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L'économie sociale a besoin de cadres: « des HEC oui mais qui aient l’esprit de famille »
févr 11 2009
Thèmes: Vie économique, Emplois & compétences
Les entreprises de l’économie sociale, notamment les banques mutualistes, les mutuelles d’assurances ou de santé et les coopératives, peuvent se retrouver sur des marchés très concurrentiels, en compétition frontale avec des entreprises classiques. Pour ce qui est du management de leurs salariés, ne doivent-elles pas renoncer à des pratiques sociales et à leurs valeurs pour rester dans la course ?
Thierry Jeantet, directeur général du GIE européen d’assurances de l’économie sociale, Euresa, et président d’un anti-Davos baptisé les Rencontres du Mont-Blanc reconnait que « la pression économique peut parfois mettre à mal certaines valeurs mais dans l’ensemble, les entreprises de l’économie sociale ont plutôt réussi à préserver leur identité.»
Et l'auteur de "L'économie sociale, une alternative au capitalisme" (éd. Economica) de souligner: « l’économie sociale a besoin de bons spécialistes et va, plus qu’avant, chercher des surdiplômés. Mais, elle se rend compte que cela ne suffit pas. Il faut également l’adhésion à cette culture. Pour le dire vite, elle veut des cadres qui gèrent bien sans être des " costkillers ", des HEC oui mais qui aient " l’esprit de famille ". C’est pour cette raison que des masters spécialisés se multiplient dans les grandes écoles.»
- Retrouvez l'interview complète de Thierry Jeantet titrée: « L’économie sociale doit se reconnaître davantage comme employeur »
5 commentaires
Aucune illusion
@Guillaume Chocteau Et si une partie du monde de l'économie sociale était celui des "monstres gentils" ? Clair que l'ambition, plus ou moins collectives, existe bien dans les coopératives, associations et autres mutuelles. Ce sont des valeurs compatibles avec la solidarité. L'équilibre n'est cependant pas facile à trouver sur un marché concurrentiel.
Concernant le management, j'ai été surpris d'entendre le responsable RH d'une grande entreprise de l'économie sociale dire lors du salon de l'emploi responsable (oct 08/ Paris) qu'il avait 5 ans de retard sur les acteurs 100% capitalistique. Que va t-il rester de la spécificité quand le retard aura été rattrapé ?
Monstres gentils & Co ?
@Rodolphe Helderlé : Twittons cher Rodolphe...
Les "monstres gentils" pourraient être un terme intéressant à utiliser dans le cas présent, mais je ne suis pas sûr que "monstre" soit si "non négatifs" que cela.
Sans faire d'angélisme, il ne faut surtout pas crier au loup sur les grosses entreprises de l'ESS, mais, au contraire, regarder les plus petites qui n'ont pas forcément les moyens (Et non la volonté) de mettre en oeuvre "réalité d'un bien être social" par manque de finances.
De plus, la question du dialogue social dans les petites structures, remplacé de façon non avantageuse (Je pense) par une relation affective bénévole / salarié, est cruciale pour le développement d'un environnement constructif, stable et de progrès dans nos petites structures. Et cela pose la question de l'employeur bénévole ! Déjà peu préparé à prendre des responsabilités, le bénévole élu l'est souvent encore moins à devenir responsable des salariés.
Retwitting en attente ?
Note de gueule
@Guillaume Chocteau - En quoi la "réalité d'un bien être social" est une question de € ?
Sinon 100% d'accord que la relation affective au travail dérive vite vers la "note de gueule"...
Réalité du "bien être social"
@Rodolphe Helderlé : Je ne cantonne pas le bien être social à la seule rangée de zéros. J'en sais quelque chose ici, dans mon travail de tous les jours.
Mais, on sait que les ze(u)ros représentent la capacité à attirer des compétences, les garder et éviter le turn over, phénomène connu, surtout dans les associations. Sans salaire attractif (Sans parler d'être au niveau), sans avantages sociaux (Complémentaire de groupe, titres restaurants, ...), le salarié, tout militant qu'il est, se posera la question un jour de l'autre d'aller voir chez le pré voisin si l'herbe n'y est pas plus verte (Ou grasse, c'est selon les goûts). Le nier serait se voiler la face sur la donnée même de ce pour quoi l'on travaille : la subsistance. L'épanouissement arrive après. Et reste, comme je le disais, réservé à certains catégories professionnelles.
Donc, oui, sans en être l'élément unique, la capacité économique est étroitement liée à la capacité de réalisation d'un bien être social.
A bientôt
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plus de 3 ans
Oui, mais ...
par Guillaume Chocteau
On ne peut taxer Thierry Jeantet d'être un "militant forcené de l'économie SOLIDAIRE". Il est un vrai, par contre, de l'économie sociale et solidaire, qu'il simplifie, à juste titre pour moi, par "économie sociale".
Moi qui rencontre beaucoup des employeurs de cette économie, une chose est claire : les organismes, tout confondu, ont besoin de professionnels ! La palissade ? Non, pas vraiment. Pour les détracteurs, on assimile souvent les salariés de l'ESS à des militants hirsutes, et pour ses farouches supporteus, ils croient encore trop souvent aux militants qui restent le meilleur futur salarié. Même si cela reste toutefois vrai dans certains cas, le profil type de l'ESS est avant tout un recruté sur des bases professionnelles, les valeurs personnelles venant souvent en deuxième position... Plus ou moins loin du premier, c'est cela peut être qui fait la différence ! Entre une association entièrement subventionnée par les pouvoirs publics, et une scop, peut on vraiment trouvé similitude dans le recrutement ? Le commercial de la mutuelle santé peut il vraiment être embauché sur un critère prioritaire d'attachements aux valeurs de l'ESS ?
La différence majeure dans les organismes de l'ESS se trouvera dans un mode managérial différent, parce que non lié à la recherche de rendement d'actionnaires, mais une recherche de satisfaction d'un besoin collectif, souvent d'utilité sociale.
L'enjeu est probablement plus dans la façon dont on doit penser le management des salariés (Du plus haut au plus bas niveau), plus que dans le recrutement. Car dans tous les cas, le professionnalisme et la technicité seront de plus en plus importants et essentiels.
Non, l'ESS n'est pas un monde de bisounours. ;-)