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Le droit à la formation (DIF) entre hésitation, capitalisation et utilisation

sept 03 2010

Thème: Formation

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En cette fin d’année 2010 l’immense majorité des salariés en France (en CDI) dispose d’un capital individuel de formation de 120 h de DIF. Ces 120 heures sont atteintes dès lors que le salarié travaille à temps plein depuis 2004 et chez un même employeur.

On peut donc estimer que dans le secteur privé, la dette formation s’élève donc à un peu plus d’un milliard d’heures de DIF (pour un coût potentiel global de 77 milliards d’euros, selon les calculs de la Cour des Comptes).

Ce capital formation considérable doit être apprivoisé et acclimaté par des salariés qui ne peuvent se contenter d’accumuler des heures sur leur compteur et doivent désormais administrer leur droit à la formation.

  • Entre le tout DIF ou le rien formation de nombreuses stratégies sont envisageables et nous allons tenter de les décrire.

L’indifférence ou la dénégation : « Je n’ai besoin de rien, merci. »


  • Pour ceux qui bénéficient déjà de beaucoup de formations ou estiment que leur entreprise pourvoira tout au long de leur vie professionnelle à leurs besoins.
  • Pour ceux, plus nombreux, qui pensent (encore) que la formation n’est pas faite pour eux, qu’elle est un risque (de montrer ses lacunes, d’être stigmatisé, d’être infantilisé...) ou qui ne trouve pas de temps à libérer pour se former (pourtant, la réduction du temps de travail devait aussi donner du temps pour la formation).
  • Enfin, pour tous ceux qui, en fin de carrière ou n’y croyant plus, n’aspirent qu’à la retraite et ne veulent pas s’investir dans de nouveaux apprentissages professionnels.

La capitalisation


Il s’agissait pour eux d’accumuler le maximum d’heures sur leur compteur DIF (les 120 h sur 6 ans) afin de :

  • se constituer un capital formation (une sorte de plan épargne formation), réalisable principalement en cas de coup dur professionnel (une assurance formation ou une sécurisation professionnelle) ;
  • entreprendre une formation longue ou une reconversion et se servir des 120 heures comme complément à un CIF, un bilan de compétences ou un projet de formation conçu depuis des années.

La consommation


  • Utiliser 20 heures de DIF annuellement à compter de 2010 afin de « consommer » les heures non cumulables et de ne rien perdre de son droit à la formation.
  • Consommer de la formation comme un banal bien sans réel projet professionnel (une année de l’anglais, l’année suivante de l’informatique) et risquer désillusions et rapide perte de motivation.

La professionnalisation : SVP (Savoir se former, Vouloir se former, Pouvoir se former)


S’informer et s’orienter

  • Connaître les dispositifs de formation, appréhender l’offre privée et l'offre publique, activer les financements, négocier avec son entreprise.
  • S’orienter dans la galaxie formation tout au long de la vie (VAE, DIF, Stage, E-learning, période et contrat de pro, plan de formation, bilans de compétences, à mi-carrière, d’étape professionnelle, passeport formation).
  • Rester en veille professionnelle.


Se former tout au long de la vie en alternant stages, formations à distance, auto-formations, formations sur le tas, reprises d’études, tutorats, formations par alternance, validations des acquis…

Être mobile et entreprenant (acteur de son projet professionnel).

Le contexte

Il existe au demeurant autant de stratégies formation tout au long de la vie que de besoins individuels, mais les salariés doivent désormais tous intégrer que le futur de leur travail sera très différent du passé laborieux que leurs parents ou eux-mêmes ont pu vivre au XXème siècle :

1. La société cognitive

Notre société va investir massivement dans l’intelligence (livre blanc de 1995 de la Communauté européenne). Dans cette société, « ce seront les capacités d’apprendre et la maîtrise des savoirs fondamentaux qui situeront de plus en plus les individus les uns par rapport aux autres dans les rapports sociaux ».

2. L’économie de la connaissance

Le sommet de Lisbonne en l’an 2000 fixait à l’Europe un cap pour 2010 : « Devenir l’économie de la connaissance la plus compétitive et la plus dynamique du monde, capable d’une croissance économique durable accompagnée d’une amélioration quantitative et qualitative de l’emploi et d’une plus grande cohésion sociale ». La vieille Europe fabriquera de moins en moins de produits à l’avenir ; désormais la richesse ne consiste plus à fabriquer ou à posséder des biens matériels mais à se connaître et pour utiliser au mieux son intelligence.

3. Les sociétés et les organisations deviennent apprenantes

Le savoir est devenu un atout stratégique pour les individus, les organisations et les nations. Les écarts entre les travailleurs, les entreprises ou les pays ne sont plus fondés sur l’accumulation primitive de capitaux ou de savoirs, mais sur la capacité à changer, à apprendre, à s’adapter sans cesse. L’apprentissage deviendra la première activité humaine au XXIème siècle.

4. L’éducation devenue un trésor et un bien communs

Le savoir, véritable produit de grande consommation, se capitalise, s’exploite, se rentabilise et se privatise. L’éducation passe du statut de service public de l’enfance à celui d’indispensable viatique tout au long de la vie professionnelle. Dans cette perspective il devient impossible de la confier au seul prestataire monopolistique qu’est l’État.

5. Le travail du savoir.

Nous devenons tous des travailleurs du savoir, aussi bien « esclaves du savoir » dans les organisations néo-tayloriennes de l’information (du type call centre), que pour des fonctions créatives à plus grande valeur ajoutée intellectuelle.

6. L’apprentissage tout au long de la vie.

Les individus doivent désormais assumer la responsabilité de leurs apprentissages. Le diplôme (quel que soit son prestige) sert de moins en moins de sésame durant toute une vie professionnelle. Les parcours, la capacité de rebond, l’intelligence émotionnelle et le travail d’équipe sont des compétences favorisées, reconnues et développées.

Lourde responsabilité du DIF

Le DIF a donc depuis 2004 la lourde responsabilité de reconstruire la formation continue en France.

  • Changer de modèle social et économique est difficile dans une société qui avait massivement misé sur l’éducation initiale en ne donnant pour objectif à la formation continue que de mettre à niveau les travailleurs ou leur offrir de maigres possibilités de reconversion professionnelle.

Désormais, la crise économique que vit le monde développé imposera des remises en questions très importantes : les apprentissages professionnels devront être sans cesse repris, les entreprises seront des acteurs économiques instables et les capacités de changer, de s’adapter en permanence seront les seules garanties en matière de création de richesses.

La très forte stabilité sociale et économique que nous avons connue après guerre (simplement entrecoupée de crises) ne sera plus la norme du XXIème siècle : les organisations, les pays, les individus vont devoir apprendre à changer et à s’adapter sans cesse. Les situations figées et classifiées seront sans cesse rebattues ; la seule propriété que les travailleurs peuvent revendiquer est leur employabilité, leur capacité à apprendre, à reprendre inlassablement le chemin de l’école. Cette capacité doit être favorisée et entretenue par toute la société et le droit à la formation et à l’éducation va redevenir un nouveau droit de l’homme.

Mots-clés : DIF,

Entreprises : AFTLV,

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5 commentaires

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environ 1 an

Une urgence...

par Bruno Callens

Je pense qu'il est urgent maintenant de communiquer plus amplement sur le DIF d'autant qu'il s'agit d'un dispositif "piégé"  et il l'est  à la fois autant pour l'employeur que pour le salarié.

 Il serait d'ailleurs intéressant d'en détailler les raisons de manière exhaustive.

Du point de vue du salarié, je signalerais simplement mon commentaire sur la "portabilité" fait à l'occasion d'un autre article sur Miroir social (voir  "Droit individuel à la formation - précisions utiles") ; dans ce commentaire, j'expose  les raisons pour lesquelles cette possibilité, certes un progrès, doit être évitée.

 Rappelons également que le DIF n'a été utilisé que par moins de 5 % des salariés à ce jour. Or, comme il a été rappelé dans cet article, beaucoup de salariés ont d'ores et déjà atteints leur crédit d'heures maximal. Faute de l'avoir consommé en tout ou partie, les compteurs de ces salariés vont être "gelés". L'enjeu pour eux est désormais de préserver leurs droits...

 Du point de vue des employeurs, le DIF est également dangereux comme peut le faire craindre la jurisprudence relative à  la formation professionnelle de ces dernières années ; cette jurisprudence  ne concerne pas directement le DIF mais elle  permet toutefois d'anticiper les prises de position de la Cour de Cassation auxquelles il faut s'attendre  (sur ce point, un article déjà ancien publié sur agoravox il y a un an - attention, cet article est quand même daté !)

 http://bit.ly/b488MS

 

Bruno Callens

 

Docteur en Droit

 

 

 

 

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environ 1 an

Campagne de pub TV de Demos

par Rodolphe Helderlé

Que pensez vous de Demos qui s'est fendu d'une campagne de pub TV qui souligne le levier que représente le DIF ? Une approche grand public de la formation. Une première. Est-ce avant tout une campagne d'image ou y a-il vraiment la volonté de transformer des téléspectacteurs en consommateurs de...formation ?

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environ 1 an

Campagne de pub

par Bruno Callens

Bonjour,

 

La publicité en question n'a pas encore été diffusée sur les grandes chaînes me semble-t-il mais elle peut être visionnée sur le net.

 Bien évidemment, elle est centrée sur l'entreprise en question et le mot DIF n'est utilisé qu'à la fin.

 Pour le moment, le DIF n'a guère fait l'objet d'une communication ni par les organismes de formation ni par les syndicats et j'ai souvent l'impression d'être presque le seul à le faire (avec Didier Cozin qui ne ménage pas sa peine pour écrire livres et articles sur le sujet !).

 Si cette pub peut contribuer à attirer l'attention des salariés et les inciter à se renseigner sur ses modalités, pourquoi pas...

 Quant à "consommer" de la formation...La formation n'est quand même comparable à de la lessive ou un téléviseur. Je pense quand même qu'il vaut mieux la présenter comme un droit (ce que le DIF est objectivement n'en déplaise à certains) plutôt qu'un produit.

 Bruno Callens

 

 

 

 

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environ 1 an

Le DIF est difficile

par Didier Cozin

Nous avons effectivement le sentiment avec Bruno callens d'être bien seuls à continuer à travailler sur le Droit Individuel à la formation.

L'immense majorité des organismes de formation (Demos excepté) a abandonné l'idée même de développer le DIF (Cegos en mars dernier "le DIF est un échec").

Plus largement le DIF est révolutionnaire et a été voulu comme tel par les partenaires sociaux en 2003 (il y avait sans doute pas mal de culot mais aussi de naïveté de leur part). 

Je rappelle l'introdution de l'ANI de septembre 2003 

« Dans une économie de plus en plus ouverte sur le monde, les entreprises sont confrontées en permanence à la nécessité d’une adaptation maîtrisée à leur environnement. Le renouvellement accéléré des techniques de production et de distribution des biens et des services sollicite toujours davantage l’initiative et la compétence de chacun des salariés ; leurs aspirations à une meilleure maîtrise de leur évolution professionnelle nécessitent de renouveler les objectifs et les moyens de la formation professionnelle continue. »

Il s'agissait donc de reconstruire totalement la formation en réinventant une formation professionnelle continue transformée en nouveau droit de l'homme et du travailleur (la formation tout au long de la vie).

Les résultats se font encore attendre car le dispositif n'a jamais eu de financement propre et ne pouvait être provisionné (selon un avis contestable de la CNC en 2004).

Désormais un bouchon formidable s'est créé en formation avec ce milliard d'heures de DIF capitalisé. A l'AFTLV nous sommes persuadés que l'abcès sera crevé prochainement (le bouchon va sauter) et que la formation devra en quelques mois rattrapper 6 ans d'attentisme et d'atermoiements.

La plupart des organismes de formation ne pourront s'en relever et c'est bien pour cela qu'ils préfèrent jouer le conformisme et le sempiternel plan de formation que de travailler au déploiement du DIF.

 

Didier Cozin

Gérant Sté AFTLV 

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environ 1 an

re-Le DIF est difficile

par Bruno Callens

Bonjour,

 L'opinion émise en mars dernier par la CEGOS me paraît extrêmement prématurée...

On pouvait se douter que durant plusieurs années, "on" allait faire comme si le DIF n'existait pas. Après tout, 6 ans..".On" a le temps de voir venir...

Le problème, c'est que maintenant les six ans ont été atteints et on se trouve au pied du mur.

 Il faut remarquer que la fameuse règle du cumul maximum existe aussi bien dans le "privé" que dans la fonction publique quelle soit d'état (loi de 2007), territoriale (2007) et hospitalière. C'est une règle commune, la seule qui soit véritablement incitative.

 Et, contrairement à ce que craignais au départ, elle n'a pas été remise en cause en novembre dernier..

 

Bruno Callens

 

 

 

 


 

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