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Banque de France: des annonces douloureuses pour la filière fiduciaire

janv. 23

par Dominique Delpouy Themes: Vie économique, Santé & conditions de travail, Emplois & compétences

Le dernier rendez-vous sur le fiduciaire, qui se voulait annuel, avait été présidé le 17 novembre 2017 par le gouverneur. Fin 2018 nous avons rappelé cet engagement à la Banque et finalement c’est le DGSER, accompagné du DGRH qui a réuni l’ensemble des organisations syndicales et le CGRP.

Nous pressentions lors de la réunion de  ce début de semaine des annonces douloureuses pour la filière fiduciaire suite aux dernières évolutions dans ce domaine et au rapport de la Cour des Comptes… mais ce qui ressort de cette réunion c’est principalement la sensation que la Banque ne maîtrise pas totalement un domaine qu’elle a partiellement laissé à la concurrence.

Etat des lieux des implantations

Le plan fiduciaire 2013-2020 touche à sa fin et le DGSER nous a transmis un état des lieux précis de son avancée.

Après avoir rappelé qu’en 1990 la Banque disposait de plus de 200 points fiduciaires, la cible fixait 4  Centres Fiduciaires (2 Nouveaux CF, 2 Centres Fiduciaires) et 33 caisses modernisées à fin 2020. A ce stade, nous pouvons considérer que les centres fiduciaires sont achevés (la Recette d’Intégration Globale est en cours à Paris La Courneuve).

Concernant les 33 caisses, 10 d’entre elles ont terminé leur modernisation (dont 7 avec des BPS M7, machines à grosse capacité de tri).

Par ailleurs, 29 caisses ont cessé leur activité depuis 2013 et 7 subiront le même sort cette année. À cela se rajoute le transfert du CF Paris vers Paris la Courneuve.

Il resterait donc 23 caisses à moderniser si l’on s’en tenait au plan initial.

Etat des lieux des réalisations décidées au rendez-vous fiduciaire 2017

La Banque a mis en place l’Observatoire du Fiduciaire et, conformément aux engagements, le nombre de missions de contrôle sera en augmentation de près de 50 % en 2019 par rapport à 2018 (707 contre 488). Par ailleurs 32 des 38 trieuses Toshiba ont été mises à niveau à ce jour (« revamping »). Enfin au sein de l’université BDF l’école du fiduciaire a été ouverte.

Evolution de l’environnement

Paradoxalement, nous constatons une augmentation importante des émissions nettes de billets et dans le même temps une forte diminution des entrées dans nos caisses, sans que le recyclage externe en soit l’unique cause. En effet, actuellement 1/3 des billets en euro circulent hors de la zone euro dans la mesure où notre monnaie est devenue une valeur refuge tout comme le dollar américain. Il existe donc un phénomène de thésaurisation indéniable sur notre devise.

La monnaie fiduciaire, sans surprise, est concurrencée principalement par la carte bleue et le commerce en ligne et nous ne sommes pas au bout de l’évolution avec les paiements par mobile, l’économie collaborative ou autres…

Concernant le recyclage externe, dont nous avons toujours combattu l’objectif stratégique fixé à 50 %, nous avons obtenu deux informations importantes :

-          la part nationale de celui-ci s’élève à 32 % fin 2018 avec de fortes disparités selon les régions (de 2 % en Corse à près de 70 % en Bourgogne)

-          pour la première fois la banque nous a clairement indiqué qu’elle ne disposait d’aucun levier légal pour limiter ce taux à 50 %...

Le plan fiduciaire actuel prévoyait un parc de machines doté d’une capacité de tri de 4,8  Milliards de billets par an en 2020. Or les estimations révisées suite aux études réalisées récemment laissent à penser que le nombre de retours de coupures pourrait baisser de 26 % entre 2018 et 2025 pour atteindre de 5,1 Milliards de billets par an. En appliquant un taux de recyclage externe de 50 %, les entrées dans nos caisses ne seraient que de 2,5 milliards de coupures, soit la capacité de tri du CEFINOF et de PLC. Information particulièrement inquiétante pour l’ensemble de nos collègues de la filière fiduciaire.

Plan d’actions

La Banque a réaffirmé son attachement à l’acceptabilité, l’accessibilité, la qualité et la robustesse de la circulation fiduciaire de même qu’à l’efficience de cette filière. Transférer, sans contrainte ni contrôle l’ensemble de la filière fiduciaire à la sphère privée semble beaucoup trop risqué pour une activité aussi sensible. Ainsi, contact a été pris avec les pouvoirs publics et la profession bancaire dans la mesure où l’accès à la monnaie fiduciaire reste une mission sinon de service public, tout au moins, de service à rendre au public.

La Banque pense pouvoir (et nous l’espérons vouloir) peser sur les acteurs de la filière pour parvenir à un équilibre entre recyclage interne et externe. Par le biais de contraintes légales relatives, par exemple, à l’accessibilité obligatoire au cash par le public, à des contrôles plus rigoureux du recyclage, et à l’accès à un maillage territorial suffisamment dense de nos points de distribution, la Banque estime pouvoir piloter ce secteur bien plus qu’elle ne l’a fait jusqu’à présent, de son propre aveu… 

Cependant, si aucune grande annonce n’a été faite lors de cette réunion, la Banque nous a quand même donné les informations suivantes :

-          aucun schéma d’implantation de caisses n’est décidé à ce jour mais celui à fin 2020 évoluera inéluctablement,

-          moratoire sur les travaux de modernisation de 21 caisses, seules celles de Marseille et Toulouse seront transformées,

-          ce moratoire ne signifie pas la fermeture des caisses restantes après 2020, mais la Banque nous dit avoir besoin de temps supplémentaire pour préparer l’avenir,

-          dès le CCE de mars, l’opportunité de transférer ou cesser l’activité de tri de Chamalières vers Vic le Comte dans le cadre du projet Refondation sera abordé,

-          lors du prochain rendez-vous fiduciaire qui devrait se tenir en décembre 2019, le gouverneur donnera les premières orientations sur le schéma post 2020,

A l’issue de cette présentation, nos interventions ont essentiellement porté sur le volet RH à prévoir car, bien entendu, au-delà de l’intérêt que nous portons aux missions de notre Institution, l’avenir de nos collègues requiert toute notre vigilance. Même si notre pyramide des âges fait que le nombre d’agents touchés diminuera au fil des ans, de notre point de vue, aucun agent ne doit être, selon l’expression consacrée, laissé au bord du chemin.

Nous avons demandé à nos interlocuteurs de faire preuve d’imagination pour garantir notre main mise sur cette filière en laissant par exemple de nombreux points de stockage de billets dans nos implantations restantes, même si on n’y effectue plus de tri… à la clef cela pourrait sauver de nombreux emplois, ce qui est notre combat principal.

Conclusion

Nous avions connaissance, par les remontées de nos adhérents à travers le territoire, de la forte diminution des entrées de billets dans nos caisses.

Nous attendions un langage de vérité et des annonces fortes de la part du DGSER. Le langage de vérité a été au rendez-vous en ce qui concerne l’évolution très inquiétante de la filière pour nos activités de tri.

Nous espérons que nous constaterons la même sincérité sur les engagements de nos dirigeants à reprendre en main le pilotage de la filière, seul moyen à nos yeux pour éviter de nombreux licenciements dans un avenir proche.

Pour ce qui est des annonces fortes, rendez-vous est pris lors du CCE de mars 2019 concernant l’avenir du CF de Chamalières et bien entendu en décembre 2019 avec le gouverneur pour, cette fois, en savoir plus sur l’évolution des implantations de caisses.

 

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