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Salaires: les patrons du public devront rabattre leurs prétentions

juin 14

par Jacky Lesueur Themes: Vie économique, Rémunération globale

Le gouvernement entend limiter les rémunérations des dirigeants des entreprises publiques. La fin des outrances?

Dès le premier Conseil des ministres, le 17 mai dernier, le gouvernement a confirmé la publication prochaine d’un décret relatif au plafonnement des salaires des dirigeants des entreprises publiques. Question de morale. En ces temps de crise, les grands patrons doivent plus que jamais donner l’exemple en matière de rémunérations, estime en effet l’exécutif.

Pour le chef de l’État et son gouvernement, l’échelle des rémunérations dans les entreprises publiques devra respecter désormais un écart maximal de 1 à 20. Or on en est loin. Depuis une dizaine d’années, les salaires des patrons du public ont en effet explosé.

Chez EDF, l’écart est de 1 à 65; à La Poste, il varie entre 1 et 33; chez Areva il est de 1 à 40... Ces patrons vont donc perdre quelques plumes, mais il leur en restera encore. Le patron d’EDF perdra ainsi 69% de son salaire, ce qui lui laissera encore 496 000 euros. Celui de La Poste perdra 40%, mais il percevra encore 381000 euros... Les patrons de la SNCF et de la Française des jeux, eux, ne seraient pas concernés par les restrictions: ils font partie des exceptions respectant la norme prônée.

 Plus largement, le plafonnement des rémunérations pourrait être complexe à réaliser. Concernera-t-il la part fixe et/ou variable (stock-options, actions gratuites...) du salaire? Sera-t-il limité au salaire du patron ou s’étendra-t-il à ceux des collaborateurs, dirigeants des filiales et hauts cadres?

 Par ailleurs, si une baisse de rémunération entérinée par un conseil d’administration peut amener le patron (mandataire social) à s’y conformer, l’affaire est tout autre dans le cas d’un haut cadre ou dirigeant salarié. Une diminution salariale relève en effet d’une modification du contrat de travail et cela requiert l’accorddu salarié. Sans cet accord, le salarié peut estimer qu’il y a une rupture du contrat de travail, qu’il s’agit d’un licenciement et par conséquent demander des dommages et intérêts, coûteux.

Alors que la baisse des rémunérations devrait s’adresser aussi aux dirigeants qui sont en cours de mandat –la mesure pourra plus facilement s’appliquer dans les entreprises où l’État est majoritaire (33 entreprises) au sein du conseil d’administration–, elle s’appliquera plus aisément encore là où l’État est propriétaire (La Poste, SNCF, RATP...) de l’entreprise, nomme le patron et fixe son salaire. Ailleurs, là où l’État est minoritaire (Renault, France Télécom, GDF Suez, Air France-KLM, EADS...), il faudra d’abord «convaincre» le conseil d’administration.

Chez EADS, la baisse prônée par l’État induirait un salaire de 600 000 euros pour le patron. Le récent P-DG, M. Gallois, admet qu’«on arrive à vivre avec des salaires qui représentent 20 fois ceux du minimum».

Cette évidence vient d’ailleurs de sauter aux yeux des actionnaires d’Air France (l’État y détient 15,8% de parts), entreprise dont le personnel subit actuellement un gel des salaires. Le conseil d’administration a ainsi voté massivement pour l’invalidation d’une prime de 400000 euros versée en 2011 à l’ex-directeur général, M. Gourgeon.

De son côté, l’équipementier aéronautique Safran vient de refuser une retraite chapeau et autre parachute doré à son P-DG.

Après avoir accepté le principe de ces largesses l’an dernier, l’État a cette fois voté contre en tant qu’actionnaire et détenteur d’un tiers des parts de l’entreprise. Le ciel s’assombrit pour les patrons?

 

source: FO Hebdo

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11 mois

Les patrons du privé restent dans la cour des grands

par David Rousset

Si l’État entend réduire les écarts de salaires dans les entreprises publiques, ses capacités à agir dans le même sens dans le secteur privé sont inexistantes en l’état actuel de la loi. Reste l’espoir d’une saine émulation. Or, si actuellement certains patrons du public sont pointés du doigt pour leurs salaires exorbitants –tel Carlos Ghosn (Renault, où l’État détient 15,6% de parts) et ses 2,89 millions d’euros annuels–, ils font carrément gagne-petit à côté des grands boss du privé. En 2010, quarante dirigeants de grandes sociétés cotées en Bourse (au CAC 40) gagnaient ainsi en moyenne (avantages variables compris) 4,11 millions d’euros par an. La somme est vertigineuse et traduit une hausse de 34% de ces salaires en une année. Pas spécialement soucieux des questions de morale, ces patrons s’octroient donc–sur acceptation des conseils d’administration– des salaires qui équivalent à plus de deux cents SMIC (1398,37 brut par mois annuels, au mieux. L’écart des niveaux de salaires dans les entreprises privées est loin dès lors du 1 à 20 souhaité par le gouvernement, il atteindrait même les 1 à 400 dans certains cas. Que dire en effet du salaire de 10,7 millions du patron d e L’Oréal ou encore des 9,7 millions annuels de Bernard Arnault, P-DG du groupe de luxe LVMH... Le gouvernement ne peut dire mot sur la fixation de ces montants, sauf à les regretter. Reste alors la méthode fiscale, concrètement l’arme de la taxation, détenue par l’État à travers l’impôt sur le revenu. Alors que l’ISF (impôt de solidarité sur la fortune) a été allégé en 2011, le gouvernement de M. Ayrault propose, lui, de taxer à 75% les revenus supérieurs à un million par an. Dès la fin mai, la patronne du MEDEF (patronat), Mme Parisot, s’en est alarmée, arguant d’un risque de «frein à la compétitivité » des entreprises qui ne pourraient plus attirer alors des «dirigeants de talent». Les dirigeants du privé ont au moins le talent de se constituer une belle fortune.

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