien public par excellence. Dans ce domaine

comme dans d’autres, éducation, santé, énergie, transports, etc, il me paraît indispensable que l’activité économique soit organisée

d’une manière différente de celle qui résulterait simplement du fonctionnement du marché capitaliste. l’organisation de la satisfaction

des besoins incombe à la collectivité publique. Mais cela ne signifie pas nécessairement que la collectivité doive tout faire. la question

fondamentale est de savoir qui décide de l’organisation à mettre en place et des règles à respecter. Le problème pour l’eau n’est pas de

savoir si telle ou telle ville la gère elle-même en régie ou la confie à une société privée à travers une concession de service public. Je

n’exclue pas systématiquement la participation d’opérateurs privés. Ce qui importe à mon sens, c’est qu’il y ait bien un pilotage, des

règles du jeu, des obligations imposées, une égalité à assurer entre les bénéficiaires des prestations…

Une vision globale du service public implique que celui-ci soit pensé au niveau européen. Or, la notion même de service public ne fait pas

consensus entre les États. La Commission européenne distingue d’ailleurs les SIG et les SIEG… Un service public européen semble difficilement

envisageable…

La construction européenne se fait entre des pays qui ont des cultures et traditions différentes, des forces politiques de droite ou de

gauche, des personnes plus favorables au régime libéral et d’autres à une intervention publique. J’ai l’habitude de dire que l’Europe est

un combat. Il faut se battre pour faire prévaloir au niveau européen les idées concernant le service public. Cette bataille doit être menée,

à mon sens, dans trois directions. Premièrement, il faut rééquilibrer la construction européenne ; l’Europe doit avoir deux moteurs, non

seulement la concurrence, dont elle se délecte, mais aussi l’intérêt général qu’elle oublie trop souvent. Deuxièmement la séparation

tranchée que l’on a établie entre service d’intérêt économique général et service d’intérêt général tout court ne me paraît pas

satisfaisante.. L’Europe doit avoir une approche globale du service public. L’intervention d’une directive sur ce sujet et la prise en

compte du service public dans l’organisation même de la Commission européenne me paraissent souhaitables. Enfin, troisièmement, il

faut encourager la coopération entre les services publics des différents pays plutôt que la concurrence entre eux. Ceci peut

effectivement déboucher sur certains types de services publics européens comme il en existe déjà. Dans le domaine de l’éducation par

exemple.

Comme vous le savez j’ai une certaine expérience du transport ferroviaire : je préfère un Eurostar associant les chemins de fer

britanniques, belges et français, plutôt que l’organisation d’une concurrence sauvage qui verrait ces compagnies se battre pour

bénéficier des horaires plus favorables en délaissant les autres.

 

 

Lu 616 fois Pas de commentaire

Soyez le premier à réagir

Vous devez être membre pour commenter cet article.
Connectez vous ou Rejoignez nous ! (Inscription immédiate et gratuite)



La vie du réseau

Annuaire