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SNCF, Carrefour, Arkéa : printemps meurtrier pour les salariés

avr 13 2018

Thèmes: Vie économique, Dialogue social

De Carrefour à la SNCF, en passant par le Crédit Mutuel Arkéa, deux mots semblent dicter la conduite des patrons français et du gouvernement : économies et profits. Rien ne semble arrêter les dirigeants lorsqu’il s’agit de privatiser les profits et collectiviser les pertes. Pressions, manipulations, licenciements… Toutes les méthodes sont bonnes pour défendre les intérêts du patronat.

Sale temps pour les salariés, les syndicats, les fonctionnaires et les Français en général. Tandis qu’Emmanuel Macron s’échine à casser l’État social et que les étudiants se font violemment agresser sur les campus, les attaques du patronat se multiplient. En plus de l’indécente augmentation de leurs rémunérations, les chefs d’entreprise n’hésitent plus à manipuler les salariés et brandissent sans cesse la menace de suppressions d’emplois.

Dans ce contexte, la mobilisation est plus que jamais nécessaire. Un camarade, Laurent Brun, secrétaire général CGT cheminots, s’est fait le porte-voix de toutes les victimes d’un système économique de plus en plus injuste : « les usagers ne doivent pas écouter l’enfumage de la direction [de la SNCF] et du gouvernement. Leur service public est bel et bien menacé et c’est cela qui motive un très grand nombre de salariés à agir par la grève. La concurrence annoncée va mettre fin à la solidarité entre les lignes. L’entreprise publique, découpée de l’intérieur, perd en efficacité si l’État ne met pas les moyens sur l’infrastructure, le service va là aussi se dégrader. Nous devons nous battre ensemble, cheminots et usagers », a-t-il déclaré le 3 avril dans L’Humanité.

Les Britanniques, les Allemands et même les Japonais sont déjà passés par là : les prix s’envolent et le service se dégrade. La privatisation (puisque c’est bien ce que le gouvernement a en tête) ne sert qu’à casser les droits des salariés et à enrichir les acteurs privés. Car l’appétit de ces derniers n’a pas de limites, comme le montrent de façon presque caricaturale les scandales récurrents autour de la rémunération patronale : en 2015, Alexandre Bompard (alors PDG de la FNAC) avait ainsi perçu 11,6 millions d’euros de « rémunération variable pluriannuelle ». Une somme « totalement inusitée » et « hors-norme » pour une entreprise de la taille de la FNAC. Mais si le montant paraissait astronomique, il ne faisait qu’annoncer la rémunération, proprement indécente, que le patron devait toucher en 2016 : 14 millions d’euros !

Nommé PDG de Carrefour en 2017, ce dernier a immédiatement annoncé la suppression de 2 400 emplois et la cession de 273 magasins, un plan dont l’effet, honteux, a été de dynamiser le cours en bourse de l’enseigne. On ose à peine imaginer ce qu’Alexandre Bompard a bien pu demander en échange, ses prétentions salariales ne devant plus connaître de limites. Mobilisés le 31 mars dernier pour défendre leur pouvoir d’achat et leurs emplois, les employés de Carrefour, eux, doivent se contenter d’un bon d’achat de 150 €.

Ce cynisme s’installe hélas partout, y compris dans l’économie dite « sociale et solidaire ». En 2015, Jean-Pierre Denis (président du Crédit Mutuel Arkéa) et Ronan Le Moal (directeur général) ont ainsi augmenté leur rémunération de 30 %, ce qui aura permis aux intéressés de voir leurs émoluments quadrupler en huit ans, ces derniers touchant désormais plus d’un million d’euros par an.

Aujourd’hui, la direction d’Arkéa est engagée dans une guerre fratricide pour s’affranchir de la tutelle de sa maison mère. Celle-ci a besoin du soutien de ses employés pour parvenir à ses fins. Or, il semble lui faire terriblement défaut. Dès lors, pour faire croire que salariés et dirigeants ne font qu’un, la direction bretonne avait organisé une manifestation pour l’indépendance le 5 avril à Paris. Tous les salariés étaient vivement encouragés à y participer « librement ». Le temps passé à la manifestation devait même constituer du temps de travail effectif et tous les frais devaient être pris en charge par la banque mutualiste.

Peu de temps avant la manifestation cependant, la CFDT Bretagne et la CFDT banques et assurances ont toutefois révélé les « pressions exercées sur les salariés » pour que ces derniers participent à l’événement. « Dans le cadre de ton évolution prochaine, je pense que la question de ta présence le 5 ne se pose pas » ou encore « ceux qui ne viennent pas n’ont rien à faire dans l’entreprise », telles sont les remarques que la direction aurait faites à certains employés.

Le rassemblement a finalement dû être annulé, officiellement en raison de la grève SNCF. Mais les critiques, voire l’indignation, provoquées par un tel événement n’y sont sans doute pas pour rien. Comme le signale Laurent Maudit sur Mediapart, l’initiative avait eu pour conséquence « de transformer l’entreprise en un lieu corporatiste, niant le principe de l’indépendance syndicale et forçant les salariés à défendre une cause patronale ».

Il ne manquerait plus que cela ! Obligés de travailler pour les enrichir, de renoncer à leurs acquis sociaux historiques et de contempler leurs patrons et les actionnaires se gaver sur leur dos, les salariés devraient aussi défendre activement les causes de leurs employeurs sous peine d’être considérés comme des traîtres… Sous la présidence Macron, les patrons ne reculent plus devant rien.

Mots-clés : Grève, Licenciement,

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