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Le mouvement syndical doit trouver une réelle dimension internationale

déc. 29

par Marc Blondel Themes: Vie économique, Dialogue social

       

L’adoption de la Charte d’Amiens, en 1906, définit encore, qu’on le veuille ou non, le rôle, la mission et le comportement syndical.

  Sa lecture permet de constater que celle-ci était fortement marquée par son caractère pacifiste et anti militariste.  

Et il est évident que jusqu’à la première guerre mondiale, la démarche internationale des syndicats portait, en priorité, sur la fraternité des relations et, de manière revendicative, sur un programme, le journée des 3 x 8 par exemple, le retour des enfants à l’école, les structures internationales comme l’Association Internationale des Travailleurs, avaient permis aux travailleurs de prendre conscience de leur état et de leurs possibilités de lutte. Néanmoins, la concrétisation des revendications restait plus ou moins subordonnée à l’appareil politique et était envoyée au niveau de chaque Etat.

  C’est, et cela restera, le problème de l’indépendance syndicale.  

La guerre de 14/18 allait bousculer les choses. Devant l’échec du pacifisme, devant l’engagement nationaliste voire patriotique des belligérants, les esprits éclairés- les uns par idéologie pacifiste, les autres (les employeurs) par intérêt, pour remettre en marche les économies nationales, créent l’Organisation Internationale du Travail.

La caractéristique essentielle de cette Institution était sa composition, rencontre de pays industrialisés ayant été belligérants et dans lesquels la classe ouvrière s’organisait, il en était d’ailleurs de même des employeurs.

Pour la France, Albert THOMAS, socialiste, franc maçon qui n’avait pas peur de se qualifier de juif errant de la politique sociale internationale, ancien Ministre de la guerre durant le conflit, homme parfaitement conscient de l’aliénation et des sacrifices des travailleurs pendant celui-ci, un employeur, Monsieur LAMBERT RIBOT de la métallurgie, qui engagera Monsieur WALINE et pour les travailleurs Léon JOUHAUX qui y consacrera beaucoup de son activité, ce qui lui sera parfois reproché dans l’organisation syndicale.

L’Organisation Internationale du Travail se fixe comme objectif de négocier, de manière tripartite (gouvernement, patronat, travailleurs) des normes internationales du travail sous forme de conventions ou de recommandations qui s’appliqueraient aux pays les ayant ratifiées.

  A noter l’originalité de cette pratique, il ne s’agit pas de gouvernance mondiale, les pays restent libres de leur comportement, mais en cas de ratification ils autorisent ainsi les interlocuteurs sociaux voire les autres pays signataires, à une certaine ingérence de solidarité.  

C’est ainsi que pratiquement 200 textes sur la durée du travail, les droits syndicaux, la liberté d’association, la négociation collective, … ont vu le jour, négociés à l’occasion des conférences annuelles qui se réunissent en juin à GENEVE.

  Leur vocation est d’être applicable dans tous les pays, il est évident que, compte tenu des situations sociales largement différenciées du fait de la relative importance industrielle, certains pays sont plus aptes que d’autres à la ratification, mais l’objectif reste le minimum à atteindre.  

A cette donnée objective se joint une base politique. Ainsi les Etats-Unis prétextant la forme fédérale de leurs structures, sont réticents, les Etats définissant une partie importante de la législation (cf. peine de mort), tout comme la Chine qui considérait qu’il s’agissait de normes bourgeoises ne correspondant pax aux besoins de la classe ouvrière de leur pays. A la vérité c’est l’ingérence précitée que ses dirigeants politiques craignent.

Un homme, un français, a été, durant de nombreuses années un fonctionnaire zélé de l’OIT, il en fut le Directeur général durant 15 années.

  Monsieur BLANCHARD vient de décéder à l’âge de 93 ans après avoir consacré sa vie à la défense du monde du travail, de la dignité des travailleurs et de la démocratie. Il a notamment lutté contre l’apartheid, la Grèce des colonels, les dictatures, notamment en apportant son soutien aux syndicats, contre le gouvernement polonais de Jaruzelski, préalable à l’éclatement du bloc soviétique.  

La crise du système économique vient de replacer l’OIT et sa structure administrative, le BIT, en position déterminante. Outre le fait que les pays ayant bénéficié de garanties et protections sociales supportent, apparemment, mieux les conséquences de la crise, le BIT est admis comme l’un des interlocuteurs des réunions internationales comme le G20.

  L’objectif serait qu’il soit tenu compte, dans les relations internationales commerciales voire politiques, du degré de ratification et d’application des normes internationales.  

Le Président de la République français semble s’engager dans cette voie, il l’a d’ailleurs revendiqué lors de la dernière conférence internationale en juin 2009 à GENEVE. Concrètement cela signifie que si les pays qui constituent le G20 respectaient les normes fondamentales du travail, le droit syndical s’appliquerait, notamment en Chine.

On mesure ce que cela signifie, la possibilité pour des syndicats d’exercer librement leurs activités revendicatives dans ce pays, ce qui est diamétralement opposé à l’action des syndicats officiels dont la fonction essentielle est de contrôler les travailleurs puisqu’ils sont le relai du Parti ou pouvoir. Outre l’essor démocratique, on imagine les conséquences sur la production et le commerce des produits de toute nature.

D’ores et déjà on constate une diaspora organisée de travailleurs chinois qui vont œuvrer en Afrique notamment, il y aurait, par exemple, plus de 80.000 salariés du bâtiment en Algérie, ceux-ci sont parqués et travaillent 7 jours sur 7 sans que les autorités locales puissent connaitre leur situation : volontaires, prisonniers, déplacés d’autorité, nul ne sait.

La seule réponse adaptée résiderait dans l’application des normes internationales en matière d’immigration.

  On mesure l’enjeu du débat, volontairement ou non, le mouvement syndical prend une nouvelle dimension internationale, celle que désiraient lui donner les créateurs de l’Organisation Internationale du Travail.

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