Redonner du sens à l'action publique : une nécessité
mars 19
Theme: Vie économique
Stress, dépression, voire suicides, sont désormais légion et enfin révélés dans leur ampleur. Les usagers des services publics, eux aussi, sont en peine. Un fossé s'est creusé entre les citoyens et l'Etat, en raison notamment d'une complexité croissante de la loi et de l'inflation des changements législatifs. Les fonctionnaires également sont touchés au coeur même de leur travail et de leur rôle.
Le rapport du Médiateur de la République publié en février 2010 le souligne : « ils peinent à appliquer la loi, à comprendre la finalité de leur action. Se considérant comme de simples pions dans un système qui les dépasse et leur impose sa force d'inertie ». Jean-Paul DELEVOYE, Médiateur de la République, indique dans son édito : « des deux côtés [de l'usager et du fonctionnaire] un sentiment de fragilité et d'isolement [qui] ne laisse en partage que la souffrance. »
En effet, la charge est lourde et continue contre le service public qui ne parvient plus à assumer ses missions et son rôle social. La révision générale des politiques publiques (RGPP) va bon train dans le seul objectif de gagner des points de productivité, notamment en ne remplaçant qu’un agent sur deux partant à la retraite pour, in fine, réduire la dette de l’Etat. En outre, la précipitation avec laquelle s'effectuent les “réformes“ ne permet ni de s'adapter ni de garder des repères.
Ainsi les relations entre agents et usagers se dégradent-elles. Si d'aucuns avaient le projet de détruire le lien entre les citoyens et les services publics, ils ne s'y prendraient pas autrement ! La mise en place de la REATE (Réforme de l'administration territoriale de l'Etat) accentuera encore ce sentiment de perte de repères et d'assèchement des moyens au service des usagers. Sa finalité a été annoncée lors du Conseil des Ministres du 9 décembre 2009 : la suppression de 100 000 postes entre 2007 et 2010.
Pourtant comment imaginer qu'au moment où la société subit une fracture de plus en plus aiguë, la paupérisation des services publics et la déstabilisation des fonctionnaires va bénéficier à l'intérêt général ? Jean-Paul DELEVOYE met l'accent sur la nécessité de redonner du sens à l'action publique car « la loi n'apparaît plus comme le bouclier du plus faible contre le plus fort, mais commeune nouvelle arme aux mains du plus fort pour asseoir sa domination contre le plus faible »
. Il affirme qu'il faut « réinventer les modalités du “vivre ensemble“, ce qui ne pourra se faire sans offrir à chacun une place au sein du collectif, indépendamment de sa valeur sur le marché du travail, une place où son utilité (…) soit affirmée et sa dignité d'être humain respectée ».Un tel objectif nécessitera l'engagement de toutes les forces progressistes et humanistes tant le chemin à parcourir est semé d'embûches.
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