Société de droits ou d'oppression, tous suspects
mai 24
Themes: Vie économique, Dialogue social
J’avais pris le parti, en quittant mes fonctions de responsable syndical, de ne plus commenter directement les évènements sociaux, de laisser cette responsabilité à mon successeur, de prendre du recul et, comme libre penseur, de peser, avec attention, le pour et le contre des divers phénomènes marquant l’actualité sociale et citoyenne et, en toute liberté de conscience, d’essayer d’en faire la synthèse. Il ne s’agissait pas de sagesse, mais simplement de réflexion et d’objectivité.
La pratique aidant, les dérives actuelles de la vie publique et plus particulièrement des contraintes individuelles et collectives auxquelles on soumet les citoyens, me conduisent à prendre, de nouveau, position.
Je rappellerai, sans que cela soit exhaustif, les dossiers individuels, publics ou privés, les différents fichiers du Ministère de l’Intérieur voire l’utilisation des connaissances scientifiques afin de considérer que tel ou tel enfant porte, à sa naissance, les gènes qui feront de lui un délinquant voire un paria de la société, non seulement par son action éventuelle mais par l’intention ou la pensée.
Tout cela pour arriver à procéder à l’arrestation, par les autorités policières, de gosses de 10 ans ce qui, il y a quelques années, ce serait réglé avec une paire de claques ou une fessée parentales, conduit maintenant aux menottes et à l’écrou.
En termes clairs, la société française a peur de sa jeunesse !
Mais comme si cela ne suffisait pas, elle a peur aussi de ceux qui directement ou indirectement sont victimes du capitalisme débridé et qui, chômeurs ou en voie de le devenir, se battent, s’expriment pour que soit respectée leur dignité et qu’ils puissent subsister sans être reconnaissants et bénéficiaires de la compassion ou de la charité.
On reproche donc le comportement de ceux qui les représentent et ont pour fonction de les défendre, ce sont des empêcheurs de tourner en rond, inconscients de la crise, qui font de l’agitation voire préconisent la grève, appellent à la solidarité lorsqu’ils s’efforcent de remettre les pendules à l’heure, sur une affirmation simple : Les salariés ne sont pas les responsables de la crise !, ce qui est une évidence. Même les responsables de la dite crise n’osent pas affirmer le contraire.
Au milieu de ce mécontentement quasi général, j’ai noté l’action du syndicat des pilotes de lignes des différentes compagnies aériennes qui a décidé de lancer une action pour son existence. Je précise tout de suite que je ne suis nullement un soutien des syndicats dits autonomes qui, bien souvent, sont d’essence corporative voire créés de toutes pièces pour concurrencer les confédérations sensées représenter les salariés sur la base de la classe sociale et de manière interprofessionnelle.
Mais il faut bien constater que, sous couvert de représentativité, deux organisations : la CGT et la CFDT, ont décidé, avec l’aval voire le soutien effectif du gouvernement et de la Présidence de la République, la mise à mort, à terme, de groupements volontaires de travailleurs, mettant ainsi, de facto, une restriction du droit d’association.
On me fera fort justement remarquer que les syndicats dépendent de la loi de 1884 et non de celle des associations de 1901. Mais, justement, la loi de 1901 postérieure à celle des syndicats, entendait ouvrir le droit d’association et de coalition, principes fondamentaux de notre République.
Soyons nets, en conditionnant la représentativité des syndicats au résultat électoral, on restreint l’importance de l’engagement volontaire ou individuel, à son acceptation, son accréditation en quelque sorte, par les non syndiqués.
S’agissant alors de leur accorder le droit de négociation voire de conclure des conventions, l’intérêt, pour le gouvernement, était double, d’abord vers la CGT et la CFDT qui espèrent ainsi récupérer la représentation exclusive des salariés (le méchant et le bon) et surtout rendre aléatoire la conclusion de conventions, cet usage n’étant pratiqué qu’avec hésitation par la CGT.
Mais, ce faisant, le gouvernement n’anticipait-il pas sur la situation économique actuelle qui rend quasi impossible, du fait des employeurs, la discussion voire même la négociation de nouvelles garanties.
La complicité ne fait aucun doute ; ne dit-on pas qu’il y a quelques années, THIBAULT et NOTAT à l’époque secrétaire générale de la CFDT, lors d’un déjeuner, s’étaient, comme de bons représentants de trusts capitalistes, partagés le terrain ; ceci amorce, en quelque sorte, une conception d’un syndicalisme officiel bicéphale.
Et surtout ne voit-on pas à la SNCF par exemple, les organisations reconnues représentatives, après les dernières élections, remettre en cause, de facto, la représentativité et la prise de responsabilités des syndicats minoritaires, mais ayant obtenu des élus dans les comités d’entreprise, en mettant à 20% le seuil de représentativité exigé (non pas par la loi, mais par l’accord signé entre eux). En d’autre temps, j’aurais volontiers affirmé que cela sentait le compromis historique.
Mais, l’expérience m’a montré, moi qui se veut fidèle à un syndicalisme authentique, celui de la charte d’Amiens, que les travailleurs salariés refusent, instinctivement, les cages, fussent-elles dorées.
La situation est telle que les salariés se battront, se feront entendre car ils n’ont pas d’autre alternative et se créeront, ici ou là , de manière éphémère, des collectifs d’action ou autres structures temporaires et ne répondant pas à la législation. Et parti comme il est, le gouvernement français les dénoncera comme terroristes.
1 commentaire
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plus de 2 ans
Je suis bien d'accord
par François Muller
Je suis bien d'accord avec Marc BLONDEL sur la tonalité d'ensemble,en particulier les dérives actuelles de plus en plus contraignantes pour les ctoyens et qui aboutissent,selon moi,à faire de notre système politique une "démocratie relative".
Je partage également le sentiment de la conclusion de l'article sur la nécessité pour les salariés de se battre là où ils sont et comme ils le peuvent afin de défendre leurs intérêts vitaux.
Je suis moins convaincu,en revanche, par le raisonnement sur le rôle des centrales syndicales et la concurrence entre elles entrainant tel ou tel comportement ou rapprochement.Non pas que je ne partage pas l'analyse de Marc BLONDEL sur la situation actuelle et la tentative de partage du territoire entre la "méchante" CGT et la "gentille" CFDT.Mais il me semble que FO naguère et même aujourd'hui a usé et use des mêmes moyens pour essayer d'avoir la place la plus importante possible sur l'échiquier syndical.Les intérêts d'appareils sont parfaitement naturels pour toutes les grandes organisations,même si,vu de loin,ils peuvent apparaitre comme subalternes par rapport à l'intérêt général des travailleurs.