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Les mutuelles sont des actrices naturelles du « nouveau monde »

nov 03 2017

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À l’heure où les pouvoirs publics semblent de nouveau céder à la vieille pratique de l’instrumentalisation des mutuelles au service de leurs renoncements à une ambition forte pour construire une assurance maladie fondée sur la justice et l’efficacité, quelques réflexions personnelles pour dire qu’il n’y aura pas d’avenir mutualiste sans :
  • d’une part une volonté réelle et ambitieuse en matière de différenciation, qu’elle repose sur les activités assurantielles, les services et même, au-delà, quant à la revendication concrète d’un modèle différent s’appuyant notamment sur la non-lucrativité qui mène à des pratiques de gouvernance politique et opérationnelle originales ;
  • d'autre part une reconquête de l’autonomie des mutuelles par rapport aux pouvoirs publics, se traduisant par le fait qu’elles cessent de se positionner comme des « complémentaires » en toutes choses, ce qui les met dans une situation permanente de dépendance et qui les refrène sur le plan entrepreneurial ou, plus largement, en matière d’imagination ;
  • enfin, un renouveau de l’engagement individuel et collectif dans les organismes mutualistes, au-delà des seuls mécanismes de représentation démocratique.

Nos interlocuteurs publics nous assignent manifestement à résidence dans « l’ancien monde ».

Pour autant, il n’est pas certain que les pouvoirs publics nous facilitent la tâche, du moins ne faut-il pas compter là-dessus : la problématique de la fiscalité ne sera certainement pas abordée de façon favorable alors qu’elle est clairement problématique quant à l’accès à des services de base ; l’excès de réglementation ne va pas passer de mode, sans induire une réelle régulation de la concurrence ; la pesanteur du droit communautaire sur nos activités n’est pas près de cesser de produire ses effets en matière de banalisation des mutuelles.

Dans ce contexte, le mouvement mutualiste ne peut être ni passif, ni naïf. Nos interlocuteurs publics nous assignent manifestement à résidence dans « l’ancien monde ». À nous de démontrer que nous sommes de plain-pied, avec notre histoire, nos savoir-faire, notre capacité à innover et notre implantation territoriale dans le « nouveau monde ».

Repenser le modèle mutualiste ne sera possible qu’autour de convictions fortes et partagées dans le mouvement et mises en œuvre de façon cohérente par ses acteurs même en situation de concurrence entre eux. J’ai la conviction que les mutuelles ont tous les atouts pour répondre à ces enjeux, que je qualifierais au nombre de quatre pour définir les contours d’un nouveau modèle mutualiste en phase avec les enjeux de la protection sociale.

Réinventer l’assurance santé

Même constitutive d’équilibres économiques tendus et soumise à une concurrence accrue sous couvert de normalisation des paniers de soins et de course aux bas prix, cette activité a vocation à demeurer durablement le cœur de métier de nos mutuelles, à condition de retrouver sa viabilité économique et de rester en phase avec les besoins sociaux. Cela ne sera pas possible sans se réapproprier l’ensemble des dimensions de la protection sociale pour concevoir une « protection sociale globale » et positionner nos mutuelles en « acteurs globaux de santé » présents sur l’ensemble des champs. Les réseaux conventionnés par nos organismes devront contribuer non seulement à maîtriser le reste à charge pour nos adhérents, mais aussi à établir des relations plus confiantes et équilibrées avec les professionnels de santé. L’enjeu n’est rien de moins que de réinventer l’assurance de personnes pour refonder notre différence.

Retrouver l’esprit d’entreprise au service de l’innovation sociale

Nous sommes des « entrepreneurs de protection sociale et de bien-être ».

Nos mutuelles doivent cesser de raisonner principalement en termes de « complémentarité » en matière d’assurance ; non que nous contestions la prééminence de la Sécurité sociale car, en bons « assureurs paradoxaux », nous défendons un haut niveau de socialisation de l’assurance maladie mais parce que c’est un préalable pour retrouver des marges de développement. Nous sommes des « entrepreneurs de protection sociale et de bien-être » et notre organisation collective doit nous mener à rechercher toujours plus d’innovation. Nous avons aussi des responsabilités d’investisseurs et d’employeurs, notamment sur les territoires, qui peuvent nous mener à renforcer la mesure de notre utilité économique et sociale. Enfin, de manière indissociable de notre modèle non-lucratif, les performances et l’efficience de nos actions doivent être au cœur de nos préoccupations afin de démontrer notre différence de manière constante.

Garantir le respect de la personne

Sociétés de personnes, nos mutuelles ont par définition le souci des besoins de chacun au cœur de leurs préoccupations. Alors que les attentes individuelles prédominent de plus en plus, l’enjeu pour nos mutuelles réside au moins autant dans les offres et services à proposer, que dans la nécessité de concilier personnalisation et mutualisation. Les évolutions prévisibles de la protection sociale (par exemple celles liées à la mise en œuvre du compte personnel d’activité) nous poussent à nous engager dans cette voie. Par cette relation personnalisée, c’est vers le rôle de « tiers de confiance » que nos mutuelles vont évoluer, notamment fondé sur la capacité à informer nos adhérents de façon transparente, et à les accompagner de manière efficace à tout moment de la vie. Ainsi éclairés, nos adhérents n’en seront que plus responsables ; c’est du moins le pari que nous faisons. Cette transparence devra également caractériser nos politiques d’utilisation des données personnelles et de santé : dans un contexte réglementaire mouvant et face à des comportements individuels divergents en la matière, il est urgent pour les mutuelles de se saisir de cette question pour en faire d’abord un sujet politique, débattu démocratiquement afin de recueillir le consentement individuel de chacun dans un cadre aussi collectif que possible et ensuite un sujet stratégique à l’appui de l’évolution de nos activités.

Renouer avec l’esprit d’engagement individuel et collectif

Nos mécanismes démocratiques et représentatifs ne peuvent plus suffire.

Nos mutuelles ne sont rien sans l’engagement de leurs parties prenantes : adhérents, élus, salariés, voire clients… Toute la « chaîne de valeur » de nos entreprises mutualistes doit être réinterrogée et mobilisée pour redonner à celles-ci de la consistance humaine. Que ce soit pour délibérer de l’évolution des réponses aux besoins en matière d’assurance ou de service, pour amplifier l’influence et l’ancrage territorial de nos mutuelles, ou pour travailler sur des projets innovants, nos mécanismes démocratiques et représentatifs ne peuvent plus suffire, a fortiori dans nos organismes qui pratiquent principalement les contrats collectifs. Surtout, cet engagement est nécessaire alors que nos mutuelles constituent en fin de compte les seuls acteurs collectifs qui ont à cœur de nourrir un large débat sur la protection sociale, alors qu’il a disparu du débat social et qu’il est devenu technocratique voire confidentiel dans l’enceinte politique : notre rôle est donc essentiel pour que nos concitoyens soient encore mobilisés quant à l’avenir de notre protection sociale solidaire.

Tous ces enjeux ne sont pas sans conséquences sur nos organismes. Chacun fait ses choix : autonomie, partenariats, fusions, regroupements… Le paysage mutualiste est en pleine restructuration avec des conséquences parfois lourdes en matière financière, démocratique et opérationnelle. Le propos n’est pas de porter des jugements de valeur car ces choix sont au moins à la mesure des ambitions que des moyens de chacun. Néanmoins, si l’ensemble du mouvement mutualiste (et pourquoi pas, d’ailleurs, en réunifiant mutuelles de santé et mutuelles d’assurance ?) pouvait s’engager dans des voies à la fois innovantes et conquérantes, nous passerions sans doute un peu moins de temps à déplorer la perte de parts de marché ou la surdité des pouvoirs publics.

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