Triple A ou triple peine ?
janv. 05
Themes: Vie économique, Dialogue social
Dans quelle société vivons-nous ?
Aujourd'hui, les images télévisées alternent entre les reportages sur le désespoir des salariés victimes de licenciement par délocalisation, le sauvetage de l'euro, SDF, Restaurants du Cœur et publicités détournées sur un mode humoristique grinçant où l'on voit un personnage en agresser un autre pour lui arracher un aérosol afin de soigner son angine, ou encore un cadeau de noël qui contient une boîte de médicament, dans une ambiance musique et décor de parfum de luxe, car oui « la santé est un luxe » !
Ces parodies publicitaires révèlent l'inquiétude générale sur la crise de la protection sociale.Au nom du triple A, accordé ou refusé selon le bon vouloir d'agences de notation dont le grand public ignore largement qui les compose, les plans d'austérité et de rigueur tombent sur nos concitoyens et sur les citoyens grecs, italiens, espagnols, portugais.
On a même vu, début décembre, la ministre des Affaires sociales italienne annoncer en pleurs le plan de restriction infligé à ses concitoyens.Dans notre pays, les gouvernants en appellent au sens civique des Français, à leur capacité d'efforts et de travail.
Oublient-ils que l'emploi fait cruellement défaut empêchant les plus jeunes d'accéder au monde du travail ?
Que les suppressions de postes dans la fonction publique handicapent fortement la bonne marche des services publics, de l'éducation, de l'hôpital, de la police, de la justice ?
La chasse aux fraudeurs de l'assurance maladie, qui a resurgi, a un goût amer, à l'aune de la fraude aux cotisations sociales de certains employeurs, à l'évitement fiscal des plus fortunés, à l'existence des paradis fiscaux toujours autorisés, à la spéculation financière ni taxée ni régulée.
En imposant un jour de carence aux fonctionnaires en cas d'arrêt maladie, l'Etat employeur vient de réaliser une belle économie mais sur le dos de ses agents, privés de dispositif de prévoyance adéquat.
L'indexation des prestations sociales sur la croissance – prévue à niveau peau de chagrin pour les mois et même les années à venir – revient à faire supporter aux catégories le plus en difficulté les conséquences d'une gestion dont ils ne sont pas responsables.
Triple peine si l'on ajoute les taxes sur les mutuelles passées à 7%, d'autant qu'en 2011 les nouveaux transferts de charges de l'assurance maladie obligatoire vers les complémentaires ne se sont pas taris.
La même logique préside en France et en Union européenne : réduire les dépenses et refuser d'augmenter les recettes.
Il est bien temps de se soucier du déficit budgétaire, après avoir mené des politiques répétées d'allègements d'impôts et d'empilement de niches fiscales.
Mais les plans d'austérité qui se succèdent présentent, au moins, deux risques majeurs : l'aggravation de la crise, au sens où la croissance s'éteint et que menace la récession, et une régression sociale mettant en péril la société dans son ensemble.
Au nom de la loi des marchés, le triple A a déclaré la guerre à la souveraineté des Etats et à la démocratie populaire, et tant pis pour les dégâts collatéraux sur les plus démunis...
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