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Une remise en question de la liberté de la presse toujours plus inquiétante en Europe

mars 13

par Andree Thomas Themes: Vie économique, Dialogue social

Le rapport de la plateforme du Conseil de l'Europe pour la promotion du journalisme et la protection des journalistes sur leur évaluation annuelle des menaces qui pèsent sur la liberté des médias dans les Etats membres du Conseil de l'Europe en 2017 est très alarmant tout comme les récents assassinats de journalistes emblématiques comme la maltaise Daphné Caruana Galizia qui avait participé à l’enquête sur les Panama Papers le 16 octobre 2017 ou encore plus récemment le slovaque Jan Kuciak qui était en train d’enquêter sur des possibles liens entre le gouvernement slovaque actuel et les réseaux mafieux italiens de la ‘Ndrangheta en Europe le 26 février 2018.  

Les nombreuses atteintes à la liberté de la presse connaissent des degrés différents, allant du refus d'accréditation et d'accès à l'information à des assassinats et des menaces de mort. Depuis le 1er janvier 2018, selon la Plateforme pour renforcer la protection dujournalisme et la sécurité des journalistes du Conseil de l’Europe, il y a déjà eu 15 alertes à travers 11 pays en Europe dont seulement 4 ont reçu une réponse des Etats concernés et un journaliste a été tué – à l’heure d’aujourd’hui 125 journalistes sont toujours en détention et il demeure 14 cas d’impunité pour meurtre de journalistes. 

Pour l’année 2017, le constat de cette Plateforme est glaçant avec un nombre élevé d'alertes signalant des journalistes agressés, battus ou tués. 262 alertes concernant des agressions physiques de journalistes ont été soumises à la Plateforme en 2017, poussant de nombreux journalistes à quitter le pays, craignant pour leur vie. Cinq journalistes ont été tués en 2017 dont notamment Daphné Caruana Galizia, journaliste d'investigation maltaise à l’origine du scandale des Panama Papers.Au 31 décembre 2017, la Plateforme a recensé 126 journalistes en  détention dans les États membres du Conseil de l'Europe (108 en Turquie – 9 en Azerbaïdjan – 6 en Russie – 3 en Ukraine) notamment pour des accusations liées au terrorisme.

Parmi les motifs invoqués pour réprimer les journalistes, on retient notamment la propagande, l’aide et la complicité avec une organisation terroriste ou le fait d'être membre d'une organisation terroriste sur la base des articles écrits et publiés dans des médias avec un large public ou encore sur la base de leurs communications sur les réseaux sociaux. 

Outre les problèmes de détention abusive de journaliste, la question de la déportation des journalistes vers un autre pays est aussi inquiétante. La Plateforme a reçu de nombreuses alertes quant à des journalistes en cours de déportation ou risquant d’être expulsés en raison de leurs activités journalistiques même si les motifs officiels d’expulsion sont généralement le non-respect de la  réglementation nationale en matière d’immigration.

Ces pratiques sont d’autant plus graves quand les journalistes sont déportés vers des pays où sont recensés des cas de persécution politique, de maltraitance ou de torture, généralement des pays extérieurs au Conseil de l’Europe. Autre fait inquiétant, des allégations d’abus du mécanisme de notice rouge d’Interpol par certains Etats membres pour poursuivre et persécuter des journalistes tentant d’échapper à la répression au sein de ces états ont remonté à cette Plateforme et comme en témoigne l’arrestation de nombreux journalistes ayant fuit à l’étranger sur la base de mandats d’arrêt internationaux délivrés par Interpol. 

L’institutionnalisation de l’atteinte à la liberté de la presse passe aussi par l’utilisation inappropriée des lois sur la diffamation pour museler les journalistes ou les blogueurs qui s’intéressent à des questions d’intérêt public. Les poursuites en diffamation peuvent notamment avoir de subir des peines sévères mais aussi voir leurs comptes bancaires et tous leurs avoirs gelés. 

In fine, ces atteintes à la liberté de la presse se retrouvent particulièrement caractérisées par la fermeture immédiate de certains médias par décret ou encore par la possibilitépour certains parlements nationaux de révoquer chaque année le mandat du Directeur général des médias de service public sur la base de critères flous.

Une nouvelle tendance apparaît à travers la défense d’autres valeurs légitimes comme la lutte contre les discours de haine ou contre la désinformation en ligne : certains États membres ont présenté en 2017 des propositions législatives encourageant la censure et mettant en danger la liberté d’expression par manque de contrôle judiciaire et par des formules plutôt ambigües dans la loi. 

Au moment où l’Assemblée nationale transpose en droit français la directive européenne sur le secret des affaires, il est intéressant de noter une alerte où des journalistesencourent de lourdes peines d’emprisonnement pour avoir reçudes informations confidentielles de lanceurs d’alerte.  

Pour notre organisation syndicale,  la liberté d’expression et la liberté de la presse sont des libertés fondamentales inhérentes à toute société démocratique. La sécurité des journalistes est un enjeu encore primordial en 2018 et l’institutionnalisation de l’atteinte à la liberté de la presse engage avant tout la responsabilité des États – davantage d’efforts doivent être fait pour éviter touteinstrumentalisation d’outils comme Interpol à des fins politique.  

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