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Auto-écoles : vers la fin de l’ubérisation ?

avr 27 2018

Thèmes: Vie économique, Emplois & compétences

La guerre fait rage dans le secteur des écoles de conduite. Reçus le 11 avril dernier à Matignon, les syndicats d’auto-écoles (CNPA et UNIDEC) mettent le gouvernement en garde si ce dernier refuse de les écouter.

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Spectaculaire, la montée en puissance des plates-formes numériques du type Airbnb et Uber n'en constitue pas moins un véritable danger pour l'économie et l'emploi. Si leur modèle économique se veut innovant, il contribue surtout à précariser le travail et faire reculer le statut des salariés.

Conscients du danger, les pouvoirs publics font du développement professionnel des travailleurs des plates-formes numériques une priorité. Mais leurs efforts s’avèrent insuffisants et les autorités voient les conflits entre acteurs économiques « traditionnels » et leurs nouveaux concurrents numériques s’intensifier.

Le secteur des écoles de conduite n'est pas épargné par ces bouleversements. « Si les échanges avec les ministères s'avéraient infructueux, il faudra alors se faire entendre », estimait l’intersyndicale CNPA-UNIDEC. Le conflit fait rage entre les plates-formes numériques et les auto-écoles dites « classiques », qui dénoncent l'« ubérisation » du secteur et la concurrence déloyale des nouveaux acteurs depuis plusieurs années.

Entreprise en 2015 par un certain Emmanuel Macron, alors ministre de l’Économie, la libéralisation du secteur a apporté bon nombre de transformations majeures. Les délais pour passer l'épreuve pratique ont ainsi été supprimés et les élèves ont été autorisés à se présenter à l'examen en candidats libres.

Concurrence déloyale

Surtout, la nouvelle réglementation a encouragé l'essor de nombreuses « auto-écoles » en ligne, dont certaines ne sont en réalité que des plates-formes numériques de mise en relation d'élèves et d'instructeurs. Comme le souligne Lyon Capitale, deux modèles ont vu le jour : « celui inspiré de l'ubérisation (auto-écoles plates-formes 100 % en ligne, comme Ornikar ou En Voiture Simone !, qui mettent en relations les élèves avec des moniteurs diplômés sous statut d'indépendant) et le modèle hybride, à l'image du lyonnais PermiGo, qui combine plate-forme numérique et auto-école classique, conservant des agences dans les grandes agglomérations ».

Ce sont bien les plates-formes numériques qui sont dans le viseur des auto-écoles traditionnelles. « Nous n’avons pas peur de la concurrence à partir du moment où nous travaillons tous avec les mêmes règles », affirme Philippe Colombani, président de l’Union nationale des indépendants de la conduite (UNIC). Et de rajouter : « les professionnels qui collaborent avec ce type de plates-formes ne sont pas des moniteurs mais des loueurs de voitures à double commande. On prend les gens pour des idiots… ». Ainsi, pour ce dernier, seuls les modèles hybrides, à l’image de Permigo et d’Auto-école.net, sont « dans les clous ».

Les plates-formes numériques en infraction ?

La récente mésaventure qu’a connue Le Permis Libre semble d’ailleurs lui donner raison : la plate-forme a en effet été contrainte de fermer ses portes pendant trois mois. La raison ? De nombreuses infractions ont été relevées par les services de la Direction régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation et de l'emploi. Parmi celles-ci : le statut de 49 enseignants « qui auraient dû être déclarés comme salariés et non sous un autre statut, en l'occurrence celui d'autoentrepreneur ».

Or, toutes les plates-formes numériques du secteur (Ornikar en tête) ont recours à des autoentrepreneurs. De l’aveu même de son fondateur, Benjamin Gaigneault, en plus d’être autoentrepreneur, « un moniteur qui travaille avec Ornikar dispose de son outil de travail (voiture) et travaille à sa convenance. C’est-à-dire qu’il choisit où et quand il veut enseigne et il a la possibilité de refuser un élève ». Selon les auto-écoles traditionnelles, cette façon de faire est contraire à la circulaire interministérielle du 6 mai 2017.

Nul doute que ce point a été soulevé par l’UNIDEC et le CNPA lors de leur venue à Matignon. Reste désormais à savoir si le gouvernement se rangera de leur côté. Si tel n’est pas le cas, l’UNIDEC appellera les auto-écoles traditionnelles à « se faire entendre », peut-on lire dans un communiqué du syndicat. Loin d’être terminé, le conflit entre auto-écoles traditionnelles et plates-formes numériques devrait même s’intensifier dans les prochaines semaines.

Mots-clés : Auto-entrepreneur,

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