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Rapport Beveridge, 600.000 exemplaires en 1942 !

févr. 21

par Jacky Lesueur Theme: Protection sociale

Tel est titre de l'article que lui consacre Anne Parian dans le millième numéro d'Espace Social Européen.

Nous reprenons la teneur de son article avec l'autorisation d'ESE et, dans le contexte actuel sa lecture ne manquera pas d'intérêt.

" Alors qu’il est un repère international dans la conception de la sécurité sociale, le plan Beveridge, paru en Angleterre en 1942, n’avait jamais été véritablement publié en français. Les éditions Perrin, nous donnent donc la première édition de ce texte fondateur."

Les circonstances révolutionnaires de ce moment historique ouvrent la voie à des révolutions, non à des changements. »

Ce moment historique est la seconde guerre mondiale et, en effet, le plan Beveridge par son approche globale « révolutionnera » la conception de la protection sociale après guerre. Il apparaîtra comme le tournant décisif vers la constitution d’un « État providence » en Angleterre, à une plus large échelle dans l’évolution sociale et culturelle du pays, mais aussi dans la conception et la mise en oeuvre de la protection sociale dans la plupart des pays de l’Europe de l’ouest après guerre.

François Hollande signe la préface de ce livre en léger écho à la formulation de Beveridge : « Les grandes crises peuvent permettre de formuler de grandes ambitions et de réaliser de grands projets ». Il y développe les moyens qui, à ses yeux, permettraient d’améliorer la protection sociale face aux enjeux d’aujourd’hui, clairement dans la perspective du candidat à l’élection présidentielle qu’il est.

Deux jours après sa publication en 1942 dans l’Angleterre en guerre, le plan Beveridge s’était vendu à 600 000 exemplaires. Ses propositions furent accueillies avec enthousiasme par l’opinion publique, mais beaucoup de réticences dans les cercles gouvernementaux, et ne furent du coup discutées qu’à la demande pressante des parlementaires. Considéré depuis comme le paradigme de l’État providence classique, ce plan n’avait toutefois pas été traduit en Français durant la seconde guerre mondiale, hormis un résumé français détaillé paru en Suisse(1).

Cet ouvrage peut donc être considéré comme la première édition française du « rapport Beveridge ». Elle n’est pas exhaustive mais, selon l’éditeur, reprend l’essentiel des mesures préconisées en quelque 300 pages par le comité que présidait Beveridge.

 Ce texte est, en outre, présenté par josé Harris (2) qui le contextualise : qui était William Beveridge ? Dans quel contexte eut-il à diriger la commission interministérielle « sur l’assurance sociale et les prestations connexes » créée à l’été 1941, comment ses propositions furent ou non mise en oeuvre en Angleterre ?

Et quelles répercutions eurent-elles dans l’établissement des systèmes de protection sociale en Europe de l’ouest ?

Relire Beveridge aujourd’hui, alors que précarité et pauvreté font clairement leur réapparition dans les pays européens, est évidemment d’une grande actualité, voire une nécessité, même si, comme le souligne François Hollande pour le paritarisme, la France a fait aussi des choix différents pour sa protection sociale.

On soulignera notamment que l’ensemble des propositions s’appuie sur des principes très affirmés qui sont effectivement la colonne vertébrale de l’organisation que propose Beveridge. Il s’agit d’abolir la pauvreté, le « scandale que représente l’indigence, un état que ne justifie aucune raison morale ou économique », et donc entre autres de prévenir le chômage de masse. Beveridge considère en outre son Plan pour la sécurité sociale, comme une « composante d’un programme plus général de politique sociale » qui devrait être dirigée « contre cinq maux gigantesques : l’indigence (…), la maladie (…), l’ignorance (…), la misère (…), le désoeuvrement (…) ».

À l’heure où le « tout gestionnaire », prend souvent le pas sur les choix politiques, il est particulièrement d’actualité de lire la manière dont William Beveridge articule impératif politique et propositions « techniques ».

Appel donc à une constance politique qui semble avoir été tenue surtout par les pays scandinaves.

On pourrait, enfin, en hommage, mais aussi au titre où la formulation marquerait l’action qu’elle désigne, remplacer désormais l’expression « État providence » (peu « laïque ») par celles de « citoyenneté active » et de « service social » que Beveridge, lui, préférait. " A.P.

(1) Edgard Milhaud, Le Plan Beveridge, Annales del’économie collective, Genève, 1943.

(2) José Harris est professeure émérite d’histoiremoderne à Oxford, et l’auteure de William Beveridge,a biography, qui associe biographie et histoire socialeet intellectuelle.

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