Il est évident qu’un telle pratique est irresponsable de la part de l’employeur … et inacceptable pour quiconque se préoccupe de prévention. Maintenant comment expliquer que des membres de CHSCT puissent s’accommoder de telles pratiques ?
Je n’ai pas été directement confronté à cette pratique, en revanche, dans le cadre d’une mission sur des changements d’organisation concernant des interventions de maintenances, j’ai pu constater la position inconfortable de représentants du personnel au CHSCT qui étaient confronté à un système pervers qui tolèrait, voir incitait, à la prise de risques routiers.
Lorsque les distances pour se rentre sur les chantiers s’allongent du fait d’une augmentation des périmètres d’intervention, il ne devient plus possible (au regard de la règlementation) ou plus raisonnable (au regard de la prévention des risques) de cumuler la journée de travail et trajet aller-retour : l’entreprise prévoit donc des découchés. Une telle évolution est généralement très mal vécue par une part importante des salariés qui préfèrent rentrer chez eux -même un peu tard- afin de préserver au maximum leur vie conjugale et/ou familiale.
C’est dans ce contexte que j’ai été confronté à un système pervers qui prévoyait une prime de découchée (mise en place pour faire accepter l’évolution du périmètre d’intervention) … mais qui était versée à tous les salariés y compris ceux qui, dans les faits, rentraient chez eux.
Dans ces conditions la majorité des salariés faisait les allers-retours (y compris pour les chantiers lointain et les chantiers de nuit) ce qui se traduisait par des prises de risques routier évidents. La situation était connue de l’employeur, mais celui-ci considérait avoir fait le nécessaire en prévoyant un découché et se déclarait non responsable de ce que fait le salarié « en dehors du temps de travail ».
Pas évident dans cette situation de convaincre les élus du CHSCT de se battre pour mettre fin à ce système. En cas d’alerte du CHSCT, le risque est grand pour eux de se retrouvé « pris au piège ». En effet, l’employeur ne manquera pas de répondre par un durcissement des règles (obligation de découché ou non versement de la prime) … avec bien entendu une communication adaptée : « à la demande du CHSCT … » .
Ce durcissement ira dans le bon sens en matière de prévention du risque routier … mais à l’encontre de l’intérêt des salariés concernés sur le plan financier (s’ils ne touchent plus la prime) ou sur la qualité de vie (s’ils sont contraints aux découchés).
Dans le cadre du CHSCT, c’est avant tout les enjeux de santé, sécurité et conditions de travail qui sont prioritaires, les membres du CHSCT ne doivent donc pas « s’accommoder » de ce type de compromis qui se font au détriment de la sécurité. Mais il convient de ne pas oublier que les représentants du personnel sont là pour défendre les intérêts des salariés. Pour éviter de se retrouver en porte-à-faux avec les souhaits des salariés ; ils se doivent de proposer des améliorations de la sécurité ne se fasse pas « contre » les salariés.
Cela implique de ne pas rester dans la dénonciation mais d’interroger les pratiques des salariés en lien avec les contraintes de l’activité, le mode de management, le mode de rémunération …, afin d’élaborer et de proposer des améliorations dans ces différents champs. L’objectif est de faire des propositions d’amélioration visant à favoriser les pratiques sécuritaires sans s’enfermer dans une vision coercitive du respect des règles.
Pour en revenir à la question posée sur la « non-dénonciation » des salariés flashés … le CHSCT pourrait par exemple proposer de mettre fin à cette pratique :
- en communicant sur le fait qu’elle constitue une incitation de l’employeur à la prise de risque (excès de vitesse),
- en se penchant sur l’organisation du travail (prise de rendez-vous, calcul des temps parcours, …) et les objectifs de productivité (les seuils de prime …) pour s’assurer qu’ils sont bien compatibles avec le respect du code de la route (et du code du travail),
- en demandant que les sommes versés au trésor public par l’employeur sur l’année précédente (et qui seront dorénavant payés par les salariés contrevenant) servent à financer une « prime de respect du code de la route » pour les salariés qui n’auront pas été flashés …





