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Plan de départs volontaires chez SAP : « attention à l’Histoire »

« On va dans le brouillard, ordonner la foire des-vo-lon-taires aux départs ! ». Si on chantait dans l’entreprise pour oublier ses paradoxes ?

Mardi matin 29 janvier 2019, le grand patron de SAP présentait les résultats de l’entreprise à la presse :

  • un chiffre d’affaires de 24,7 milliards d’euros en 2018, progressant de 5 % par rapport à 2017 ;
  • une marge opérationnelle de 4,88 milliards d’euros, soit 17 % de plus par rapport à 2017.

En même temps, un plan de départs de 4 400 personnes. Car une « restructuration est indispensable si l’on veut rester dans la course au cloud et nous porter vers les marchés actuels ».

Une semaine plus tard, mardi 5 février 2019, la direction de SAP France, visiblement peu informée, marchait sur des œufs. Lors d’un « all hands meeting » devant tous les salariés de la filiale, elle s’est voulue la plus prudente possible, indiquant qu’il s’agirait de départs volontaires et que les pré-retraites seraient privilégiées [1]. Mais tout le monde ne semblait pas aussi surpris qu’elle.

Le 29 janvier à 9h18, deux heures après le courriel interne du grand patron annonçant les 4 400 départs attendus aux 95 000 employés de SAP, la représentation CFDT réagissait en diffusant un tract électronique. Celui-ci précisait les contours du plan en assurant : « Quoi qu’on pense du principe de cette restructuration, la CFDT sera là pour défendre collectivement vos intérêts et négocier les meilleures conditions de reclassement ou de départ. Votre équipe CFDT veillera aussi à ce que les départs ne déstabilisent pas les équipes [2]. Ceux qui restent ne doivent pas subir une charge de travail excessive ». La CFDT bénéficie d’un adhérent désigné au conseil de surveillance du groupe SAP SE, elle devait en savoir plus que la direction de SAP France.

Cinq heures plus tard, la représentation CFE-CGC, qui ne dispose que d’une personne désignée au comité d’entreprise européen, réagissait également. Dans son tract électronique, elle détaillait la procédure précisant le calendrier. Elle se montrait rassurante : « Vous l’aurez compris, la CFE-CGC, syndicat des cadres majoritaires chez SAP France, sera un partenaire social responsable et déterminant dans cette consultation. Nous aurons à cœur de défendre vos droits pour les salariés qui seront éligibles à ce plan (dans un cadre similaire au précédent comme l’a annoncé Bill) et, en même temps, de préserver l’emploi au sein de SAP France et de veiller aux conditions de travail dans un environnement motivant pour ceux qui restent ».

Des salariés éligibles à être virés mais volontaires !

Au-delà des discours (à quelques mois des prochaines élections du CSE), les réactions de ces deux syndicats révèlent le climat dans l’entreprise, particulièrement en France : réorganisations tous les six mois, difficultés liées à des objectifs trop ambitieux et salariés fatigués.

Ils oublient cependant que le PSE 2014 de SAP France a été annulé par la Cour d’appel de Versailles. Il a fait l’objet d’intéressants articles de doctrines [3]. Quant au PSE 2015, il a créé quelques amertumes et frustrations. Sur 32 candidatures à la préretraite, 17 ont été refusées par la direction en vertu d’un pouvoir de veto s’exerçant même si les postulants répondaient à toutes les conditions objectives d’éligibilité. Certains l’ont mal vécu ; ils sont allés en justice. Ils ne sont plus chez SAP aujourd’hui. Ces deux PSE montrent ainsi et par expérience que le volontariat n’est qu’une apparence.

Les partenaires sociaux le disent toutefois à demi-mots : « la CFDT sera là pour défendre collectivement vos intérêts et négocier les conditions etc. (...) Nous aurons à cœur de défendre vos droits pour les salariés qui seront éligibles à ce plan… ». De nombreux salariés expérimentés rêvent de partir avec un joli package. Démissionner ? Non ! Mais partir avec un bon bonus, le pactole que l’on ne pouvait pas obtenir par son travail… Ce point de vue ne fait pas suffisamment réfléchir les thuriféraires de la qualité de vie au travail, oubliant la raison d’être du travail.

SAP peut collectionner les labels valorisants (« top employer », « edge » et « best place to work »), la vie professionnelle y est psychologiquement usante. Dès que l’expérience des salariés grandit, les illusions « storytellées » s’évanouissent. Si l’herbe numérique n’est pas plus verte ailleurs, changer d’air pour mieux respirer : pourquoi pas ? Mais quel gâchis !

Quant aux partenaires sociaux, responsables et vigilants, ils en sont réduits à accompagner le changement qui les dépasse, alors autant feindre d’en être les organisateurs pour partie.
 
[1] Rappelons que SAP France avait essuyé l’annulation de son « plan de sauvegarde de l’emploi » de 2014 par la CGT.
[2] En s’opposant aux volontaires ? En imposant des recrutements… Quel pouvoir !
[3] L’annulation du PSE a été très commentée par la doctrine (semaine sociale LAMY n° 1698 16 novembre 2015, Droit Ouvrier, janvier 2016.

Mots-clés : PSE, Préretraite,

Entreprises : SAP,

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