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Comment acheter vraiment responsable ?

août 09

par Arnaud Breuil Theme: Vie économique

Pour consommer responsable, il faut savoir d’où vient ce que l’on achète. Cela vaut pour les particuliers, mais aussi pour les entreprises. Quelle est la marche à suivre pour garantir la traçabilité des achats et s’assurer qu’ils soient vraiment responsables ?

Mais d’abord, qu’est-ce que c’est, les achats responsables ? L’Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie (Ademe) définit ainsi la démarche : “Déployer des achats responsables consiste à revisiter ses besoins, intégrer des critères environnementaux et sociaux et une logique de cycle de vie et de coût global dans son processus achats.” En d’autres termes, il s’agit pour les entreprises de repenser ce qu’elles achètent et à qui elles l’achètent, en fonction de critères sociaux et environnementaux. Pour l’Ademe, cela passe par “agir sur ses consommations de matières et d'énergie, appréhender l'ensemble des coûts sur le cycle de vie du produit, diminuer ses impacts environnementaux, éco-concevoir”, entre autres. La démarche implique donc de repenser sa relation à ses fournisseurs. C’est loin d’être anecdotique, puisque le poids des achats représente en moyenne 50 % du chiffre d’affaires d'une entreprise.

Des avantages multiples

Mais ça vaut le coup. Se doter d’une politique d’achats responsables présente un certain nombre d’avantages pour les entreprises. D’abord, cela permet de participer à l’atteinte des objectifs de la loi de transition énergétique pour la croissance verte, et peut s’inscrire efficacement dans la politique RSE de l’entreprise. Être un acheteur responsable présente un intérêt en termes d’image de marque également : selon une étude de Greenflex, une société de services en développement durable, réalisée avec le soutien de l'Ademe en 2016, “les Français souhaitent consommer autrement” : “pour la première fois depuis 2004, consommer responsable, c'est avant tout 'consommer autrement' pour la majorité des Français (50,5%)”, c'est-à-dire privilégier les produits éco-labellisés, certifiés éthiques, locaux, moins polluants. Cette quête de responsabilité s’applique aussi, naturellement, aux entreprises et à toute la chaîne de valeur du produit fini.

Par ailleurs, les achats responsables réduisent les risques de scandales sanitaires, humanitaires ou écologiques (voir brève) dont les entreprises ont souvent à souffrir lorsqu’elles ne maîtrisent pas leur chaîne d’approvisionnement. Ce point est lié à l’argument massue de l’Ademe en faveur des achats responsables, celui avec lequel elle espère convaincre toutes les entreprises de sauter le pas : le facteur économique. Selon une étude publiée en 2016, “en moyenne, les entreprises participantes estiment que leur retour sur investissement en matière d'achats responsables intervient dans les 24 mois. Des bénéfices économiques, des gains de parts de marchés ainsi que des bénéfices environnementaux sont observés (-48 % d'émissions de gaz à effet de serre grâce à une innovation packaging chez Lesieur par exemple).”

Une démarche précise...

Pour profiter de tous ces avantages, il y a tout de même une marche à suivre. “Une politique d’achat responsable ne s’improvise pas. Ses objectifs doivent être clairement formalisés. Une phase de préparation en amont est capitale à chaque étape du processus”, rappelle Greenflex.

La société recommande d’engager toutes les parties prenantes dans la définition de cette politique, d’entretenir un dialogue ouvert avec ses fournisseurs dans lequel l’engagement éthique est réciproque, et de communiquer en toute transparence auprès du public sur les conditions de fabrication des produits. Plus concrètement encore, l’Ademe met à disposition des entreprises une “Boîte à outils des achats responsables” qui couvre toutes les étapes de la mise en place d’une stratégie RSE pour les achats.

De la prise de conscience (sensibilisation aux achats, diagnostic environnemental, analyse de ses pratiques d'achat) à la mise en place de la politique puis à son suivi, l’Ademe détaille les points importants et les écueils à éviter.

Novethic, le média de l’économie responsable, a de son côté élaboré un dossier pour choisir ses fournisseurs en vue de minimiser les risques en matière de droits humains. Avec notamment des conseils pour définir ses critères RSE, comment les formaliser dans les ordres donnés aux fournisseurs, comment réaliser des audits, etc. Les grandes entreprises sont déjà bien engagées dans la démarche. Ikea a ainsi défini un code de conduite baptisé IWAY, qui certifie la bonne conduite de ses fournisseurs en matière de respect des droits humains et des conditions de travail.

IWAY porte sur des sujets aussi variés que le travail des enfants, le travail forcé, l’éthique des affaires, l’environnement, la santé, la sécurité, le salaire minimum et l’assurance en cas d’accident.

En 2015, 98,9% des fournisseurs d’ameublement étaient agréés IWAY. Depuis 2005, Danone a un programme d’achats responsables appelé RESPECT, dans le cadre duquel certains fournisseurs “font l'objet d'un processus rigoureux d'évaluation de leur performance sociale, environnementale et éthique”. RESPECT est par ailleurs structuré autour de “fondements sociaux, environnementaux et éthiques” inscrits dans les Conditions générales d'achat du groupe.

Un cadre toujours plus encourageant !

Mais il existe aussi des chartes et labels extérieurs qui garantissent la traçabilité des achats. Conçue en 2010 par la Médiation des entreprises et le Conseil National des Achats, la Charte Relations Fournisseurs Responsables incite les entreprises et organisations publiques à adopter des pratiques d'achats responsables vis-à-vis de leurs fournisseurs, en dix engagements. Et depuis 2012, le Label Relations Fournisseurs & Achats Responsables est remis par les pouvoirs publics pour une durée de trois ans aux entreprises françaises ayant fait la preuve de relations durables et équilibrées avec leurs fournisseurs. Il récompense notamment la mise en œuvre effective des dix engagements de la charte. Ce label et cette charte sont le signe de l’engagement des pouvoirs publics en faveur des achats responsables.

Avec eux, des normes aiguillent les entreprises dans la définition de leurs politiques responsables, comme la norme ISO 26000, publiée en 2010 par l’Organisation internationale de normalisation, qui établit les principes du concept de RSE ainsi qu’une méthode de mise en application, et est souvent au coeur de la stratégie RSE des entreprises. La norme française NF X50-135-1, elle, décline ces principes dans la fonction Achats et propose des recommandations aux acheteurs.

Autant de signes que la politique d’achats responsables ne doit pas être une initiative isolée de quelques entreprises convaincues, mais bien une manière de totalement repenser la chaîne d’approvisionnement et la relation avec les fournisseurs. 

 

source: www.demainlequotidien.fr 

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