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« JE FAIS LE TOUR »

juil. 21

par Marc Blondel Themes: Vie économique, Santé & conditions de travail, Emplois & compétences, Temps de travail

Juillet, août, ce sont les vacances, pour un syndicaliste, les congés payés, souvenir de 1936 et sourire en se remémorant la réaction des bourgeois qui craignaient que les travailleurs viennent polluer leurs plages.

 

Léon JOUHAUX qui fut durant cinquante ans l’expression du syndicalisme en France, expliquait que la libération des individus conduirait au développement de la société. S’il fallait un exemple, vive les congés payés qui ont développé le tourisme fait faire fortune aux entreprises de tourisme et stimulé les économies locales dues aux vacanciers, au point où certains économistes soutenaient que l’avenir de la France était le tourisme. Je me souviens avoir répondu que si cela était vrai, la Grèce serait le pays le plus riche et développé de l’Europe.

 

Et, caractéristique française, le mois de juillet est celui du Tour de France cycliste, le plus grand              du monde, le sport et l’effort physique à la porte, l’épreuve la plus populaire, celle qui attire le plus de citoyens, sportifs ou non, on est en vacances, le Tour passe, on emmène la famille, femme, enfants, belle-mère et cousins, voir les forçats de la route.

 

Dans mon enfance, nous avions tous nos champions, par la suite en qualité de secrétaire général de la cgt-FO, j’ai eu le plaisir de suivre quelques étapes, je me suis d’ailleurs lié d’amitié avec quelques coureurs qui, retraités, suivaient la course avec une certaines nostalgie. J’ai fréquenté la voiture de Jean Stablinski, échangé le pain et le sel avec Geminiani et Poulidor.

 

J’ai cru comprendre que lorsqu’on avait participé au Tour de France on ne pouvait plus s’en passer, c’est peut être là le premier phénomène d’accoutumance. Mais le Tour est en pleine mutation. Ainsi lorsqu’on juge utile de le faire partir de Monaco, quel objectif, sauf celui du financement, par la Principauté, entend-t-on satisfaire, y-a-t-il des difficultés montagneuses par exemple, qui justifieraient cet itinéraire, non rien, alors comment s’étonner – ce que n’a pas manqué, de faire remarquer, le Prince lui-même - qu’il n’y avait pas foule.

 

Monaco et les monégasques s’intéressent au tennis, à l’automobile sur circuit, mais le cyclisme …

 

Vous voyez vous le monégasque lambda se déplacer avec sa famille, ses œufs durs, son saucisson, partir en pique-nique …. Erreur de casting.

 

Il est vrai que par souci de vulgarisation, le Tour de France devient, télévision oblige, un élément touristique de présentation des sites et des panoramas français, il faut intéresser le téléspectateur et lorsqu’il ne se passe rien dans le peloton, on se lasse, il faut donc faire le Tour de France. Arrive alors l’oreillette, c'est-à-dire le moyen pour les directeurs d’équipes d’orienter la course, c'est-à-dire d’écrire le scénario voire la mise en scène. Quelle étape, pour la première fois nous avons assisté à une grève du zèle, mon réflexe de syndicaliste me conduit à penser que les coureurs, puisqu’ils sont maintenant des salariés que l’on met en scène, ont fait comprendre qu’ils avaient conscience que s’étaient eux qui faisaient le spectacle. Je sens, avec plaisir, naitre les rebellions.

 

Néanmoins, quelle satisfaction de voir ce jeune allemand qui, arrivant à Colmar au terme d’une échappée victorieuse, a fondu en larmes, de satisfaction. Il a, de ce fait, sauvé le Tour de France.

 

Car, il faut l’avouer, le Tour devient plus un spectacle sportif qu’un affrontement sportif pur, il est à la lutte ce qu’est le catch. L’argent le domine, ce qui justifierait toutes les péversions, ne dit-on pas qu’Amstrong voudrait en faire l’acquisition. Déjà ses partenaires, on ne peut plus dire ses équipiers, sont contrôlés voire dominés, ils sont, quels que soient leurs talents, par définition au service du boss.

 

Qui d’ailleurs, comme il est de bon aloi, assimile capitalisme à l’humanitaire, les fondations américaines sont expertes en la matière.

 

A Bernard Tapie le Club Méd, à Amstrong la route de France.

 

Et pendant ce temps-là le Parlement adopte la proposition de loi sur le travail du dimanche, revendication des capitalistes qui souhaitent une exploitation sans limite de leurs salariés. J’ai souvenance de discussions avec Albert GAZIER, ancien membre du bureau confédéral de la vieille CGT, qui a été à plusieurs reprises Ministre du travail, il était très fier qu’en 1936, avec les conventions collectives dans le commerce, le personnel et plus particulièrement le personnel féminin, pourrait avoir recours à une commission pour contrecarrer les décisions de la hiérarchie, y compris le licenciement.

 

En fait, l’encadrement masculin avait tendance à exiger du personnel féminin des amabilités (sic !) étrangères aux obligations professionnelles.

 

J’ai été permanent du syndicat des employés de commerce FO durant quelques années et je m’autorise à penser que cela n’a guère changé, la pression patronale est permanente.

 

Comment alors faire croire que le travail du dimanche sera basé sur le volontariat, comment prétendre qu’avec sa généralisation il sera rétribué de manière supérieure, comment, sur le plan économique, considérer que c’est l’ouverture qui accroit le chiffre d’affaires ? N’est-ce pas le pouvoir d’achat qui est le déterminant en la matière ?

 

L’évidence de l’argument est telle que l’on peut supposer qu’il s’agit d’un engagement pris lors de la campagne électorale par certains candidats, pour obtenir le soutien de certains mercantiles capitalistes.

 

Ainsi, nous pourrons acheter une cravate le dimanche, mais si vous êtes malade, je vous souhaite bien du plaisir pour trouver un médecin.

 

Il arrivera bien un jour où les responsables politiques comprendront que les salariés, ceux qui sont dans l’obligation de travailler pour subsister, réclament leur dignité. Sinon, ce sont eux qui se feront entendre.

                                                                                   

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1 commentaire

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plus de 2 ans

Sur le travail dominical...

par Rémi Aufrere

ci apres ma réaction déjà publiée...

 
La banalisation du travail dominical : une régression totalitaire !

par Rémi Aufrere
« Non, la mort voulue du dimanche est le désir totalitaire d’en finir avec un temps qui échapperait aux rapports de production, un temps fait pour la lecture, le bricolage, l’amour, la pêche à la ligne, le repas de famille, un temps profondément libéré, un temps libre au sens premier du terme.Le désir d’en finir avec cet îlot hebdomadaire qui est toujours un repère dans le fleuve identique des jours aliénés.On s’est déjà, dans notre pays, attaqué aux fêtes, on a voulu tuer la Pentecôte et on y est presque arrivé. Qui ne ressent pas une légère obscénité à voir des enseignes ouvertes un 11 novembre, par exemple et à l’idée d’aller manger des hamburgers sur le cadavre des Poilus pour célébrer la flexibilité du travail ?Apparemment, juste ce qu’il reste de catholiques et de communistes en France.Ça ne fait pas grand monde mais, une fois encore, ils sont sur la même ligne de feu pour contrer la tranquille barbarie de la marchandise souveraine.Péguy et Bernanos main dans la main avec Marx et son gendre

Lafargue, auteur d’un célèbre Eloge de la paresse. Ce front commun ne surprendra que les idiots. Et les enfants qui, disait Trenet, s’ennuient le dimanche.

Mais eux , au moins, ont l’excuse d’être des enfants. »

 

(par Jérome LEROY).

 

Je partage largement le point de vue de l'écrivain même si, fort heureusement à mon goût, il n'y a pas que les cathos et les cocos qui s'opposent à la disparition du travail dominical.

 

Jérome LEROY vise juste parce qu'il met en relief la question essentielle qui doit être posée avec la disparition ainsi méthodiquement préparé du repos dominical. Jusqu'où irons-nous au niveau de la marchandisation du temps et de l'espace?

L'activité marchande et salariée est-elle un horizon indépassable et la seule source d'épanouissement de l'individu?

Alors que Malraux lançait sa formule "le XXIème sera spirituel ou ne sera pas", l'économie semble primer sur tout le temps, même le temps de l'individu.

 

Oui, cette vision de la fin du repos dominical est idéologiquement, économiquement, socialement et éthiquement dangereuse et totalitaire.

Le travail salarié est suffisamment pénible (au sens éthymologique comme au sens concret) pour être "ouvert" tous les jours de la semaine.

 

Ainsi, au nom de la "liberté", la même qui proclame la "concurrence libre et non faussée" et celle qui a facilité les  subprimes, les MADOFF, ERON et l'affaire du  Crédit Lyonnais, certains se préparent à mettre en coupe réglée le seul repaire hebdomadaire commun à (presque) toutes et tous.

 

Tous les citoyens ont donc un intérêt bien compris de se battre contre cette incroyable et totalitaire régression.

 

 

 

NB:

Jérôme Leroy est né en 1964. Il a publié une quinzaine de livres (romans, nouvelles, poésie).Il a arrêté récemment d’enseigner pour se consacrerpleinement à la littérature, l’alcoolisme et lemauvais esprit. Il publie en septembre "La minuteprescrite pour l’assaut" (Mille et une Nuits).

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