Retraites: si on en parlait sérieusement !!
mars 15
Themes: Vie économique, Protection sociale
Retraité, donc par définition attentif à l’évolution de mes moyens d’existence qui sont concrétisés exclusivement par le produit des cotisations sociales, ce qu’on a coutume d’appeler, fort justement, le salaire différé.
Militant syndicaliste et responsable interprofessionnel durant plusieurs années, j’ai souvenance de notre satisfaction lorsque le responsable vieillesse de mon organisation avait obtenu du Ministre Boulin, le calcul des retraites d’assurance vieillesse (sécurité sociale) sur le salaire sur les dix meilleures années et, malheureusement, je me rappelle aussi que nonobstant nos réactions sociales dont je fus, pour partie, responsable, l’amorce de la remise en cause de 1993 de ces dix années, l’attaque de 1995 sur les régimes spéciaux et la sécurité sociale, pour arriver au début de 2003, lorsque le Ministre des affaires sociales, actuellement Premier Ministre, sous prétexte d’assurer l’existence des régimes de retraites à terme, avait - notamment en collaboration avec le Ministre de la fonction publique de l’époque - tenté de rapprocher, faute de pouvoir les fusionner, les différents régimes, publics et privés.
Je passe sous silence la démarche collatérale d’une organisation syndicale qui alors que, sur mon initiative, les négociations étaient bloquées à 4 heures du matin, c'est-à-dire l’existant sauvegardé, a jugé utile, dès les matines, de céder aux demandes du Premier Ministre.
Toutefois, ces expériences me conduisent à quelques considérations générales qui échapperont aux données techniques et chiffrées sur cet important problème.
Le premier constat c’est que ce dossier donne lieu à un échange public, alimenté par une campagne de communication gouvernementale qui entretient, volontairement, une confusion. On peut parler, dans notre pays, de « retraités », c'est-à-dire de ceux qui ne travaillent plus pour des raisons d’âge, mais on ne peut parler de retraite, terme général, qui associerait l’ensemble des retraités car il existe de nombreux régimes de retraite : commerçants, artisans, professions libérales, agriculteurs, salariés du privé, avec des régimes particuliers : militaires voire des cultes et le secteur public qui est sensé bénéficier de pensions, agents des collectivités locales avec des différences entre les titulaires et les non titulaires, pour ne pas parler des rentiers qui sont les bénéficiaire du profit capitaliste et de la spéculation.
Ces régimes fonctionnent, selon des modalités différentes, les uns sont le produit du rapport entre cotisants et inactifs, ils sont généralement gérés par répartition, d’autres sont financés de manière mixte entre cotisations et transfert d’autres régimes et enfin celui des fonctionnaires qui est garantit par l’Etat.
Dans ces conditions, indiquer, comme le prétend le gouvernement, qu’il s’agit d’un rapport entre actifs et inactifs en prétextant une conséquence de l’allongement de la durée de vie, est une présentation superficielle et tendancieuse.
Ainsi, pour les fonctionnaires, la pension fait partie du contrat de travail que tout fonctionnaire passe avec l’Etat. Celui-ci doit lui payer ses appointements et sa pension et ce sans contribution de l’agent, le financement de celle-ci étant garanti par une inscription sur le Grand Livre de la dette publique.
Il s’avère notamment que le rapport actifs, inactifs, est donc d’un intérêt relatif, c’est la charge sur le budget de l’Etat qui conditionne la volonté gouvernementale de révision du régime des fonctionnaires, celle-ci est le sous produit des exigences européennes en matière de déficit budgétaire, le problème n’est donc pas nouveau.
Il serait d’ailleurs intéressant de comparer cette charge à celle des fonctionnaires et des hommes politiques européens.
Considérons maintenant la caisse des collectivités locales (la CNRACL) ; compte tenu de l’évolution du nombre de fonctionnaires, avec la charge des attributions transférée par l’Etat, celle-ci est en situation d’excédent régulièrement, au point où elle finance, de manière substantielle, la compensation.
Il n’y a donc pas le feu au lac comme diraient les helvètes.
En ce qui concerne le privé, la situation est complexe. Certes tous les salariés sont déclarés à la sécurité sociale et cotisent au régime général, mais cette retraite modeste est fort heureusement complétée par les régimes dits complémentaires initiés à la demande des syndicats, à différents niveaux, basés sur la répartition selon les accords conclus au niveau professionnel par les organisations syndicales et le patronat voire surcomplétées au niveau des entreprises par des régimes volontaires parfois basés sur la capitalisation.
Le financement à lieu conjointement par le salarié et l’employeur, ce que l’on appelle, par un excès de langage, les charges salariales. Indiquons par ailleurs que pour certains régimes spéciaux du privé comme les clercs de notaire, une partie du financement se fait sur les actes effectués dans les Etudes.
Dans ces conditions, doit-on parler des retraites en général, ne s’agirait-il plus simplement, compte tenu des différences de situation, d’opposer les salariés les uns aux autres, en jouant sur la jalousie toujours possible entre ceux-ci et l’on sait, et les précédents sont là pour en témoigner, que les comparaisons conduisent toujours à l’alignement sur le plus bas.
Le problème de fond est ailleurs, il s’agit de la place et de la dignité des gens du troisième âge et surtout de la répartition des richesses, la solidarité conduit les actifs à financer les retraités et les actifs d’aujourd’hui seront les retraités de demain, ce que l’on appelle la solidarité intergénérationnelle. La question reste veux-ton sauvegarder l’indépendance des plus âgés ou les réduire à se réfugier dans les hospices.
En un mot les mettre en charge directe de la société et par définition en souhaiter la disparition.
Et veut-on, par exonérations successives, mettre en cause le crédit des régimes existants ?
Le système de protection sociale français est basé sur deux notions : l’égalité et la solidarité, il répond ainsi aux principes de notre République et surtout il échappe aux contradictions du système capitaliste et assure le revenu sans connaitre ses aléas de ce système, y déroger conduirait à spolier les salariés, comme c’est le cas aux Etats-Unis depuis la crise
En juin 2009 au Bureau International du Travail lors de la conférence mondiale, le Président Sarkozy se félicitait de ce système de protection sociale qui, disait-il, servait d’amortisseur à la crise.
Au-delà des chiffres que j’ai volontairement omis, il sera nécessaire de maintenir, en priorité, ce système que de nombreux pays nous envient.
1 commentaire
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environ 1 an
d'accord à 100 pour 100
par François Muller
Je partage toutes vos analyses sur ce sujet et ce depuis très longtemps.Des économistes compètents sont sur la même ligne.Poutant ,le gouvernement s'oriente vers des décisions répondant à des logiques contraires,se basant-comme sur tous les sujets- sur des analyses statistiques à courte vue et niant tout aspect humain et progressiste à l'idée de retaite,ne respectant même pas,pour les fonctionnaires,le contrat passé entre eux et l'Etat.
Les problèmes ne seront donc pas posés sérieusement,contrairement à ce qui serait necessaire et que, courageusement et intelligemment ,vous ne cessez de réclamer...en prêchant malheureusement dans le désert.