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LA RÉFORME DE LA DÉPENDANCE EST AJOURNÉE, MAIS LES PISTES DE RÉFLEXION DE PRÉVENTION CONTINUENT

nov. 21

par Philippe Pihet Themes: Vie économique, Protection sociale

Les arbitrages sur la réforme de la dépendance qui devaient être rendus mi-juillet, puis reportés à la rentrée au mois de septembre, sont encore une fois repoussés. feed → Dépendance: «Lettre-pétition» Un nouveau décalage qui s’ajoute aux nombreux aternoiements qu’a connus ce dossier depuis 2007. Et il semble bien que ce ne soit pas fini, puisque le Premier ministre a annoncé, le 24 août dernier, que le dossier ne devait pas être traité dans l’urgence! En clair, «ce n’est pas au moment où la RGPP (Révision générale des politiques publiques) impose des coupes claires dans les budgets sociaux que l’on va trouver un milliard pour les personnes âgées».

Dans cet intervalle, à l’avalanche de rapports et travaux qui ont accompagné le débat sur la dépendance lancé par le gouvernement au début de l’année, vient s’ajouter un rapport supplémentaire, lequel aborde ce sujet sous un angle différent, celui de la prévention. Toutes les analyses développées par le rapporteur ne recoupent pas les positions de Force Ouvrière, c’est une évidence, en particulier la deuxième proposition sur la prolongation d’activité professionnelle ! Mais l’accent mis en général sur la prévention est intéressant et méritait d’être livré à la réflexion de nos camarades.

Il s’agit du rapport remis le 13 juillet dernier par le sénateur André Trillard. Ce travail a retenu l’attention de l’UCR-FO car il met en avant des propositions sur un volet qui devrait constituer un point central des mesures à mettre en oeuvre et s’insérer dans une véritable politique de prévention tout au long de la vie en vue de retarder le plus possible la perte d’autonomie. Le rapport relève que la prévention est devenue le parent pauvre du système de soins (en 2010, les politiques de prévention représentent 7% des dépenses de santé, au profit d’un système tourné majoritairement sur la médecine curative. Selon un rapport de l’IGAS (l’Inspection générale des affaires sociales) de 2003, les politiques de santé ont cessé de s’orienter vers la prévention à partir de 1945 en même temps que les progrès de la médecine ont permis une forte augmentation de l’espérance de vie en France.

Il faut rappeler les données chiffrées qui montrent que la plus grande partie des personnes âgées ne sont pas dépendantes. Selon la répartition par tranches d’âge, 96% des 60 à 69 ans et 92% des 70-79 ans ne sont pas dépendantes. La perte d’autonomie se renforce au-delà de 90 ans, avec un taux de dépendance de 42%.

Actuellement, l’espérance de vie en bonne santé, c'est-à-dire sans limitations d’activité ou sans incapacités majeures, s’établit à 62,4 ans chez les hommes (pour 77,5 ans d’espérance de vie globale) et à 64,2 ans chez les femmes (pour 84,3 ans d’espérance de vie globale). Ces résultats sont très inférieurs à ceux des pays du nord de l’Europe dans lesquels la culture de la prévention est plus ancrée, notamment en Suède où l’espérance de vie en bonne santé était de 69,2 ans pour les hommes, soit 6,8 années de plus qu’en France (pour 79,2 ans d’espérance de vie globale) et 68,7 ans pour les femmes soit 4,5 années supplémentaires par rapport aux Françaises (pour 83,3 ans d’espérance de vie globale.

Le rapport affiche l’ambition de tendre vers l’objectif d’un «gain d’espérance de vie en bonne santé de trois ans à l’horizon 2025» et articule autour de cet enjeu, l’ensemble de ses autres recommandations principales.

Bien que le rapport ne se prononce pas sur l’architecture générale du système de santé publique et reste muet sur la question des financements, l’ensemble de ces recommandations concourt à tracer les contours d’une politique de prévention tout au long des étapes de la vie.

Alors que le gouvernement réfléchit toujours aux mesures à prendre sur la prise en charge de la dépendance, il est indispensable que le volet prévention de la dépendance ne soit pas négligé. La prévention, si elle est nécessaire, ne sera toutefois pas suffisante. Les pouvoirs publics devront finir par prendre leurs responsabilités en matière de financement.

Les dix recommandations
1 : Fixer pour la France l’objectif ambitieux d’un gain de 3 ans d’espérance de vie supplémentaire en bonne santé pour nos aînés à l’horizon 2025.
2 : Promouvoir l’activité des seniors pour prévenir la dépendance.
3 : Lancer une campagne nationale en faveur du bien vieillir et faire la promotion d’un vieillissement «à haut niveau de fonctions».
4 : Labelliser les entreprises qui mettent en place des programmes de prévention et d’éducation en santé.
5 : Cibler et organiser des consultations de prévention vers les populations les plus vulnérables et les plus fragiles tout en assurant un suivi régulier.
6 : Aider les aidants en s’appuyant sur les professionnels de l’aide à domicile et en développant un suivi préventif individuel.
7 : Encourager et développer la recherche clinique et appliquée dans le domaine de la gériatrie en rendant prioritaires le développement de la recherche fondamentale dans les domaines du vieillissement des pathologies du grand âge et de l’économie de la santé.
8 : Lutter efficacement contre les dépendances évitables et iatrogènes survenues lors d’un séjour à l’hôpital.
9 : Engager des mesures incitatives au plan national et local en faveur du sport et de l’activité physique des seniors en partenariat avec les fédérations sportives.
10 : Produire dans les prochaines années, tant en accession à la propriété que dans le secteur libre locatif ou dans le secteur social, un programme ambitieux de logements adaptés.

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