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Seule la mutualisation garantit la solidarité

oct. 08

par Alain Arnaud Themes: Vie économique, Protection sociale

La rentrée économique et sociale de notre pays s’annonce très difficile. La réforme des retraites, le déficit de l’Assurance-Maladie, l’endettement du pays, sur fond de crise, non seulement économique et sociale, mais aussi morale et éthique, font à l’évidence courir un risque à notre pacte républicain.

Face à leur incapacité à mettre en oeuvre de véritables réformes structurelles débattues avec nos concitoyens et appropriées par ces derniers, les pouvoirs publics en sont à prendre des mesures financières drastiques et injustes pour réduire les déficits publics, des mesures qui heurtent les consciences, aux relents d’un autre temps, pour régler soi-disant les problèmes de sécurité, des mesures qui in fine, remettent en cause les principes fondamentaux de notre démocratie : liberté, égalité, fraternité.

Les premières victimes sont bien entendu les populations les plus fragiles, car les mesures d’austérité frappent aveuglément. Mais elles touchent aussi les classes moyennes qui ont de plus en plus de mal à « joindre les deux bouts ». Raboter les « niches fiscales », et les « niches sociales » comme le préconise la Cour des Comptes, peut bien sûr rapporter quelques milliards d’euros. Mais toutes ces exonérations avaient un sens en termes d’incitations au développement économique, à l’équité sociale ou à l’accès aux soins.

Ne se prive t’on pas des leviers de croissance dont notre pays a besoin? Est-ce qu’assujettir les contrats de complémentaire santé solidaires et responsables à la taxe sur les conventions d’assurance, même à un taux réduit, ne va pas freiner l’accès aux soins et éloigner les jeunes des couvertures santé compte-tenu du renchérissement inéluctable des cotisations ? Et au moment où une grande partie de nos concitoyens ont ou auront besoin de plus de protection, les différentes branches de la Sécurité Sociale sont sur la sellette.

Ce qui est inquiétant, c’est la tendance à renvoyer au marché et aux financements privés la couverture des risques liés aux aléas de la vie, que la protection sociale collective ne peut plus financer. Cette politique stimule le consumérisme et les comportements individualistes du type « je cotise à une assurance complémentaire et j’exige d’avoir un retour en proportion avec ma cotisation ».

 L’individualisation prend le pas sur la mutualisation, alors que seule cette dernière garantit la solidarité et permet de réduire les coûts. Insidieusement l’on bascule de systèmes mutualisés vers des systèmes d’épargne individuelle, comme si la protection sociale d’une nation évoluée était un bien de consommation que nous devrions chacun acquérir en fonction de nos envies, de nos choix personnels et de nos revenus. Ainsi, la protection sociale sous toutes ses formes, risque de devenir un luxe et non plus un droit universel, seules les personnes ayant des revenus réguliers et suffisants pouvant s’offrir individuellement les assurances privées leur apportant les compléments nécessaires.

Mais quel gouvernement voudra bien avoir une réflexion globale sur la protection sociale et comprendre qu’en matière d’assurance de personnes, c’est la mutualisation qui garantit la cohésion d’une société plutôt que l’individualisation? Il faut de l’intelligence et du courage : la santé, les retraites, la dépendance sont avant tout des enjeux sociétaux axés sur la personne et non seulement des problématiques financières.

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