Pour ou contre un suivi statistique ethnique ?
Yazid Sabeg, le commissaire à la diversité et à l'égalité des chances se déclare favorable à une donnée qualifiant "le sentiment d'appartenir à une communauté" afin de mesurer la diversité.
Une mesure qui s'assimilerait à un « écran de fumée » avec de nombreux risques de dérives estime SOS Racisme qui juge qu'il n'y a pas besoin de statistiques pour faire évoluer les mentalités et les habitudes.
D'autres considèrent en revanche que le refus des statistiques ethniques relève de l'hypocrisie. La meilleure des façons de continuer à ne rien voir. Une association comme ISM Corum croit au suivi statistique et à l'importance qu'il y a de mesurer.
Comment abordez vous ce sujet sensible ? Votre entreprise a t-elle effectuée un travail d'analyse sur le fichier du personnel ou a t-elle lancée des questionnaires ? Avec quelle finalité ?
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Lorsque j'étais enfant,mon père nous disait de nous intègrer dans la République,sans rejeter ce que nous étions mais en privilégiant les valeurs collectives,en nous fondant dans la société,en particulier à l'école.J'applique scrupuleusement ce conseil depuis cinquante ans et je m'en porte bien.L'école de la République m'a permis de faire des études jusqu'à l'ENA et de progresser considérablement sur "le plan social",ce qui faisait la fierté de mon père et lui donnait raison.Il est vrai que je n'appartiens pas à une communauté où la différence physique est visible et j'admets bien volontiers que celà peut faciliter les choses.Il n'en reste pas moins que dans mon village de l'Ain,il y a cinquante ans,mes frères et moi étions" les petits bohémiens".Nous étions les meilleurs à l'école,afin de bien nous intégrer et de faire la joie de nos parents,ce qui entrainait,certes, quelques jalousies mais surtout nous faisait respecter par le plus grand nombre,avec le soutien magnifique des enseignants qui étaient alors les"chevau légers"de la république.
L'intégration dans la liberté et la démocratie me parait la seule voie.Elle met en avant les valeurs communes qui rassemblent.Elle s'oppose radicalement au communautarisme,qui fige les choses en ne faisant ressortir que les différences entre les êtres humains.Toute statistique "communautariste" est donc,pour moi, à proscrire quelqu'en soit la justification.Il faut en combattre le principe avec détermination,dans la mesure où il est contraire à l'esprit même de la République et peut contenir des germes extrêmement dangereux dont on ne s'aperçevrait que trop tard du caractère funeste .J'ajoute dans le même état d'esprit que je suis totalement hostile à l'idée des quotas,dans tous les domaines.C'est de la démagogie pure,afin de maintenir l'ordre existant en distribuant "quelques sucreries" à chaque communauté.
J'ai interrogé Christian Gamarra, DSG CFDT du groupe Casino (article à venir). Première entreprise a avoir mené une enquête sur les patronymes à partir du fichier du personnel. C'était en 2005. L'enseignement a été qu'il y avait discrimination ethnique mais essentiellement à l'embauche. Les progressions des salariés reposent avant tout sur les compétences. Une fois du moins qu'ils sont intégrés dans l'entreprise.
C'est pour cela que le groupe a conduit un important testing en 2007 et que les syndicats tiennent à se que l'accord contre lmes discriminations en cours de négociation intègre l'obligation de conduire un testing à l'échelle de toute l'entreprise à échéance régulière...pour mesurer...Mais sans fichier puisque ce sont des candidats fictifs qui permettent la mesure. Le fichier patronymique est jugé non significatif.
Que pensez-vous du testing ? La solution pour éviter de se diriger vers une logique de quotas ?
Sous des aspects "modernes", l'établissement de "statistiques ethniques" ne répondrait pas à l'indispensable lutte contre les discriminations, notamment celle portant sur la plus visible, la couleur de peau.
Il y a des moyens de lutter contre le racisme et les autres discriminations. Le CV anonyme, les accords et engagement encouragés dans les entreprises pour lutter contre le mal.
Des sanctions pénales et financières à la hauteur des délits inacceptables dans notre état républicain.
Et bien sûr, un effort pédagogique sans précédent pour "moderniser" les mentalités et combattre les préjugés.
Les statistiques ethniques nous emmènent vers le modèle anglo-saxon et ses principes communautaristes qui sont le ferment bien réel des discriminations mêmes faussement et médiatiquement combattues par la "discrimination positive".
Formule qui comme "l'égalité des chances" montre combien la reconnaissance des citoyens égaux en droits comme en devoirs est remisé dans les poubelles de l'Histoire tout en réactivant l'amour des fiches et des fichiers de certains.
Dois-je être insulté comme un "hypocrite" pour autant? Certainement pas car je crois fort heureusement que malgré ses nombreux défauts, le modèle républicain français a de nombreuses possibilités de perfectionnement...
Ce serait donc par le "sentiment d'appartenance ethnique" qui renverait de facto à une communauté particulière qu'on effectuerait cette mesure.
Il s'agit là de la plus mauvaise réponse qui soit pour répondre à un vrai problême: celui de la discrimination sociale!
Etablir des statistiques ethniques mêmes "soft" car constituées par des réponses volontaires ne faisant pas appel directement à la couleur de peau serait un vrai coup de hache dans les principes républicains français.
Car tout au long de l'histoire de France, depuis la 1ere République (et toutes celles qui ont suivies), le principe énoncé par Léon GAMBETTA "reconnaitre des citoyens égaux en droits et en devoirs" a été un des éléments fondateurs de la République.
La République française a bien sûr connue des vicissitudes telles le Statut des juifs et les collèges électoraux séparés des départements algériens, sans omettre le droit de vote des femmes accordé seulement en 1946. Je n'idéalise pas le mythe républicain mais il est essentiel.
Reconnaissons que le chemin commencé par les écrits du Siècle des Lumières et la révolution de 1789 est constant : l'égalité entre tous et une seule communauté, celle de la Nation.
La paranthèse de la Dictature de Pétain (1940-1944) est une empreinte noire dans ce trajet qui porte en lui l'émancipation de l'individu.
La réaffirmation de ce principe doit-t-il pour autant nous attirer l'invective "d'hypocrite" en opposition aux "réalistes" et autres "modernes"?
Dans la vie courante, il y a des actes discriminatoires opérés à l'encontre des salariés et des demandeurs d'emploi de couleurs de peau "minoritaire".
Mais cette discrimination existe aussi pour les travailleurs handicapés, pour les personnes homosexuelles voire certains syndicalistes. Il existe même des discriminations liées à l'adresse domiciliaire (banlieusards de nos grandes métropoles) voire pour celles et ceux qui sont usagers d'une ligne RER bien connue sur la région sud de Paris (RER D)!
Des réponses existent et doivent être maintenant rendues obligatoires telles que le CV anonyme et la lutte contre l'existence de fichiers secrets par des sociétés.
Pour réaffirmer l'égalité entre tous et se baser sur les compétences (et elles seules), le gouvernement et/ou la représentation nationale doivent proposer des sanctions pénales plus dures qu'actuellement et des formations RH adaptées à ces sujets. Les accords de promotion de la "diversité" et de lutte contre les discriminations dans les entreprises doivent bien sûr être encouragés et leur suivi être réellement assuré par le patronat et les syndicats.
Mais finalement, la plus grande injustice c'est qu'un fils d'ouvrier (de n'importe quelle couleur de peau, de n'importe quelles conditions ou préférences sexuelles, philosophiques, religieuses ou politiques) à toujours dix fois plus de chances de demeurer ouvrier comme ses parents.
C'est la question de la mobilité sociale et donc celle de l'injustice sociale qui doit être posée.
Quand à celle des "statistiques ethniques", elle nous rapprochera des sociétés anglo-saxonnes qui demeurent en toute clarté et en parfaite hypocrisie les plus communautaristes et les plus injustes qui soient.
Ce n'est certainement pas le chemin que doit prendre la France pour lutter contre les discriminations dans le monde du travail.
Pour le moment, toutes les personnes ayant contribué estiment que la statistique ethnique n'est pas nécessaire.
On peut pourtant se dire qu'il serait intéressant d'avoir des outils
susceptibles de mesurer l'évolution des représentations, à l'instar de
l'égalité entre les hommes et les femmes. Mais le jeu en vaut-il
seulement la chandelle au regard des nombreux risques de détournements
d'usage que vous soulevez ?
Reste qu'il ne suffit pas de dire qu'une gestion des
ressources humaines basée sur le critère exclusif des compétences
assure un retour sur investissement autrement plus intéressant qu'une
gestion par les stéréotypes...Miser sur l'évolution "naturelle" des comportements a tout autant ses limites.
Il serait intéressant d'avoir un écho des personnes de Casino où une analyse sur les patronoymes a été faire en 2005...Mais peut-être qu'il n'y a pas besoin d'en passer par là pour faire percuter des personnes.
On le voit bien, la distinction ethnique fut elle statistique, souvent et à juste titre dénoncée pour ce qu'elle a de peu scientifique d'une part et de mortifère dans les notions qu'elle appelle ou réveille (n'en déplaise à ceux qui parlent d'hypocrisie) pose problème et se révèle pour de multiples raisons inapplicable, pour ne pas dire innaceptable. Dés lors on imagine un subterfuge (même s'il est animé des meilleures intentions du monde) que j'assimile ni plus ni moins à un "renversement de la charge de la preuve" les prétendus appartenant à telle ou telle catégorie se déclarant eux-même (ça me rappelle vaguement quelque chose). Il n'y aurait donc plus de problème éthique à cataloguer Mouloud ou Hans, Hans ou Mouloud s'étant définis et déclarés eux-même. De mon côté, prudent, je ne pourrais que m'empresser de souligner, voire revendiquer puisqu'il semble que j'ai les bons atouts en main, que pour ma part je suis un blanc, européen de souche, sans handicap majeur et éthérosexuel par surcroît (ce qui au passage, pourrait poser légitimement quelques suspicions quand à ma manière de penser).
Par ailleurs, pour avoir ne serait-ce qu'un début de semblant de pertinence, faudrait il pouvoir comparer les répartitions d'effectifs d'entreprise par communautés aux répartitions au sein de la population (et hop, le procédé vient en deux lignes d'être étendu à la société civile dans son ensemble).
Je n'aborde pas l'attitude schizophrénique qui consisterait d'une part, en tant que recruteur, à faire fi de l'appartenance réelle ou supposée à ....) en tant qu'ils ne sont pas des éléments pertinents dans la mesure de l'aptitude à tenir un poste et d'autre part à mettre en place un système de comptabilisation sur des critères que j'étais censé ignorer.
Gardons nous, avec quelque procédé que ce soit et quelques soient nos intentions, de dénombrer nos contemporains sur des critères qui, je pense que nous sommes unanimes, n'ont ni légitimité, ni portée pratique, ni pertinence. Qui saura garantir que notre société sera toujours à même d'utiliser ces classifications avec bienveillance (le fait que l'on ressente la nécessité de les mettre en place étant déjà de mon point de vue un indice contraire)
La diversité est évidemment un élément incontournable de l'humanité planétaire.
A ce titre, chaque communauté a le droit de vivre pleinement sa culture historique, mais aussi l'interdiction de l'imposer aux autres, et l'obligation morale d'aller avec tolérance au devant des autres communautés.
Ce n'est que comme cela que l'homme peut progresser et aller vers plus d'humanisme au lieu de cultiver une gémellité mortifaire.
Cette posture appartient au domaine de la spiritualité et l'élément statistique ne me semble pas concerné par la question.
Au delà de cette réflexion, il n'appartient pas à une société laïque de communautariser les entreprises, mais d'y favoriser le développement de cultures spécifiques, a-dogmatiques et éthiques, de telle sorte que la question elle même devienne dénuée de sens.
Le problème n'est pas tant la chose en elle-même que son exploitation possible.
Dans le cas d'une étude scientifique, menée par des sociologues, le sentiment d'appartenir ou non à telle ou telle communauté, que cette communauté soit ethnique, culturelle, religieuse, politique, etc, est un facteur parmi d'autres qui influe bien évidemment sur les comportements.
Mais le passé a montré que les dérapages sont fréquents et dangereux. Concernant l'immigration par exemple, il est évident que les immigrants venant d'une même région ont tendance à se regrouper, ne serait-ce que pour s'entr'aider. Maisle fait de dire "ce quartier est arabe (ou africain, ou italien, etc)" a contribué au développement de communautarismes réducteurs.
Inévitablement, un dénombrement des communautés engendrera des comparaisons déplacées. Certains se complairont à montrer qu'il y a plus d'africains musulmans balayeurs que de lapons mormons chefs d'entreprise, et en déduiront des prévisions de vente pour des nettoyeurs à haute pression d'une marque connue...





