Discussions libres » Le temps des relocalisations en France est-il venu ?

Le temps des relocalisations en France est-il venu ?

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Grégory Gamot le 25/09/08 à 09:07

Le Financial Times, le Wall Street Journal et même le célébre cabinet de conseil en stratégie Mc Kinsey, pourtant ardent défenseur des délocalisations, ont fait paraître depuis juin 2008 des articles montrant que des entreprises relocalisaient leur production dans leurs pays d'origine.

Pensez-vous que ce phénomène va aussi avoir lieu en France ?

Avez-vous des exemples ou des contre-exemples ?

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Grégory Gamot le 14/10/08 à 07:43

La responsabilité des grands groupes est écrasante

Je suis content de constater que ce sujet ne laisse pas indifférent et je reste preneur d'exemples ou de contre-exemples.

J'aimerais apporter un nouvel élément au débat. L'Insee a mené une étude très complète (sur la base d'une méthodologie complexe) sur les délocalisations et réductions d'effectifs dans l'industrie française. Pour être considérée comme relevant d'une délocalisation, il fallait qu'une entreprise ait réduit à la fois son personnel et lui ait substitué des importations sur une période maximale de 3 ans (l'étude a été conduite sur la période 1995-2001).

Les résultats sont très clairs: (1) on peut estimer qu'en moyenne entre 9000 et 20 000 emplois ont été délocalisés par an; (2) un peu moins de la moitié l'ont été à destination de pays à bas salaires; la part la plus importante concerne des "recentrages de groupes au sein des pays développés"; (3) les délocalisations seraient surtout le fait de très grands groupes: globalement les groupes de plus de 500 salariés représentent moins de la moitié de l'emploi industriel, mais plus des 2/3 des emplois délocalisés; les très grands groupes, employant plus de 5000 salariés en France représentent ainsi à eux seuls "plus de la moitié des emplois délocalisés"; (4) sur la période étudiée, 10 grands groupes représentent à eux seul près du quart des emplois supprimés sur la période; (5) enfin, les groupes étrangers délocalisent un peu plus souvent que les groupes français: dans le cadre de la réirganisation des groupes, ces derniers auraient tendance à privilégier leur implantation d'origine.

L'étude contient d'autres éléments très intéressants, mais pour moi, l'essentiel est posé: la problématique des délocalisations/relocalisations doit être travaillée au niveau des grands groupes (comment les retenir sur un territoire ?...) et plus particulièrement des instances de représentation des salariés, qui ont la possibilité d'essayer de peser sur les choix effectués.

 Avez-vous déjà réussi à infléchir le mouvement au sein de vos entreprises (arrêter une délocalisation, la limiter,....) ou au contraire, échappe-t-il à tout action ?


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Denis Rivier le 09/10/08 à 09:39

Ne pas se leurrer

Il ne faut pas se leurrer.

Quand votre concurent délocalise sa production dans un pays "low-cost" comme on dit, c'est dur de résister car, malgré les coûts induits, la différence du coût de la main d 'oeuvre est telle que cela lui donne en général un avantage compétitif.

Les euls qui résistent à la délocalisation sont ceux qui sont sur un marché de niche ou sensible politiquement ou économiquement (les militaires, certains tructs Hi-tech, etc...) ou ceux pour qui le délai ou la réactivité est importante. Tout le reste s'efface devant le profit espéré et autres indicateurs.

Pour changer de situations, il faut que cela ne soit plus le profit individuel qui soit la boussole, mais la satisfaction des besoins humains.

 

http://www.les-militants-de-fo-dans-la-loire.org/spip.php?article92


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Guillaume Martin le 30/09/08 à 14:14

Un mouvement de rééquilibrage est inévitable

De plus en plus d'industriels émettent des réserves sur les gains nets tirés des stratégies de délocalisation. Quand on y rentre par le petit bout de la lorgnette c'est à dire principalement par les différences de coûts salariaux on court tout droit dans le mur.

 L'entreprise est depuis longtemps immergé dans un environnement avec lequel elle travaille en réseau. Or, quand elle choisit de quitter un territoire elle perd immédiatement une partie de sa chaîne de valeur. Quid de ses sous-traitans ? Quid de son savoir-faire accumulé de longue date qu'il soit interne ou externe d'ailleurs.Quid de son accès à certaines matières premières ...

 Plus concrétement les délocalisations se heurtent à beaucoup d'impondérables. L'éloignement casse souvent des dynamiques notamment en matière de recherche et développement comme il génère aussi des délais supplémentaires. La réactivité est souvent moins bonne avant qu'après.

Les différentiels de qualité, de productivité ou encore les coûts de transports croissants limitent les gains réélement tirés de la délocalisation.

Si la re-localisation des lunettes haut de gamme a été opérée c'est avant tout pour des raisons de qualité. Le côté marketing est évident, certes, n'empêche que l'appât du gain a été à l'origine de la décision initiale de délocaliser et il n'y a aucune raison pour que cela ait changé. Cela veut dire qu'il faut creuser la question à chaque fois que les élus des comités d'entreprise sont confrontés à ce type de projet.

Guillaume Martin


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Cyril Lazaro le 28/09/08 à 07:13

La réponse est malheureusement non ou plutôt pas tout de suite

 La délocalisation a pour principe de base de diminuer les coûts de production, mais elle a aussi pour fonction de vendre dans le pays où l'on a délocalisé. C'est ainsi que les industries qui s'installent en Chine par exemple préfèreront investir et continuer à se développer dans un pays qui représente un marché de plus d'un milliard de clients potentiels plutôt qu'en Europe, ceci indépendemment du bas coût de la main d'oeuvre locale. La France a tout intérêt à favoriser le développement des PME qui elles ne prendront pas le risque de délocaliser car elles n'en ont pas les moyens financiers et qu'elles sont de culture familiale et donc locale.

Si un inversement de tendance devait s'observer, il sera concommitant à une réelle envolée du pouvoir d'achat, ce qui n'aura pas lieu avant quelques années. Il appartient donc au pouvoir politique français d'encourager toute initiative de création d'entreprise à échelle individuelle en accentuant les exonérations de charges sur plusieurs années afin de relancer une dynamique  de création d'entreprise en un premier temps et de pérenniser ces micro sociétés. Si ces micro sociétés perdurent dans le temps, elles finiront par créer de l'emploi.

Quant aux délocalisations, les grands groupes continueront à se développer là où se trouvent les nouveaux marchés, et pour l'instant, l'Asie et l'Europe de l'Est sont et seront les secteurs privilégiés pour les 10 prochaines années.

Cyril LAZARO 

 


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Francois Dessay le 25/09/08 à 21:48

je ne suis pas si optimiste

Je ne pense pas que c'est encore demain la veille d'assister à des relocalisations en masse. Pour cela, il faudrait à mon avis deux choses essentielles :
- Qu'on mette en place des systèmes de contrôles de la qualité des produits drastiques à leur entrée sur le territoire qui élimineraient une grande partie des productions bas de gamme venant d'Asie en particulier, ou tout du moins obligeraient les fabricants asiatiques à augmenter leur qualité, donc leurs coüts de production.
- Avoir une règle européenne, qui obligeraient les importateurs à payer une taxe pour les nations qui, dans leurs coûts de production, n'ont aucne charge liées à des coûts sociaux (mutuelles, retraites....) autres que les cahrges salariales.
Avec ces deux mesures, on nivellerait un peu les différentiels de productions et donc l'intérêt de délocaliser.
Mais l'Europe Sociale, en dehors de certaines organisations syndicales, tout le monde s'en fout!
fd.


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Alain Bonnet le 25/09/08 à 20:46

Les banques devront aussi être touchées

Ce phénomène est d'ores et déjà perceptible pour 3 raisons globales majeures : 1) il est alimenté par la situation de crise mondiale d'une part qui pousse à certaines relocalisations car le service rendu dans divers pays n'a pas la qualité de celui produit par des salariés formés, plus ou moins correctement payés et la clientèle devient plus exigeante pas seulement en matière de prix mais aussi en termes de qualité de produits et de services. 2) L'exigence écologique et d'économie durable supporte de moins en moins les faux produits, les produits frelatés ou toxiques (comme en Chine) et les produits à faible durée de vie pour vices cachés ou matériaux peu résistants. 3) L'émergence dnas nombre de pays de développements économiques sans précédents pousse de plus en plus et poussera à l'avenir les travailleurs des pays en développement voire en pays pauvres à revendiquer des salaires et des conditions de travail plus décentes. La révolte d'ouvriers indiens d'une filiale italienne se débarassant physiquement de leur patron (indien) suite à plus de 200 licencicements dont le ministre du travail Indien a souligné dans un premier temps que c'était parfaitement explicable, illustre ces révoltes des salariés de ces pays. D'autre part, on pourait cyniquement faire remarquer que pour des milliers d'ouvriers exploités, assassinés du XIXè siècle au XXIè siècle, la mort d'un patron n'est plus un événement ou alors il faudrait admettre que la vie d'un ouvrier ne vaut rien.

Enfin, le secteur bancaire lui-même, confronté à une crise sans précédent, a commencé depuis près de deux ans, de manière marginale d'abord mais aujourd'hui de manière plus significative à réintégrer des activités délocalisées sur le territoire métropolitain. Il faut aussi souligner, ce n'est plus de la délocalisation mais de la sous-traitance, que diverses activités commencent à être aussi réintégrées sous la menace légitime des syndicats soucieux de la défense de leurs salariés qui attaquent pour délit de marchandage.

En conclusion, un mouvement est engagé. Il est cependant impossible de dire la forme qu'il prendra à l'avenir, c'est la principale réserve de ce long commentaire

 

 


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Richard Top le 25/09/08 à 18:25

enfin

oui, je pense que le temps des relocalisations va arriver ou est arrivé pour certains type d'industries.

 

La sécurité et la qualité des produits fabriqués dans les pays emergeant n'est pas a rendez vous. Si l'addition financière et la mauvaise image de pub est presente (comme en ce moment avec le lait en chine), c'est a coup sur des emplois en retour chez nous.

 

Nous devons dénoncer tous ces abus et risques qu'on nous fait prendre sur l'autel des profits et le faire savoir.

Alors oui ce mouvement peut s'amplifier et etre durable


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Xavier Poitou le 25/09/08 à 17:33

vive la hausse

C'est sur que les hausses des produits énergétiques, renchérissant le coût des transports, vont faire réfléchir beaucoup d'entreprises qui avaient délocalisé leur production - notamment de produits low cost, en asie par exemple. D'autant plus que ces pays rechignent à présent à faire de la petite ou moyenne série (pièces en acier, textile, marbrerie etc...)

Toutefois, je ne pense pas que ce soit un phénomène durable (sauf si le dollar > 120 $ / baril), le dumping social étant trop en défaveur des entreprises françaises


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Rodolphe Helderlé le 25/09/08 à 17:28

La base du European Monitoring Centre on Change

Le site de la branche EMCC (European Monitoring Centre On Change) d'Eurofund supporté par le conseil de l'Europe propose une base de données qui répertorie les restructurations des entreprises. Depuis 2002, plus de 8000 cas ont été indexés. Il est possible d'effectuer des recherches par pays et selon la nature de la restructuration. La frontière entre "relocation" et "delocalisation" n'est vraiment pas clair. Pour répondre à ta question, il serait pour le moins intéressant que les véritables cas de relocalisation soient indexés. C'est l'IRES (Institut de Recherche Economique et Sociale) qui à la tâche d'aiimenter la base de données de l'EMCC pour le compte de la France. http://www.eurofound.europa.eu/emcc/index.htm

Sinon concernant Atol, le communiqué de la direction d'avril 2008 qui annonce la relocalisation d'une partie de la production en Savoie démontre que le sujet est "marketable"...même si cela ne représente que 4% de la production ;o)


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