Miroir Social : votre réseau d'information sociale



Imprimer


3 questions à Jonathan Jérémiasz, co-fondateur de l'association Comme les Autres

avr. 17

par Arnaud Breuil Themes: Santé & conditions de travail, Activités sociales et culturelles

Jonathan Jérémiasz est un entrepreneur social aux multiples casquettes : il a co-fondé le groupe ONG Conseil, l’un des principaux acteurs de la collecte de fonds de rue en France ; la SCOP Voix Publique, une agence de communication d’intérêt général ; l’entreprise sociale Handiamo !, qui accompagne les handisportifs de haut niveau dans leur carrière, et l’association Comme les Autres, dont il nous parle aujourd’hui.

Dans le parcours de cet entrepreneur prolixe, par ailleurs président du Mouvement des entrepreneurs sociaux, la question du handicap tient une place très personnelle et fonde un engagement pour le moins déterminé. Jonathan Jérémiasz a répondu à nos questions sur les liens entre le sport à sensations fortes, la confiance en soi et le parcours de construction après un accident.

 Quelle est l’origine de Comme les Autres ?

Au départ, c’est une histoire personnelle. Un de mes deux frères s’appelle Michaël ; à 18 ans, il a eu un grave accident de ski devant mes yeux. Avec mon meilleur ami, ils ont improvisé un concours de saut. Il a fait une chute de 8 ou 10 mètres, j’ai cru qu’il était mort, et il est resté paraplégique. Ça a été un drame personnel et familial mais très vite il a retrouvé goût à la vie et il est devenu en quelques années champion du monde de tennis au fauteuil. C’est un sportif de haut niveau, multimédaillé, avec une très belle carrière. C’est l’histoire d’un accident, d’un drame puis d’un rebond réussi, que j’ai eu envie de partager en dehors du cercle intime. J’avais déjà une expérience d’entrepreneur social, et j’ai donc lancé deux structures. D’un côté une entreprise sociale, Handiamo, qui accompagne des sportifs de haut niveau dans leur carrière, et de l’autre l’association Comme Les Autres, qui accompagne les personnes dans leurs parcours de construction après l’accident, notamment au travers d’activités sportives à sensations fortes.

Pourquoi avoir choisi l’approche du sport à sensations fortes ?

Mes frères et moi avons été initiés au sport de compétition dès le plus jeune âge et nous avons développé un goût pour les sensations fortes. Ça avait un effet psychologique extrêmement puissant : cela redonne confiance en soi et permet de se réapproprier son corps. On a eu cette intuition que ces activités, qu’on ne pratique pas forcément avant de se retrouver en situation de handicap, peuvent être très efficaces pour reprendre confiance en soi après un accident. En plus, l’activité physique, c’est bon pour la santé et a fortiori pour les personnes handicapées moteurs : on incite à la pratique régulière du sport et à rester en bonne forme physique. 

Avec Comme les Autres, on propose donc un accompagnement global qui commence par un séjour sportif à sensations fortes, en collectif. Ce séjour agit comme un cocktail énergisant pour l’accompagnement social qui va suivre, qui lui est classique sur le papier. On travaille avec des éducateurs spécialisés et des assistants sociaux, on accompagne sur l’accès aux droits, la réinsertion socioprofessionnelle, la mobilité, l’adaptation du logement et l’accès aux loisirs. Pour chacune des personnes accompagnées, on vise tous ces objectifs en partenariat avec des structures spécialisées

Quels sont vos objectifs pour l’avenir ?

Notre idée de départ était d’organiser des séjours sportifs pour personnes handicapées, et puis on s’est rendu compte qu’il y avait aussi un enjeu d’accompagnement une fois le séjour terminé. On s’est d’abord lancés en Île-de-France, et l’an dernier nous avons été lauréats de La France s’engage pour un projet d’essaimage. Nous sommes en plein développement territorial, on ouvre des antennes partout en France. L’enjeu, c’est donc de réussir ce déploiement national, et d’autre part de faire pleinement reconnaître l’utilité sociale de notre action en termes de santé publique. L’idée, c’est que notre activité s’inscrive dans le parcours de soins, et puisse être prise en charge par la sécurité sociale et les mutuelles. Tout reste encore à faire en matière de bonne intégration des personnes en situation de handicap, les fronts sont nombreux et il faut agir avec force sur chacun d’entre eux : le changement de regard sur le handicap, l’accessibilité universelle, la lutte contre la discrimination à l’emploi, l’accès aux établissements de loisirs, etc. La politique publique en la matière reste à faire aboutir.  

 

https://demainlequotidien.fr/ 

Lu 314 fois Pas de commentaire

Soyez le premier à réagir

Vous devez être membre pour commenter cet article.
Connectez vous ou Rejoignez nous ! (Inscription immédiate et gratuite)



La vie du réseau

Annuaire