Halte au feu !
oct. 09
Themes: Vie économique, Protection sociale
Décidément, les mutuelles sont dans la ligne de mire des pouvoirs publics.
Il serait fastidieux d'énumérer les attaques subies par les mutuelles depuis ces dernières années et l'ignorance dans laquelle elles sont tenues, l'arrogance avec laquelle elles sont traitées.
En votant 100% d'augmentation de la taxe sur les complémentaires santé, la majorité parlementaire, Assemblée nationale et Sénat, vient de porter un coup meurtrier aux mutuelles et donc à leurs adhérents.
En un an, les contrats solidaires et responsables ont ainsi subi une première taxe de 3,5% et une seconde de 3,5% cet été, s’ajoutant aux 3,4 % de taxe CMU imposés aux mutuelles en 2009.
Ce sont donc dès 2011 plusieurs centaines de millions d'euros et 1,3 milliard d’euros en 2012 qui seront encore puisés dans la poche des adhérents mutualistes pour aller combler une partie, au demeurant bien modeste, de la dette de la France.
Ceux qui sont déjà frappés de plein fouet par la crise, le chômage et les politiques d'austérité seront donc à nouveau mis à contribution, contraints et forcés, pour réparer les folies spéculatives et les incuries en matière d'intérêt général. Sans pudeur, le plan d'économie du gouvernement ne touchera les plus riches, percevant plus de 500 000 Euros annuellement, qu'à hauteur de 200 millions d'euros. Une injustice tellement flagrante que les mots manquent pour la qualifier à la mesure de ce qu'elle mérite.
Ce qui est grave, c’est que les dirigeants du pays font la sourde oreille aux arguments portés par le mouvement mutualiste, les associations de malades et les organisations syndicales sur l'importance de ne pas accroître le coût de la santé pour les Français.
Taxer les mutuelles, engagées dans les contrats responsables et solidaires, revient à pénaliser les adhérents, leur santé et le principe même de la responsabilité et de la solidarité.
Alors que la grave crise que nous traversons exige que ce soient l’irresponsabilité des spéculateurs et autres fauteurs de troubles économiques et sociaux qui soient taxée, et lourdement.
Tandis que le déficit de la Sécurité sociale continue de s'accroître et que l'hôpital public est paupérisé, la santé des Français est ainsi de plus en plus menacée. N'oublions pas que 13% de la population française vit en dessous du seuil de pauvreté, que 5 millions de personnes n'accèdent pas à une complémentaire santé et que ce nombre risque de grossir avec l'inévitable augmentation des cotisations qu'engendrera la nouvelle taxe.
Ce qui est grave également, c’est la méconnaissance profonde de la part de nos dirigeants des modes de fonctionnement des mutuelles, sociétés de personnes et non de capitaux.
Nombreux prétendent que les mutuelles disposeraient d'un confortable matelas leur permettant de prendre à leur charge le coût de ces taxations.
Or le mouvement mutualiste ne cesse de dire, d'écrire, que quand les mutuelles sont ponctionnées, ce sont leurs membres qui sont directement et automatiquement touchés, parce que telle est la règle de fonctionnement des sociétés de personnes.
Et puis au nom de quels principes vient-on dans ce pays stigmatiser la saine gestion, celle qui permet de constituer des réserves pour sécuriser ses engagements vis-à-vis des adhérents, financer son développement, et d’une manière générale anticiper les difficultés à venir ?
Il est vrai que l’Etat a depuis longtemps perdu de vue ce qu’était une saine gestion.
Décidément les logiques de solidarité et de non lucrativité portées par l'économie sociale sont à mille lieues de ce qui anime aujourd'hui nos dirigeants, pour lesquels point de salut hors les logiques financières.
Mais il n'est pas sûr du tout que cela puisse durer longtemps faute de générer une faille abyssale entre le peuple sans cesse ponctionné et les plus riches toujours préservés.
A force de saper les piliers de la République et ses valeurs, l'édifice s'effondrera.
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