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Les relations entre un syndicat et des coopératives : entre co-construction et prescription syndicale

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Force Ouvrière Economie Sociale le 29/09/10 à 15:45

Le point sur ces coopératives qui animent des groupes de travail avec des syndicats et des associations pour réfléchir à des offres commerciales en adéquation avec les valeurs de l’économie sociale. Des offres dont les militants syndicaux sont les prescripteurs.

Retrouvez dans le fil de la discussion les grandes lignes des interventions de :

  • Patrice Sifflet, Président de la Cades (Centrale d'Achats de l'économie Sociale) qui groupe 27 sociétés coopératives de consommation et une centaine de comités d'entreprise et d'organismes sociales des services publics;
  • Jean-Philippe Poulnot, du groupe Chèque Déjeuner
N'hésitez pas à partager d'autres exemples sur les articulations entre les coopératives et les syndicats ?

 

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Patrice Sifflet le 29/09/10 à 15:50

Un élu de CE ne doit pas prescrire n’importe quoi

Les coopératives de consommation qui ont enregistré un recul important reviennent aujourd’hui en force. C’est au tour de la grande distribution de s’interroger sur son modèle. Après sept ans d’existance, la Cades (Centrale d’achat de l’économie sociale) regroupe 26 coopératives qui travaillent avec plus de 150 comités d’entreprise et des collectivités locales, comme à Marseille par exemple.

Il est de la responsabilité d’un syndicat comme FO d’expliquer à ses militant qu’ils doivent privilégier une offre comme celle de la Cades sur tout l’équipement de la maison plutôt que celle d’un prestataire du marché.

Le chiffre d’affaires de la Cades est de 40 millions d’euros et nous comptons 500 000 sociétaires. C’est déjà suffisant pour donner des boutons à la grande distribution. Surtout que nous comptons bien ne pas nous arrêter là. Notre objectif est de multiplier le nombre des prescripteurs de notre catalogue. Et pour cela, les militants syndicaux doivent nous connaître comme acteurs de l’économie sociale et être en mesure de bien nous différencier de la concurrence.

Les coopératives de consommation sont bien autonomes des syndicats mais elles n’existeraient pas sans eux. Les coopératives de consommation sont nées au milieu du XIXème siècle, sous l’impulsion du courant qui a pris le nom de « socialisme utopique ». Charles Fourier, le Comte de Saint Simon et Robert Owen, pour ne citer qu’eux, en ont été des représentants illustres. Après l’Angleterre, le mouvement s’est étendu en France. Pour ce faire, il s’est appuyé sur le jeune mouvement ouvrier. Ainsi, on voit le relieur Eugène Varlin, qui deviendra l’un des dirigeants de la Commune de Paris, mettre en place une coopérative de consommation « la Ménagère » et les restaurants coopératifs baptisés « les Marmites », au moyen de 8 000 souscriptions à un sou par semaine. Autre exemple : au congrès coopératif de Lyon, en 1886, l’un des rapports présentés traitait de « la coopération et le parti ouvrier français ». Militants socialistes, militants syndicalistes, humanistes, les coopératives ont toujours représenté un axe de leurs activités.

La crise aidant, tout le monde parle de la lutte contre la vie chère, les coopératives la pratiquent depuis des décennies, avec succès, on ne peut pas en dire autant de l’autre système, celui qui se qualifie lui-même de capitaliste. Le succès et la longévité de la Cades tiennent à une incessante campagne contre la vie chère, sans abandonner la qualité, ni les exigences sociales de la production, dictées par les recommandations aux États par l’OIT. Sur l’ensemble de l’électroménager, sur le mobilier, sur la hi-fi, sur les mêmes produits que la grande distribution, la différence de prix entre le catalogue de la Cades et les autres distributeurs est de moins 20 %. Sur la literie, la différence est de moins 35 %. L’explication est que nous n’avons pas d’actionnaires à rémunérer et cela, c’est l’alpha et l’oméga du système coopératif.

Il serait utile que les syndicats prennent position sur cette notion qui émerge de l’entreprenariat social. Ce nouveau concept a tendance à brouiller les cartes car il nous fait entrer dans une logique de marché. C’est essentiel pour faire comprendre aux militants syndicaux les fondements de l’économie sociale. C’est d’autant plus nécessaire quand nos principes sont mis en défaut par des affaires comme celle de la Camif, qui était la coopérative historique des enseignants. Aujourd’hui, c’est en défendant les valeurs et les principes originels, que les coopératives continuent leur action sociale. C’est en les rejetant, que la Camif, qui s’est acoquinée à un fonds de pension américain, s’est perdue. Nous sommes aujourd’hui en discussion avec les syndicats des enseignants pour reprendre le flambeau de la Camif.


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Jean-Philippe Poulnot le 29/09/10 à 15:48

Nous co-construisons avec les syndicats

Créé en 1964, le groupe coopératif Chèque Déjeuner puise ses origines dans le militantisme syndical. En effet, ses fondateurs sont d’anciens militants syndicalistes, plus particulièrement de la CGT-FO, qui étaient animés par la volonté de démontrer qu’il était possible d’entreprendre autrement, sous forme coopérative et au cœur de l’économie sociale. Notre démarche s’inscrit dans une logique de co-construction avec les parties prenantes que sont les syndicats ou encore les associations de la société civile.


En 1996, le groupe Chèque Déjeuner lançait le chèque domicile. Cette innovation sociale est sortie d’un groupe de travail qui a réuni les syndicats et les associations d’aides à domicile. L’idée était bien d’améliorer le dispositif du chèque emploi service qui était distribué par les banques. Nous souhaitions que les salariés à domicile soient salariés de structures d’aides à domicile. Toujours avec cette même logique, nous nous intérrogeons sur l'opportunité d'un chèque syndical. Ce sujet revient régulièrement à la surface et permettrait d'accroitre le nombre de syndiqués.

Pour donner du sens aux activités des comités d’entreprise, nous organisons en Avignon le 16 novembre prochain, avec nos partenaires Macif et Crédit Coopératif, la première agora des CE, avec des exposants qui refléteront les valeurs de l’économie sociale. Nous attendons un soutien fort de l’ensemble des militants syndicalistes lorsqu’ils sont amenés à choisir ou à préconiser des produits susceptibles d’être proposés par le groupe Chèque Déjeuner, car chaque décision positive en faveur du groupe Chèque Déjeuner apporte sa pierre à l’édifice de l’entreprendre autrement

Il y a ainsi un important travail de formation à conduire au sein des CE. D’ailleurs les organisations syndicales doivent se réapproprier le dossier des CE avec, au préalable, une formation des militants à ce qu’est l’économie sociale. L’heure est à l’engagement. Et celui-ci ne passe pas uniquement par le militantisme syndical. C’est le cas chez nous, en interne.

Travailler au sein du groupe Chèque Déjeuner, c’est bien entendu assumer une mission ; c’est également militer au plan syndical, être acteur dans la cité, faire preuve de citoyenneté, de militantisme et d’engagement. La syndicalisation (le taux est proche de 70 %), se conjugue avec un fort engagement associatif. C’est, du côté de notre fondation qui soutient les porteurs de projets, synonyme d’emplois durables et d’innovation sociale, que les salariés ont l’occasion d’exprimer une autre forme d’engagement en votant pour des projets présélectionnés. Sur 600 salariés employés par le groupe en France, 305 ont voté pour l’un des projets présentés et dix-huit délégués régionaux sont là, en soutiens. Près de 50 ans plus tard, le groupe Chèque Déjeuner est devenu le troisième émetteur mondial de titres spéciaux de paiement, et il est présent dans 11 pays et emploie près de 2 000 collaborateurs au sein de ses 39 sociétés. Il lutte en permanence contre des géants cotés en bourse et pour autant continue à se développer fortement.


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Jocelyne Baussant le 12/01/11 à 17:53

Camif : comment l’esprit de départ, la sincérité, ont été dévoyé et détourné

Instruite d'une expérience très douloureuse, avec l'issue qu'ont connu les salariés de la CAMIF, mais aussi un certain nombre de sociétaires/clients, je ne saurai que trop conseiller une vigilance, précaution accrue et permanente dans l'implication des militants, empreinte des meilleures intentions n'en doutons pas, dans la gestion ou l'accompagnement de la gestion d'une coopérative, ou de toute autre société mutuelle, de l'économie sociale en général.

 

Les militants sincères qui ont créé la MAIF puis la CAMIF, dans l’esprit de son fondateur Edmont Proust qui avait déclaré :

  1. Contre l'exploitation du travail a été créé le syndicalisme,

  2. Contre l'exploitation de la protection sociale a été créée la mutualité,

  3. Contre l'exploitation de la consommation a été créée la Coopération,

ont vu grandir, puis eux-mêmes ont milité pour le développement de la Coopérative.

L’esprit de départ, la sincérité, ont été dévoyé et détourné : pourquoi ? La Coopérative est devenue une entreprise concurrente,. Elle a aussi intégré de fait les conditions du marché, allant jusqu’à recruter des cadres de haut niveau du dit marché concurrentiel .. les « sachants » du marché ! Combien de fois avons-nous entendu, y compris de dirigeants ou de soutiens de l’économie sociale, « nous ne vivons pas en dehors du marché » ?!

En effet, dès lors que la Coopérative, comme toute autre entreprise, ne vit pas en dehors du système économique global pour ne pas dire capitaliste, les contraintes de gestion peuvent conduire à des décisions, que les militants FO, représentants les salariés, ne peuvent prendre à leur compte. Ce sans quoi, il s'agit alors d'un type de rapport qui n'est pas conforme à l'Indépendance dont Force Ouvrière se réclame à juste titre.

Que des militants construisent des outils dans l'intérêt de ceux à qui ils sont destinés et qui sortent du système classique de recherche du profit, nous ne pouvons que nous en féliciter.

Le danger reste bien entendu l'association entre le syndicat et la direction de la société, qu'elle qu'en soit sa forme, et c'est le sens de l'alerte que je ferai, tant les dérives sont possibles.

Lorsque la direction de celle-ci, comme ce fût le cas de la CAMIF, se cache derrière des décisions/principes validés en AG des sociétaires (dont les mandatés n'avaient finalement que peu de regard sur la réalité interne puisqu'il était interdit par le Président du Conseil d'Administration d'y communiquer les résolutions prises par le Comité d'Entreprise condamnant les pratiques et décisions/orientations périlleuses), pour imposer tel ou tel choix, les règles statutaires sont certes respectées, mais les intérêts des salariés et l’esprit de la Coopérative sont alors en danger.

C'est ainsi que lorsque, pour faire face à la concurrence, celle-ci a décidé, en accord avec la MAIF (voire sous son impulsion..), de s’adosser à des partenaires industriels et financiers parfois concurrents eux-mêmes, comment aurions-nous réagi si nous avions été associés en tant que syndicat ou représentants de celui-ci ? En tout état de cause, l'indépendance (à l'égard tant des employeurs que des grouvenements) reste la garantie de notre liberté d'intervention et nous assure notre nécessaire capacité d'indignation.



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Jean-Claude Quentin le 17/12/10 à 19:15

Le Mouvement Scop, conjointement avec les organisations syndicales, a vocation à promouvoir les valeurs collectives qui libèrent l'individu

Il est des modes de production ou d'organisation des entreprises dont Force ouvrière peut se sentir plus proche. C'est le cas de la forme coopérative qui fait prévaloir la notion d'intérêt collectif et de moyen terme, tout en évoluant dans un environnement concurrentiel. En ce sens, nous pouvons attribuer aux Scop la fonction de contre-exemple ou de contrepoids dont l'existence même constitue un démenti à bien des pratiques qui considèrent le coût du travail et l'emploi comme principales variables d'ajustement du résultat économique de l'entreprise.


La forme de l'entreprise Scop, si elle persiste, démontre elle-même, son actualité et ses capacités d'adaptation. La question demeure de savoir si les îlots coopératifs au milieu d'un océan capitaliste pourraient, un jour, constituer un continent. En ce sens, il appartient aux Scop de gérer le risque économique sous des formes différentes : rechercher le résultat financier dans le développement, accorder une place prépondérante à la formation professionnelle des hommes,-tisser des réseaux d'innovation technologique, veiller à la pyramide des âges...

La Scop a le handicap de devoir résister aux puissants courants de son environnement. Dans ce contexte, la conciliation de la performance économique et de l'exigence humaniste constitue son meilleur atout.

La logique de «salariés-associés» crée les conditions d'une plus grande maturité du monde du travail. Elle est formatrice et donc, comme et à côté des organisations syndicales, participe à l'émancipation des salariés. Mais sa plus grande erreur serait, comme le syndicat d'ailleurs, de vouloir constituer un modèle de société ou même un embryon de société. Le citoyen ne se réduit pas à son engagement dans le syndicat, dans la coopérative ou dans la mutuelle. Par contre, son éducation constitue un élément fondamental de la démocratie.

Force ouvrière ne saurait faire les choix du mouvement coopératif à sa place. Cependant, si un principe devait être mis en avant, nous dirions: l'innovation. Celle-ci, qu'elle soit technique, juridique, sociale ou même commerciale, constitue une capacité d'expertise ou de référence que nous reconnaissons bien volontiers aux Scop.

Nous avons tous à l'esprit des reprises d'entreprise uniquement rendues possibles par l'assistance du réseau Scop. Cependant le mouvement syndical se doit de conserver son indépendance et son pouvoir de contestation, surtout et y compris, si l'innovation devait conduire à quelque déviance.

Les Scop existent en régime capitaliste. Elles ne modifient pas la société capitaliste et ne gênent ni son fonctionnement, ni son évolution vers un monopolisme de plus en plus multinational.

Elles se font une place, restreinte, pour défendre deux principes: la mise au second plan de la recherche du profit et l'abolition de l'autorité du propriétaire sur les travailleurs, donc de la subordination juridique. Ainsi, le Mouvement Scop a vocation à promouvoir conjointement, et dans son registre, les valeurs collectives qui libèrent l'individu et qui sont notamment défendues par les organisations syndicales.


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Marcel Caballero le 17/12/10 à 18:24

Grand tour des initiatives économiques des syndicats dans le monde

S’interroger aujourd’hui sur les relations entre syndicalisme et économie sociale, c’est risquer de rouvrir un débat ancien : Le syndicalisme doit-il être exclusivement revendicatif ? Peut-il être également gestionnaire, au plan économique ? Telle n’est pas l’intention de cette modeste contribution. Tout au plus ambitionne-t-elle d’apporter quelques éléments d’information pour la réflexion.
 Le syndicalisme français et ce que nous appelons aujourd’hui l’économie sociale sont, historiquement consubstantiels. Dès l’origine, la lutte pour de meilleures conditions de travail et de rémunération s’est accompagnée d’une aspiration à l’émancipation économique. L’ampleur de cette émancipation, les moyens pour la réaliser faisaient l’objet de désaccords entre réformistes et révolutionnaires. Ils trouvèrent toutefois un compromis à l’occasion du congrès de la C.G.T., en 1906 ; ce fut la Charte d’Amiens : « … l’œuvre revendicatrice quotidienne… n’est qu’un côté de l’œuvre du syndicalisme ; il prépare l’émancipation intégrale, qui ne peut se réaliser que par l’expropriation capitaliste ; il considère que le syndicat, aujourd’hui groupement de résistance, sera, dans l’avenir, le groupement de production et de répartition, base de la réorganisation sociale ». Le fondateur des Bourses du Travail, Fernand Pelloutier, avait ouvert la voie : « Les syndicats ont une ambition très haute et très noble… Au lieu de se considérer, soit comme de purs instruments de résistance à la dépression économique, soit comme de simples cadres de l’armée révolutionnaire, ils prétendent en outre semer dans la société capitaliste même le germe de groupes libres de producteurs ». Il faisait écho à la proposition d’un ouvrier, le cordonnier Steinmetz (cité dans « La classe ouvrière et le syndicalisme en France, de 1789 à 1965 » de Georges Vidalenc, alors directeur du Centre d’Education Ouvrière de FO) : « Ce qu’il faut, avant tout, c’est que les ouvriers se préparent par le groupement corporatif, par la création de Bourses du Travail, par l’étude approfondie de toutes les grandes questions économiques et sociales, à prendre en mains la direction de la production ».

En France, l’économie sociale d’aujourd’hui, qu’elle se décline par la mutualité, la coopération ou l’associationnisme, doit beaucoup au syndicalisme. Si les liens se sont distendus, jusqu’à se rompre quelquefois, c’est pour des raisons qu’il serait utile de réexaminer, à froid, maintenant que cela est devenu possible et qu’il est devenu souhaitable de recréer des synergies, comme s’y emploie Force Ouvrière.

Dans le monde, les initiatives économiques des syndicats sont nombreuses et mal connues ; elles revêtent différentes formes et obtiennent des résultats très variables, en fonction des contextes historiques, économiques et sociaux propres à chaque pays.
Quelques exemples :

  • En Espagne, l’Union Générale des Travailleurs s’est, dès l’origine, définie comme un syndicat de services. Dans la période post-franquiste, elle a investi, avec plus ou moins de bonheur, les champs de l’assurance, du crédit, de la promotion des coopératives, du tourisme social, du logement,… Plus engagée encore, la Confédération Nationale du Travail, prônant l’anarcho-syndicalisme, s’était engagée dans la collectivisation des entreprises et de la terre. L’expérience n’a pas survécu à la guerre civile.
  • Au Portugal, l’UGT-P et, plus encore, plusieurs de ses syndicats sectoriels (banque, assurance,…) sont gestionnaires directs d’établissements de santé, de centres commerciaux, de complexes touristiques,… 
  • Au Québec, les deux centrales syndicales, la Fédération des Travailleurs du Québec et la Confédération des Syndicats Nationaux ont créé des fonds d’investissement qui interviennent dans la reprise d’entreprises en difficulté et dans la création d’entreprises. 
  • Les syndicats du l’Europe du nord ont une grande expérience de partenariat avec les secteurs coopératifs. 
  • C’est sans doute en Israël que syndicalisme et économie sociale - que nos amis de l’Histadrout appellent l’économie ouvrière – ont le plus développé leur complémentarité, au point de se confondre. Qu’on en juge : au tournant des années 90, la Histadrout contrôlait 29% du chiffre d’affaires et 20% des emplois de l’industrie, 85% de la production et 70% des emplois agricoles, 37% de l’activité bancaire, 23% des assurances, la gestion directe de l’assurance maladie et de l’assurance vieillesse, la quasi totalité des transports en commun,… Tout cela a été, depuis, en partie démantelé par les gouvernements de droite, après que les travaillistes aient dû céder la place qu’ils occupaient, sans partage, depuis 1948. Mais ce recul est aussi la conséquence de la mondialisation et, sans aucun doute, du tragique enlisement du « processus de paix ».

La liste des expériences syndicales pourrait être longue, mais cette énumération gagnerait en intérêt si une recherche était simultanément conduite, permettant un compte-rendu exhaustif et évaluatif des raisons des succès et des échecs. On verrait sans doute que, partout, ces expériences se heurtent aux mêmes difficultés que les autres formes d’économie au service de l’intérêt général ou de l’intérêt collectif, au fur et à mesure que l’économie mondialement financiarisée tend à s’imposer comme le seul modèle possible.
Cette constatation devrait conduire à une double démarche : mieux connaître, pour en tirer parti, les autres expériences syndicales, d’une part, et, d’autre part, créer des synergies avec toutes les formes d’économie sociale, en considérant que les coopératives, les mutuelles et les associations sont « plus qu’un chemin économique », comme l’écrivait René Valladon, à propos de l’idée coopérative (« FO et l’économie sociale » d’octobre 2007). Il ajoutait : C’est une avancée des salariés vers plus de dignité. Il ne tient qu’à nous, à travers notre volonté collective, de la faire perdurer et se développer » .

Un autre aspect du « cousinage » entre syndicalisme et économie sociale est celui des relations sociales et du rôle des syndicats dans les entreprises de l’économie sociale. Là encore, les expériences sont diverses selon les pays, voire à l’intérieur d’un même pays. On peut observer trois situations : l’absence, voire l’interdiction des syndicats dans les entreprises ; des syndicats-patrons ; enfin des relations patronat – syndicat telles qu’elles existent dans les entreprises capitalistiques. 
 


L’absence ou l’interdiction du syndicat dans l’entreprise s’observe, par exemple, dans les coopératives d’Europe de l’Est. Leurs dirigeants justifient ce parti-pris par un raisonnement simple, voire simpliste : « Les sociétaires sont à la fois travailleurs et co-propriétaires. Pourquoi s’organiseraient-ils contre leurs propres intérêts ? » C’est un choix idéologique qui ne prend pas en compte la réalité des relations de pouvoir dans les organisations humaines, quels qu’en soient leurs fondements juridiques.

Curieusement, cette conception radicale existe dans des pays qui n’ont pas subi l’influence marxiste-léniniste. C’est le cas par exemple, en Espagne, du Groupe coopératif Mondragon, pourtant considéré comme la Mecque du coopérativisme. 
 
C’est sans doute en Israël que le « patronat syndical » a été le plus affirmé. Cela n’a pas empêché les conflits sociaux qui ont fourni aux gouvernements l’un des prétextes pour justifier le démantèlement  de l’économie ouvrière. 
 


Dans les entreprises où sociétariat et salariat sont dissociés, comme par exemple dans les mutuelles, les relations sociales tendent à se rapprocher des normes habituelles.



Dans tous les cas, les relations de pouvoir sont-elles fondamentalement différentes de celles qui prévalent dans les entreprises capitalistiques ou les entreprises publiques ? Le rôle du syndicat n’est-il pas d’exprimer ce qu’il croit être « souhaitable » et celui des gestionnaires de privilégier, dans la prise de décision, ce qu’ils croient être « possible » ? La distance entre le souhaitable et le possible, qui risque de remettre en cause le projet commun, peut-elle être réduite autrement que par la reconnaissance, de part et d’autre, de divergences d’intérêts et par la volonté partagée de les gérer par le dialogue et la recherche du compromis ? 
  
En conclusion, qu’il s’agisse de l’initiative économique des syndicats dans le cadre de l’économie sociale ou de leur rôle dans l’entreprise, la connaissance des situations est lacunaire. Cette modeste contribution ne prétend pas combler le vide. Elle se veut une incitation à réaliser de nouvelles recherches et un engagement à y contribuer. Le CIRIEC-France y est disposé.


Quelques réalisations d'économie sociale des syndicats portugais

L’exemple du Portugal est intéressant, à bien des égards. (Rappelons que deux organisations y dominent le mouvement syndical : la Confédération Générale des Travailleurs et l’Union Générale des Travailleurs. Comme leurs homologues espagnoles, ces organisations ont vécu, jusqu’à une période récente, dans une grande proximité à l’égard des partis politiques, le communiste pour l’une, le socialiste pour l’autre)

Les activités économiques des syndicats portugais visent à offrir à leurs adhérents des services à des conditions avantageuses et quelquefois exclusives et, par là, à les fidéliser. La plupart de ces activités sont le fait de syndicats professionnels nationaux ou régionaux qui, dans la tradition syndicale portugaise, disposent d’une grande autonomie.

Quelques exemples :

    •    Le syndicat des employés de banque de l’UGT a créé son propre système de santé, le SAMS. Outre le conventionnement de praticiens et d’établissements de santé, il offre à ses adhérents l’accès à ses propres dispensaires et hôpitaux. Certains de ces établissements sont parmi les meilleurs du pays. C’est le cas de son hôpital général de Lisbonne dont la conception du plateau technique a fait l’objet, en son temps, d’une collaboration avec l’Institut Mutualiste Montsouris de la Mutualité Fonction Publique française. Le SAMS dispose également de 5 cliniques à la périphérie de Lisbonne, de 15 autres dans les régions, d’une résidence médicalisée pour personnes âgées, de centres pharmaceutiques, optiques,…

    •    Ce syndicat - l’un des plus, importants de l’UGT – a créé également un réseau de magasins coopératifs (COOPBANCARIOS), dont un important centre commercial au centre de Lisbonne, ainsi que des résidences de vacances. Cette coopérative est née dans le contexte des années 70 qui a vu l’éclosion d’un important mouvement coopératif dans  tous les secteurs de l’économie nationale. Il s’agissait alors de proposer aux membres des biens et services dans les meilleures conditions de qualité et de prix.

    •    Le Syndicat des agents de la fonction publique (SINTAP) propose à ses adhérents un ensemble de services : assurance, vacances, carte d’achats,…

    •    La Fédération des enseignants (FENPROF) a également développé une importante activité de services aux adhérents. Elle leur propose en particulier un complément retraite. Par ailleurs, la Fédération nationale des syndicats de l’éducation diffuse auprès de ses adhérents une carte de crédit couplée avec un fonds de pension.

    •    Au niveau des deux Confédérations, l’on peut citer l’expérience réalisée dans le domaine de l’assurance. Depuis 1996, elles sont parties prenantes d’une société d’assurance-dommages créée en partenariat avec EURESA Holding, les sociétés d’assurances P&V (Belgique), MACIF (France), UNIPOL (Italie) et plusieurs organisations portugaises de l’économie sociale. Dénommée EuresaP, à l’origine, cette société a ensuite pris le nom de SAGRES.

    •    Plusieurs entreprises françaises de l’économie sociale, qui ambitionnent de s’implanter au Portugal, s’efforcent d’obtenir la coopération des syndicats portugais. C’est le cas aujourd’hui, par exemple, du Groupe Chèque Déjeuner dont la récente création de la filiale portugaise s’est réalisée avec le soutien syndical et de plusieurs organisations portugaises de l’économie sociale.

D’autres exemples pourraient être donnés. La démarche des syndicats portugais est, en matière d’activité économique, assez proche de celle de leurs voisins espagnols. Elle s’inscrit dans une conception de syndicalisme gestionnaire dont la traduction pratique a varié selon les périodes (Rappelons-nous, par exemple, la collectivisation des entreprises par les syndicats espagnols pendant la guerre civile). Au Portugal, comme en Espagne, ces expériences ont connu des succès variables. Certaines ont échoué. D’autres ont échappé au contrôle de leurs promoteurs. Les plus pérennes sont, apparemment, celles qui ont su s’adapter à l’évolution des attentes des adhérents et à l’évolution des marchés et, surtout, celles qui se sont dotées de systèmes de gestion où le professionnalisme des dirigeants compte autant que leurs qualités militantes.


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Jordane Legleye le 17/12/10 à 17:58

Les entreprises des syndicats : approche nouvelle au problème des relations de travail entre les syndicats et les coopératives

Par Zvi Galor >1992Résumé :

 Les syndicats essaient depuis longtemps de promouvoir le rétablissement de coopératives parmi leurs membres. La plupart des tentatives faites dans ce domaine au cours du siècle passé dans de nombreux pays du monde ont échoué. Les tentatives d'établir des entreprises syndicales, dans le but de profiter d'avantages aux travailleurs, n'ont pas toujours réussi et, dans certains pays, comme par exemple en Israël et en Allemagne, ces entreprises se trouvent confrontées à diverses difficultés. Cet article tente de montrer et de décrire une autre possibilité d’établir des entreprises syndicales. La création d'entreprises dans les cadres des comités syndicaux (Comité d’entreprises en France, CE) offrant ses services aux membres. - services de qualité - doit répondre aux attentes des membres envers 1'organisation qui le représente.

  • Etant donné que le texte a été écrit il y presque 20 ans, donc, les données apportées sont de cette époque, mais les exemples sont intemporelle, et sont recommandés à étudier.

 

1) Les syndicats et les coopératives

 Les syndicats et les coopératives sont deux mouvements sociaux qui furent fondés à la même époque et dans des buts similaires. Les deux mouvements avaient pour but l’amélioration du niveau de vie de leurs membres qui étaient surtout des ouvriers pauvres et exploités, payés à la journée, et ce durant et après la révolution industrielle en Europe. L'activité des deux mouvements fut généralement séparée, bien qu'il y eût un grand nombre de manifestations de collaboration, surtout au cours du 20ème siècle. L’idée centrale était que le pouvoir d'achat de l’ouvrier est composé non seulement de son salaire direct et indirect, mais aussi du prix des divers services et marchandises qu’il acquiert. La diminution de ces prix équivaut donc essentiellement à une hausse net du revenu de l'ouvrier  (Orizet, 1951; ICA & ICFTU, 1966)

 A la fin des années soixante et au début des années soixante-dix, un effort spécial fut fait sur le plan international, en vue de définir les relations entre les deux genres d’organisation. Le sujet fut traité lors d'une série de conférences internationales qui eurent lieu sur divers continents et qui furent organisées généralement par L’Organisation Internationale du Travail. Lors d'une de ces conférences qui eut lieu en Malaisie en 1966 (M.T.U.C, 1966, 5), la tentative fut faite de définir les points de rencontre et les caractéristiques des deux organisations. Le principe de base était que les deux mouvements devaient collaborer; la question était comment devait se faire cette collaboration. Le point de départ était que dans les pays en voie de développement les coopératives sont des organisations promues, supportées et contrôlées par les gouvernements. Les syndicats, par contre, selon la supposition, sont généralement des organisations indépendantes, fondées par les membres et libres du contrôle et de l’influence du gouvernement. Ces suppositions, approuvées par les participants à la dite conférence, ne sont pas correctes dans la plupart des cas, en particulier dans de nombreux pays d'Afrique. Nous connaissons de nombreux pays, sur d’autres continents également, dans lesquels les syndicats sont contrôlés d'une manière ou d'une autre par le gouvernement. La conférence proposa plusieurs alternatives: quels devraient être les domaines de collaboration entre les syndicats et les coopératives ? Les syndicats doivent-ils collaborer avec les coopératives existantes ou établir de nouvelles coopératives parmi leurs membres ? Les activités des coopératives doivent-elles dévier du cadre convenu dans lequel elles opéraient jusqu'à la date de la conférence? (M.T.U.C, 1966, 11) Les participants à la conférence prirent comme supposition qu'il est facile pour les syndicats d’organiser des coopératives parmi leurs membres, étant donné qu’il s’agit d’organisation possédant les même caractéristiques, a savoir – loyauté de plein gré du membre vis-à-vis de ses membres, visant a promouvoir le niveau social des ces derniers. La réalité démontre que dans la plupart de pays du Tiers-Monde, les coopératives fondées pour leurs membres ont généralement complètement échoué.

 Cette approche est de prime importance et, en effet de nombreux syndicats sur divers continents, essayent de l’adopter et d’agir en conséquence. Cette activité ne dépassa pas, en générale le stade des déclarations, alors que sur le terrain, il n’y a pas eu beaucoup d’exemples d’activités des syndicats dans le domaine de l’organisation des habitants des régions rurales (I.L.O., 1967).

 Un autre colloque eut lieu a Singapour en 1970. Ce colloque traitait, lui aussi, du sujet de la collaboration existante ou éventuelle entre les deux mouvement. Ici encore les participants reconnurent le fait que les deux mouvement ont des buts communs (Schuster, 1973).

 Les objectifs fondamentaux des syndicats aussi bien que des coopératives sont, d’une part, la protection des intérêts des économiquement faibles contre l’exploitation des intermédiaires et des classes privilégiées et, d’autre part, la promotion de leurs intérêts économiques et sociaux en leur inculquant un esprit de camaraderie, d'aide de soi et d'action volontaire en vue de promouvoir leurs intérêts économiques communs. Le Syndicat et le mouvement coopératif constituent tous deux un terrain de formation au développement de l’initiative, de la responsabilité et des activités démocratiques.

Ce colloque recommanda, en premier lieu, de concentrer les activités des syndicats sur l’établissement de coopératives dans le domaine du crédit et de l’épargne, des coopératives de production dans le secteur agricole et artisanal, ainsi que des coopératives de coopératives de consommation et de logements (B.I.T., 1976).

L’étudiant nigérien Samuel Olanian participant en 1980 au 44ème cours international de l’institut Afro-Asiatique, a écrit dans son projet final (Olaniyan, 1981), que de par son expérience personnelle et suite aux connaissance acquises par ses études, il relève les caractéristiques suivants qui sont communes aux syndicats et aux coopératives:

1) Défense des intérêts économiques et sociaux.

2) Amélioration des conditions de vie du travailleur.

3) Promotion des activités démocratiques, du volontariat et de l’entraide.

4) Moyens de promotion sociale et de développement économique.

5) Avancement vers une société industrielle.

6) Promotion de l’entraide et de la confiance en soi.

7) Encouragement de l’education et de la formation professionnelle des membres.

 C’est la raison pour laquelle l’établissement de coopératives par les syndicats peut aider les membres des syndicats dans les domaines suivants:

a) Lutte contre les prix exagères sur le marché privé.

b) Contrefaçon de produits et d’aliments.

c) Publicité trompeuse.

d) Faux poids et mauvaise hygiène.

e) Création d'emplois.

Hans Munkner propose une autre possibilité de collaboration entre les syndicats et les coopératives (Munkner, 1981). Son opinion se fonde sur le fait que les deux organisations désirent promouvoir les intérêts économiques et sociaux de groupes de revenu bas.

 Un certain nombre de problèmes se posent pendant dans un te1 système de relations entre les syndicats et les coopérative (Benjacov & Louis, 1977). Tout d'abord le problème de base se posant entre les ouvriers membres des syndicats, qui sont les consommateurs et désirent acheter moins chers, et d’autre part, les ouvriers, membres des coopératives de production, désireux naturellement de vendre leurs produits au prix fort. Un autre problème se pose dans les coopératives, surtout celles dans le domaine de la production et de services, qui emploient des salaries. Nous sommes témoins ici d’un conflit d’intérêts entre les membres propriétaires et les ouvriers salaries. Il existe dans ces coopératives des relations entre employeurs et employés. Dans un certain nombre de pays où il y a beaucoup de coopératives agricoles fondées sur la plantation, ce système de relations de travail est très répandu et les coopératives sont considérées comme des organisations qui exploitent la main d’œuvre agricole.

Les résultats de recherches publiés durant les années quatre-vingt parlent de bases de coopération possibles entre les syndicats et les coopératives dans les secteurs suivants (Cantin, 1981; Enriquez, 1986).

a) La protection des emplois des salariés au moyen du développement des coopératives et du maintien de la situation présente.

b) La protection de la qualité de vie des salariés.

Un sommaire des diverses possibilités de relations entre les syndicats et les coopératives donne les détails suivants que nous proposons.

Une première possibilité est celle d'une situation dans laquelle il n'y a aucune relation entre les syndicats et les coopératives. Cette situation existe dans de nombreux pays du monde entier depuis longtemps et a commencé au siècle passe.

La deuxième possibilité est celle d'une situation dans laquelle il existe un syndicat ainsi qu'une coopérative. La coopérative a des membres ainsi que des salariés. Ces salariés sont organisés par le syndicat dont ils sont membres. Les relations entre les deux organisations existent donc au point de rencontre ou le syndicat représente ses membres auprès de la coopérative, qui forme 1'organisation d'employeurs.

La troisième possibilité est celle du syndicat comprenant de nombreux membres appartenant généralement à un secteur professionnel particulier. Le syndicat organise et fonde une coopérative parmi ses membres, en général une coopérative de consommation, d’épargne et de crédit, où de logement. La situation qui en résulte est que les membres de la coopérative sont aussi membres du syndicat, alors que les membres du syndicat ne sont pas tous membres de la coopérative Cet état de chose présente deux possibilités secondaires. La première est une situation ou dans une entreprise particulière tous les ouvriers sont organisés au sein d’un même syndicat et sont tous membres de la coopérative qu’ils ont fondée. La deuxième est une situation où, dans une certain entreprise, une partie des ouvriers sont organisés par le syndicat, alors qu’une autre partie ne l’est pas. Il est possible de fonder une coopérative parmi des ouvriers organisés et d’y ajouter des membres non-organisés. Cette situation peut encourager des ouvriers supplémentaires à joindre le syndicat.

Une quatrième Possibilité est celle d’un syndicat avec un grand nombre de membres. Certains de ces membres prennent l’initiative de fonder une coopérative. Il est probable que d’autres personnes qui ne sont pas membres du syndicat et ne sont du même métier, viennent se joindre à la coopérative. La situation qui en déroule est celle où la coopérative comprend des membres du syndicat et des membres qui n'ont aucun rapport avec le syndicat. La coopérative se fonde plus sur des données géographiques et communautaires que sur le dénominateur commun du même métier ou de la même industrie.

La cinquième possibilité comprend la situation dans laquelle le syndicat organise, pour ses membres où une partie d'entre eux, une coopérative et parfois plus d'une, avec diverses fonctions. Il en résulte une situation où la gestion du syndicat se présente ainsi: le secrétaire général du syndicat possède une position plus élevée que le secrétaire général de la coopérative, alors que le secrétaire général de la coopérative est élu parmi les membres de la coopérative et n'est responsable qu'envers eux et non devant le secrétaire général du syndicat. Cette situation entraîne de nombreux conflits entre les deux instances de gestion, avec pour résultat 1'échec des coopératives.

Une sixième possibilité comprend la situation dans laquelle le syndicat fonde diverses entreprises pour ses membres. Les entreprises sont la propriété du syndicat; elles sont gérées par les personnes nommées par les institutions du syndicat et dépendent de leur autorité. Les entreprises sont établies pour le bien de tous les membres du syndicat et le droit de se servir de leurs services ne dépend pas du fait d'être membre d’une organisation ou d'une autre, mais seulement du fait que le particulier est membre d'un syndicat. C'est la un modèle éventuel qui a déjà été établi à divers endroits et il est possible qu'il soit également adéquat pour les pays en voie de développement.

 

3) Aperçu historique des relations syndicats-coopératives

L'histoire des relations et des activités des syndicats et des coopératives commence durant la première moitié du 19ème siècle. Suite à 1'industrialisation de 1'Europe, les tentatives d'activités communes aux syndicats et aux coopératives commencent elles aussi à la même époque. Nous tenterons de donner un aperçu des divers événements se rapportant à 1'activité commune des deux organisations à partir de cette période et jusqu'à nos jours.

La célèbre coopérative de consommation des pionniers de Rochdale en Angleterre n'est pas seulement la première coopérative de consommation, mais aussi le premier exemple de la manière de laquelle les salariés s'organisent en vue de fonder une coopérative qui pourra répondre à leurs besoins et dont résulta 1'établissement de diverses entreprises sociales (Levi, 1967).

En 1864. Ferdinand Lassale avançait l'idée que les syndicats devaient agir en vue de 1'amélioration des conditions de vie de leurs membres grâce à 1'établissement de coopératives de production. L'idée avait en fait déjà été présentée en France par Proudhon et ses partisans en 1848 (Melvyn, 1967). Des tentatives de fonder des coopératives au moyen des syndicats eurent lieu en Suède à partir du milieu et jusqu'à la fin du 19 ème siècle. Les syndicats tentèrent d'établir des coopératives de production, de crédit, des caisses maladies ainsi que des coopératives de consommation et de logement (Book. S.A. and Johansson, 1988). De même, durant les années 70 du 19ème siècle, un certain nombre de syndicats tentèrent d'établir des coopératives. Ces tentatives échouèrent peu de temps après (Schuster, 1973, 16-17).

Un autre phénomène découvert par de nombreux chercheurs est que les mouvements coopératif et syndical ont commence a partir d'une base commune mais dont, après un certain temps, les voies divergèrent et se développèrent sur des voies parallèles (Lambert, 1964; Bavin, 1972; Levi, 1973; Benjacov & Louis, 1977).

Le début du 20ème siècle marque un certain revirement du développement de la collaboration entre les syndicats et les coopératives, ou, plus exactement, des initiatives de coopératives dans le cadre des syndicats.

En 1907 fut tenu à Oslo un Congrès du Mouvement Nordique du Travail. Le Congrès considérait que les syndicats disposaient de trois activités centrales. L'activité primaire : les négociations collectives avec les employeurs pour 1'amélioration des conditions de travail des travailleurs. La seconde activité, la création d'un parti politique dont l’influence aidera a obtenir une amélioration du niveau social et de la situation des ouvriers. La troisième activité: rétablissement de coopératives afin de permettre aux travailleurs d'atteindre leurs objectifs économiques (Stettner, 1979).

Le 20ème siècle marque également le développement d'initiatives de coopératives par les syndicats aux Etats-Unis. Au début, les syndicats, aux Etats-Unis, tentèrent de fonder des banques. Ils espéraient qu'au moyen d'une banque leur appartenant, ils pourraient agir principalement par 1'octroi de crédits aux employeurs qui se montreraient plus ouverts aux syndicats.

D'autre part, ils prenaient en considération le refus éventuel d'octroyer du crédit aux employeurs qui s'opposeraient aux syndicats. Un autre de leurs objectifs était la création d un fonds d'assistance aux syndicats durant les grèves. Les syndicats désiraient l’autodéfense et la promotion de leurs intérêts (Dankert, 1949, 261-263). L'établissement des banques fut accompagne d'un grand optimisme. Durant les années 20, les syndicats étaient propriétaires de 36 banques. En 1929, avant la crise économique, leur chiffre n'était plus que de 22 et en 1932, après la crise, leur chiffre était tombé à 7. En 1942. il n'était plus que de 3 et en 1945, il fut fixé à 4 banques. Selon 1’opinion de l’auteur de la dite étude, l’échec des banques fut du principalement au manque de connaissances en matière de gestion des leaders des syndicats. L'appartenance aux coopératives de logement entraîna leurs membres à entreprendre des activités supplémentaires, comme un magasin coopératif de consommation, une buanderie, des services de transport, de fourniture d'électricité et de services de crédit. L'auteur conclut que les syndicats réussirent partout où ils tentèrent de fonder des coopératives de logement (Dankert, 1949, 264-265).

Un autre pays où se développèrent des coopératives appartenant aux syndicats, est 1'Allemagne. Dans ce pays, les coopératives se développèrent dans le cadre des syndicats mais aussi en parallèle, sans rapport avec eux. Les coopératives au sein des syndicats se développèrent surtout durant les années 20. Les syndicats firent de la construction pour la vente ou la location. Une autre formule de propriété fut, par exempte, les associations de pêche en haute mer, appartenant aux syndicats, aux fédérations d'ouvriers et aux municipalités des villes portuaires (Melvyn, 1967, 3).

4) Les entreprises syndicales

 Les tentatives faites par les syndicats en vue d'établir des coopératives pour leurs membres ne furent généralement pas couronnées de succès. Là où les tentatives réussirent, un examen minutieux de ce qui fut réalisé prouve que, en fait, les syndicats n'établirent pas des coopératives mais plutôt des entreprises appartenant au syndicat. Ce chapitre donnera un certain nombre d'exemples dans ce domaine.

Le premier pays que nous étudierons est Singapour, Les syndicats de Singapour fondèrent des entreprises qui furent couronnées de succès. En 1970 fut présenté le premier rapport sur les raisons et les facteurs qui avaient poussé les ouvriers de Singapour sur cette voie (Devan Nair, 1970, 95).

La voie choisie fut la tentative d’établir une base économique solide pour les membres du syndicat (Devan Nair, 1970, 96-97). Suivent les principes fondamentaux sur lesquels les syndicats basèrent rétablissement de leurs entreprises économiques:

a) Les coopératives à fonder doivent être capables de faire concurrence aux entreprises privées.

b) II faut développer des entreprises dans des secteurs offrant des avantages pour les travailleurs.

c) II y aurait une seule autorité centrale pour toutes les entreprises économiques.

d) Une gestion efficace.

Afin de réaliser les objectifs mentionnés plus haut, les syndicats comprenaient qu'il leur fallait employer des cadres d'employés de premier rang. Un autre principe sur lequel ils insistèrent était que les institutions élues des coopératives n'interviendraient pas dans la gestion courante mais feraient fonction de contrôle. Les cadres de gestion sont donc des professionnels de premier rang et non des membres élus des coopératives.

La voie choisie par les syndicats de Singapour et qui, disent-ils, était la voie la plus rapide et la plus efficace pour se procurer des fonds, fut 1'établissement d'une coopérative d’assurance pour les membres du syndicat (Devan Nair, 1970, 98-100). La coopérative d’assurance "Income" fut un succès. Par 1'acquisition d'une police d'assurance, on devenait membre. Les coopératives pouvaient elles aussi devenir membres de "Income", ainsi que les divers syndicats affiliés à la NTUC. 

La NTUC est membre fondateur aux droits particuliers. Les syndicats et la NTUC ont le contrôle absolu des diverses coopératives établies par la NTUC. Dans son rapport de 1980, Devan Nair donne la liste suivante de coopératives établies (Devan Nair, 1980):    

Toutes les publications citées sur les coopératives à Singapour, soulignent sans cesse qu'il s'agit de coopératives fondées par les syndicats. Il nous semble que 1'analyse des droits de propriété de ces institutions nous confirme la conclusion de Munkner (Munkner, 1981, 25), qu'il s'agit là d'entreprises appartenant aux syndicats et non de coopératives.

Le deuxième exemple d'entreprises appartenant aux syndicats nous vient d'Allemagne. Leur histoire partage en deux périodes:    

- La première période, durant laquelle furent développées des entreprises coopératives (de consommation et de production).

- La deuxième période, caractérisée par des entreprises appartenant aux syndicats et au mouvement coopératif (Hesselbach, 1976, 18).

La première entreprise de ce genre fut la société d'assurance fondée par le mouvement des coopératives de consommation, et par les syndicats (Hesselbach, 1976, 27). L'entreprise du "Commonweal" est caractérisée par son orientation visant à 1'intérêt public et au bien de tous. Les profits de ces entreprises sont attribués à des objectifs servant les intérêts communs de la société. Ces entreprises sont des unités économiques individuelles dont les profits, et parfois la production même, servent à 1'objectif même pour lequel 1'entreprise fut établie, ou pour le bien d'une institution plus élevée ou celui de la communauté (Hesselbach, 1976, 108-110).

Dès 1850 il y avait en Allemagne des institutions financières appartenant aux travailleurs. L'auteur de l’étude conclut (Hesselbach, 1976, 82-95) que la plupart de ces institutions échouèrent. Elles n'avaient pas assez de vitalité et étaient faibles du point de vue bancaire.

Après la deuxième guerre mondiale, alors que les syndicats et les coopératives de consommation commencèrent leur collaboration sur le plan politique, ils décidèrent de fonder la Banque Commonweal avec un champ d'activités bancaires plus étendu.

 

L'activité de la banque comprenait trois cercles:

Le cercle intérieur - "Banque Maison" des syndicats et des coopératives.

Le deuxième cercle - Activité d'affaires normales, ouverture de nombreuses filiales, afin d'attirer des clients supplémentaires.

Le troisième cercle - Participation à 1'échelle nationale et internationale à diverses institutions bancaires et de crédit (Hesselbach, 1966).

Les syndicats d'autres pays européens développèrent, eux-aussi, leurs propres entreprises. En Norvège, les syndicats sont propriétaires d'une école par correspondance commune aux syndicats et aux coopératives. Ils gèrent également un centre de recherche des syndicats. Les syndicats et les coopératives sont propriétaires communs d'une société d'assurance et possèdent une banque depuis 50 ans. Les syndicats agissent dans le domaine du logement, d'organisations sociales, de services touristiques et d'agences de voyage, 1'édition et des journaux ouvriers (Kopke, 1987b).

En Belgique, les syndicats chrétiens étaient propriétaires d'un centre de formation et de loisirs, d'une caisse d'épargne et d'une banque, d'une société d'assurance et d'agences de voyage (Kopke, 1987a).

5) Les coopératives des syndicats

 Un groupe important parmi les membres du syndicat ayant été congédié par le propriétaire de la mine après une grève au milieu des années 80. et, à partir de 1987. un groupe de quelque 50 travailleurs congédiés parmi les membres du syndicat s'organisa, acheta une presse et entreprirent des travaux d'impression pour la vente. Les travailleurs suivirent une formation professionnelle et s'organisèrent en coopérative. Au début, ils travaillaient à mi-temps, par manque de travail, et 11 y eut même des périodes durant lesquelles une partie des membres furent envoyés travailler à l’extérieur. Selon un rapport qui nous est parvenu (Kate, 1990), la situation des affaires s’était améliorée en 1989, au point que tous 1es membres travaillaient dans la coopérative dont la rentabilité était relativement bonne.

Un autre exemple en provenance d'Afrique du Sud est celui de la coopérative de textile "Tiakeni". Cette coopérative de production fut, elle aussi, fondée par des travailleurs congédiés de leur travail (Collins, 1986).

Nous trouvons d'autres exemples de coopératives fondées par les syndicats dans la région des Caraïbes. A Curaçao 60% de toutes les coopératives de crédit furent établies par divers syndicats (Jansen, 1990, ע' 5). A Curaçao, il y a aussi 21 entreprises différentes, surtout dans le secteur de la production, appartenant aux ouvriers qui y travaillent. Le capital appartient pour la plus grande partie aux syndicats et aux coopératives de crédit (Jansen, 1990, 9-10).

Une autre coopérative de crédit couronnée de succès est celle qui existe dans la partie nord de Trinidad. La coopérative développa des activités supplémentaires, comme par exemple: des crèches et des jardins d'enfants. une coopérative de production et un centre de vente et de mercatique de travaux d’artisanat, un projet de logement ainsi qu'un centre de sports et d'enseignement (ECU, 1990, 52-53).

A Barbados aussi 11 y a une coopérative de crédit très réussie. Elle compte des membres de quelque 60 syndicats et divers comités de travailleurs. Le capital des épargnes des membres de 1'association s'élève à près de 60 millions de dollars (BPWCCU, 1990).

6. Les entreprises des syndicats - Approche nouvelle

En général, un syndicat désireux et capable d’établir et de développer des activités économiques et sociales pour ses membres, sortant généralement du cadre de ses activités traditionnelles, se trouvera confronté au problème de la gestion de ces nouvelles activités.

 

 Les nombreux cas dans lesquels les syndicats tentèrent ce genre d'activités, ils fondèrent des coopératives, ajoutant par là une structure supplémentaire à la structure existante du syndicat.

La limitation des négociations collectives en ce qui concerne les résultats que les syndicats sont en droit d'obtenir et ils en ont la capacité, la limitation extrême des possibilités d'agir dans le cadre des activités traditionnelles, entraînèrent, dans de nombreux pays, et surtout dans les pays en voie de développement, à pratiquer 1'activité non-négociante des syndicats qui offre des chances de procurer de meilleurs résultats pour le bien des membres. Nous sommes témoins du fait que des coopératives sont fondées par les syndicats mais souffrent d'un certain nombre de problèmes. L'un des problèmes les plus graves est celui de la lutte de pouvoir entre le secrétaire général du syndicat qui, dans la plupart des cas, est l'un des membres de la coopérative fondée par les membres de son syndicat et le secrétaire général ou président de la coopérative qui, en général, est un des membres du syndicat. Il est assez difficile, du point de vue psychologique, pour le secrétaire général d'accepter la présence d'un centre de pouvoir supplémentaire dans le cadre de son organisation et au sein de ses membres. Un autre problème est celui des engagements financiers des membres vis-à-vis de leur coopérative.

 D'habitude, une personne désireuse de devenir membre de la coopérative achète une part sociale avec son argent. Cette part sociale lui donne le droit d'être membre de la coopérative (Galor, 1991). Dans de nombreux cas, le membre ne possède pas assez d'argent liquide pour payer le montant de cette part sociale. Dans la plupart des cas. le syndicat finance pratiquement l’établissement de la coopérative. Le syndicat qui paie pour 1'investissement, bien que ce soit au nom d'un membre, sent qu'il possède des droits sur la coopérative fondée, c'est-à-dire que le secrétaire général du syndicat est supérieur du secrétaire général de la coopérative. Mieux encore, le fait que le membre ne paie qu'un montant symbolique, c'est-à-dire presque rien, pour sa part sociale, mène pratiquement à la brisure des liens entre le membre et la coopérative. Du point de vue pratique elles forment une entité économique à part et il n'y a aucun lien financier entre la coopérative et le membre, surtout en ce qui concerne la politique visant à permettre à tout client d'y faire ses achats, et non seulement les membres (Cercle d’étude, 1990a).

La question centrale se posant ici est la suivante: le syndicat doit-il aspirer à une ligne générale visant à établir en son cadre des coopératives, ou, au contraire, à établir des entreprises dont il est propriétaire? Si la réponse à cette question est que les syndicats doivent aspirer à rétablissement d'entreprises dont ils sont propriétaires, nous devons nous demander quelles sont les entreprises adéquates pour chaque syndicat. Une autre question qui se pose est de savoir si les entreprises qui seront fondées doivent desservir les membres du syndicat et de quelle manière. Supposons que le syndicat établisse un magasin de consommation selon une politique de prix de vente très bas spécialement pour les membres du syndicat. Il s'agit la d'un exemple d'entreprise appartenant au syndicat desservant les membres du syndicat. Le syndicat peut, par contre, fonder un autre genre d'entreprise, par exemple une affaire commerciale ou une fabrique de tout genre, en tant que seul propriétaire ou en tant qu'associé, le membre ne profitant pas directement de ce procédé. Ce procédé est généralement justifié par le fait qu'une entreprise qui réussit sur le plan économique apporte au syndicat des revenus importants qui le renforcent et le permettent d'agir à partir d'une position de pouvoir pour le bien de ses membres, leur procurant ainsi des avantages indirects. L'expérience a prouvé que le succès de cette approche a mené à un renforcement économique des syndicats, au renforcement du leadership du syndicat, entraînant d'autre part un éloignement du membre et 1'amenant, parfois, à enfreindre le système démocratique au sein du syndicat.

Les entreprises syndicales développées par la Histadrout en Israël n'existent plus, surtout après la crise économique que la Histadrout a subie, qui l'ont amenait à vendre la plus grande partie de ses entreprises.

La digramme suivant décrit la situation qui existait à la Histadrout, en tant que modèle de la création d'entreprises socio-économiques par la Histadrout à l'époque où  elle en avait besoin.

Un autre problème auquel le syndicat se trouve confronté quand il fonde des entreprises, est le danger de se transformer en employeur.

 A côté d'entreprises économiques, le syndicat pourra également développer un système d'entreprises sociales, dont 1'objectif sera en général de pourvoir des services aux membres du syndicat.  Il s'agit là d'entreprises de la plus grande importance, dont 1'objectif principal est de servir le membre. Ces entreprises ne pourront être fondées de façon efficace sous forme de coopératives, mais plutôt comme entreprises appartenant aux syndicats (Cercle d’étude, 1990b).

7) Entreprises du comité de travailleurs

 L'expérience acquise dans le monde entier prouve que les coopératives ainsi que les entreprises syndicales fondées par les syndicats, ont parfois connu le succès, mais dans des cas très nombreux, elles échouèrent. Il y a pourtant une catégorie d'entreprises de ce genre qui ont connu beaucoup de succès dans le passé et jusqu'à ce jour. Un tel exemple existe en Israël et son étude ne peut être que profitable.

 De quoi s'agit-il? Nous parlons des activités de bien-être sociales et économiques organisées par les comités de travailleurs dans diverses entreprises et institutions. A 1'heure actuelle nous savons que les coopératives de consommation en Israël ont pratiquement échoué en tant que coopératives. Par contre, les magasins appartenant et gérés par les comités de travailleurs pour le bien-être des ouvriers, connaissent beaucoup de succès.

 Le comité de travailleurs de la Compagnie d'Electricité en Israël, qui compte plus de dix mille travailleurs. gère une chaîne de magasins ne vendant leurs produits qu'aux travailleurs de la Compagnie d'Electricité. Il nous faut expliquer ici que ce comité de travailleurs n'est pas un syndicat. Dans une même entreprise, nous pouvons trouver des milliers de travailleurs appartenant à divers syndicats mais organisés tous au sein du même comité de travailleurs, comité qui forme la représentation des travailleurs face à la direction de 1'entreprise. Les activités du comité sont financées au moyen des contributions mensuelles payées par tous les travailleurs. Le montant mensuel revenant au comité est de 1% du salaire mensuel payé par 1'entreprise. Il faut introduire ici un élément de base nouveau, celui de la participation de 1'employeur. Ce dernier paie généralement la moitié du montant mensuel, alors que le travailleur paie le reste. Nous voyons comment 1’activité traditionnelle (celle des négociations collectives) des syndicats peut contribuer non seulement à 1'amélioration directe des conditions de travail du travailleur, mais aussi à la participation financière de l’employeur, aux activités économiques et sociales des travailleurs.

 L'autorité des Aéroports et la Société "El Al", la compagnie aérienne d'Israël, gèrent un magasin de consommation aux prix des plus bas pour les employés de leurs sociétés. "Egged" et "Dan", deux coopératives de transports publics, comptant ensemble l0.000 membres et travailleurs salariés, gèrent une chaîne de magasins de consommation au service de leurs travailleurs, aux prix particulièrement bas. Le comité de travailleurs du consortium industriel "Koor" appartenant à la Histadrout, gère une chaîne de magasins dans le pays entier. Le comité de travailleurs du Ministère de la Défense gère un magasin de consommation. Dans tous les exemples ci-dessus, le choix des produits offerts aux membres est très vaste et à des prix de 10 à 30% de moins que les prix de marché. Ces comités de travailleurs représentent des entreprises où travaillent généralement des milliers de travailleurs formant une public fidèle de consommateurs.

 L'une des entreprises les plus réussies dans ce domaine d'activité est la chaîne "CHAL". gérée par le comité des travailleurs des entreprises de l’Industrie Aéronautique d'Israël, employant près de 15.000 travailleurs. Le chiffre d'affaires annuel des ventes de "CHAL" s'élève à près de 35 millions de dollars. Les magasins sont localises dans les diverses entreprises et ouverts durant un nombre d’heures limite chaque jour. Ces magasins vendent des articles électroménagers, de l’alimentation, des vêtements, des produits de nettoyage ainsi que de nombreux autres produits. Ce qui caractérise cette entreprise est le crédit particulièrement long accorde aux clients en plus des prix particulièrement bas. Tout cela est possible grâce au grand volume de marchandises achetées par le magasin permettant 1'obtention de prix et de conditions de paiements dictés aux divers fournisseurs. Le taux d’avarie annuel ne s'élève, à l’heure actuelle, qu'à 0.3%. L'objectif du comité est d'importer lui-même les divers articles électroménagers. réduisant par là le prix de vente au membre d’environ 30% (Yediot Aharonot, 1990).

 Un autre exemple de comité de travailleurs. extrêmement actif dans une vaste gamme de produits et d'offres diverses a ses travailleurs est celui du quartier général de la Histadrout et des ses institutions, appelé "Vaad Hapoël" Dans une circulaire du 1.7.90, le président de la commission de consommation du comité donne le détail des prix d'une variété de produits offerts aux travailleurs, prouvant que leurs prix sont moins chers de 10% à 20% que les produits équivalents, offerts par les magasins des autres comités, sans parler des prix de marche plus élevés de dizaines de pourcentage.

 Les comités de travailleurs commencèrent leur activité sur le marché des produits de consommation en raison de la tradition existant en Israël d'offrir des cadeaux aux travailleurs deux fois par an. pour la fête du Nouvel An et pour la Pâque Juive, ce cadeau étant financé en partie par l’employeur. Le montant du cadeau, au cours des dernières années, varie entre 50 et 300 shekels par travailleur, selon son lieu de travail, la situation économique de l’employeur et la force du comité des travailleurs. Un grand nombre de comités donnaient ces cadeaux, non sous forme d argent liquide, mais plutôt en équivalent. Ainsi, les comités de travailleurs furent-ils transformés en pouvoir d’achat économique d'importance. Ils provoquèrent ainsi une concurrence entre les fournisseurs offrant leurs produits, les invitant à se faire la concurrence du point de vue de la qualité, des conditions de livraison, de crédit et du prix. La valeur du chiffre d'affaires pour les cadeaux de fête est estimé à des dizaines de millions de dollars par fête (Hadashot, 1990).

 Un autre exemple des activités des comités peut être trouvé auprès du comité de travailleurs de la Société Bezeq - la compagnie israélienne des téléphones. Le comité poursuit également des activités dans le domaine du bien-être social. Le comité organise des excursions pour les travailleurs et leurs familles pendant le week-end. Il organise aussi des colonies de vacances pour les enfants des travailleurs. Au début de chaque année scolaire il achète des fournitures scolaires pour les enfants des travailleurs (Haretz, 1990).

 Dans une circulaire du 1.2.90. la commission culturelle des travailleurs du "Vaad Hapoël" annonce la vente de billets aux prix réduits pour les théâtres israéliens. Les comités de travailleurs achètent tous les billets de certaines représentations de théâtre, à des prix particulièrement bas, destinés aux travailleurs. Il est aussi possible de faire un abonnement et d'obtenir une grande réduction pour 1'achat de livres, de séries de livres et de livres de classe. Dans une circulaire en date du 22.11.90, la commission culturelle des employés du "Vaad Hapoël" annonce une série d'offres pour passer des vacances au prix réduit dans les hôtels d'Eilat, avec des réductions allant jusqu'à 50%.

 Un autre champ d'activité des comités de travailleurs est celui de 1'épargne et du crédit. En Israël, il n'y a pas de coopératives d'épargne et de crédit. Il y avait des coopératives de ce genre il y a plusieurs dizaines d'années, mais elles ont disparu à 1'heure actuelle et n'existent plus. A 1'heure actuelle, le système bancaire offre aux salariés - en Israël, pratiquement tous les salariés ont leur salaire versé directement à leur compte en banque - la possibilité d'épargner et d'obtenir des crédits au moyen du système bancaire. Les comités de travailleurs développent pourtant des systèmes supplémentaires pour 1'épargne et le crédit. Ainsi par exemple, les employés du "Vaad Hapoël" de la Histadrout a-t-il établi un fonds spécial où les travailleurs peuvent épargner une certaine somme tous les mois pendant trois ans, et obtenir ensuite un emprunt d'un montant de dix fois la somme épargnée, en vue d'acheter une voiture. Le crédit est remboursable en trois ans.

 Il s'agit là d'un excellent exemple d'épargne et de crédit en dehors du cadre coopératif et au service des travailleurs. Les travailleurs peuvent aussi obtenir des emprunts à des taux d'intérêt relativement bas de leurs caisses de fonds de retraite. De nombreux comités de travailleurs gèrent des caisses de mutuelles pour des emprunts. Le comité de travailleurs de 1'école des cadres de la Histadrout, par exemple, fonda une caisse spéciale, financée entièrement par 1'employeur. Chaque travailleur à son tour a 1e droit à un emprunt du montant de son salaire mensuel, remboursable en un an par déductions de son salaire. Ce fonds se finance lui-même et permet aux travailleurs d'obtenir des emprunts de sommes peu importantes, sans intérêt, pour la solution de problèmes urgents (Kamus, 1990).


8) Conclusion

 Les syndicats tentent d'améliorer les conditions de travail et les salaires de leurs membres. La voie traditionnelle a toujours été celle des négociations collectives avec les employeurs, au moyen desquels les travailleurs tentèrent d'obtenir le maximum d'avantages possibles des employeurs. Cette voie est limitée en ce qui concerne les avantages directs aux travailleurs. L’un des moyens de surmonter ce problème fut que les syndicats se tournèrent vers des activités non-traditionnelles, c’est-à-dire, non-négociantes, se fiant à leurs propres activités en vue d'atteindre 1'amélioration des conditions de revenu de leurs membres. La solution fut rétablissement de coopératives pour les membres des syndicats ainsi que d'entreprises appartenant aux syndicats. Dans de nombreux pays du monde, Il y a une séparation entre les activités traditionnelles (les négociations collectives) et la voie non-traditionnelles. Mais il ne devrait pas en être ainsi. Un syndicat qui s'occupe bien de ses membres devrait faire participer l’employeur au financement des diverses entreprises que le syndicat gère.

Dans le cadre des activités non-traditionnelles (activités non- négociantes), nous savons d'expérience que les entreprises des syndicats, ainsi que des coopératives qui furent établies par les syndicats pour leurs membres, ont échoué dans de nombreuses parties du monde. En fait le nombre des succès est bien plus bas que celui des cas ou l’activité a échoue. Par contre, dans le cas d'entreprises fondées par les comités de travailleurs, qui de par leur nature même sont des institutions de plus petite envergure et bien plus homogènes, avec des travailleurs aux intérêts plus ou moins identiques, et par le syndicat, le nombre des succès est bien plus grand.

 

9) Références

 

B.I.T. (1976). Syndicalisme et Coopératives. Information Coopérative, B.I.T. Afrique Francophone: Séminaire sur : 58-61. Genève,

 Bavin, T. (1972). Some examples of achievements in the trade union-coopérative field in developing countries. ILO-Asian Régional Seminar on Trade Unions and Coopératives, Singapore. I.L.O. Geneva, 20-31/10/1972

 Benjacov, A., & R. Louis. (1977). Relations entre syndicats et coopératives : formes, problèmes et résultats. Informations Coopératives, 2, p. 65. B.I.T. Genève,

 Book. S.A. and Johansson, T. (1988). The Coopérative Movement 1n Sweden. The Swedish Society for Coopérative Studies, p. 15-16. Stockholm,

 BPWCCU. (1990). Barbados Public Workers’ Coopérative Crédit Union Ltd. Annual Report, 1.4.88-31.3.89,.

 Cantin, M. A. (1981). La Coopération et le syndicalisme. In Beauchamp, C: Le développement des coopératives au Québec d’ici l’an 2000 (pp. 190-191). Québec: C.I.R.I.E.C.

 Cercle d’étude. (1990a). Entreprises syndicales. Rapport d’un cercle d’étude sur le thème: Entreprises syndicales durant le 67ème cours international (sept.-oct. 1990),. Institut Afro-Asiatique, Tel Aviv,

 Cercle d’étude. (1990b). Entreprises syndicales. Rapport d’un cercle d’étude sur le thème: Entreprises syndicales durant le 1er séminaire pour jeunes leaders des syndicats (nov. 1990),. Institut Afro-Asiatique, Tel Aviv, Novembre 1990

 Collins, R. (1986). The Tiakeni Textiles Coopérative Limited. In Coopératives in Third World Development (pp. 235-252). Coady International Institute: Antigonish.


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