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Paris : contre les grilles et les barrières, riverains solidaires et en colère

janv 05 2017

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Le 4 janvier, nous étions une centaine à la direction de la voirie et des espaces publics de la ville de Paris. Riverains, mal-logés, en colère et solidaires, nous avons manifesté tout l'après-midi contre les grilles anti-migrants installées sur nos trottoirs et nos rues. Nous restons déterminés dans la lutte contre ces pratiques honteuses et méprisables qui s'attaquent à tous les mal-logés, tous les clochards. Personne ne doit dormir dehors dans l'une des villes les plus riches du monde. Habitants mal-logés des quartiers populaires de la capitale, nous avons vu se multiplier les campements dans nos rues avec horreur et solidarité puis les expulsions et, de nouveau, les campements.

Nous avons vu des centaines, des milliers, de gens et d'enfants survivre au milieu des rats, des ordures, sous une chaleur intolérable, puis dans le froid. Pour beaucoup, nous avons aidé comme nous avons pu parce que, nous aussi, nous sommes mal-logés.

Aujourd'hui, non seulement grilles, barrières et vigiles se multiplient dans nos quartiers mais il nous faut en plus supporter que nos élus prétendent que c'est dans notre intérêt que l'on barricade le moindre trottoir sur nos avenues. Le maire du XIXème arrondissement a évoqué les « riverains » pour justifier les grilles sur l'avenue de Flandres et à Stalingrad.

Nous sommes riverains.

Riverains de misère de ceux à qui l'on voudrait nous opposer mais dont nous connaissons trop bien la situation.

Faut-il rappeler que le SAMU social ne répond à Paris qu'à 30 % des demandes ? Les familles et les isolés qui errent jour et nuit dans les rues sont migrants ou pas mais tous privés de leur droit le plus basique, celui d'un simple hébergement. Sur les avenues du XIXème, du Xème ou du XVIIIème arrondissements, des gens dorment dehors ou errent toute la journée en attendant un hypothétique hébergement nocturne. Ceci dure depuis des années. Les espaces publics sont aussi la seule pièce en plus, la seule intimité dont peuvent bénéficier tous ceux qui vivent dans des logements sur-occupés ou sont hébergés par des tiers chez lesquels il faut apprendre à rester discrets.

Les grilles, les barrières et les bancs que l'on retire et les parcs que l'on ferme pénalisent encore plus les Parisiens mal-logés. La manipulation consistant à prétendre qu'ils sont là pour nous protéger des « migrants » est insupportable.

Nous ne prendrons pas comme bouc émissaires ceux qui vivent la même chose, pire que nous.

Que l'on ne nous dise pas que la Ville de Paris fait tout ce qu'elle peut pour les migrants, les clochards et les mal-logés et qu'elle n'a pas les moyens de faire plus.

Quand on va jusqu'à installer des cabanes en bois pour un marché de Noël fantôme ou des jeux pour enfants sur les trottoirs d'une avenue ultra-fréquentée par les voitures en pleins pic de pollution, c'est que l'on a de l'argent à dépenser. Ni les dizaines d'expulsions de campement, ni les fausses solutions, comme une ou deux nuits d'hôtel payées pour faire disparaître les bidonvilles quelques jours ne sont gratuites.

Quand on peut dépenser de l'argent public pour chasser les gens, on peut le dépenser pour respecter leurs droits. Quand on ne respecte pas les droits des migrants, on ne respecte pas ceux des autres mal-logés.

Il y dix ans, la Ville de Paris prenait la décision d'exclure les familles sans-papiers du financement de l'hébergement sur les fonds municipaux et les rejetait vers le SAMU social, soi-disant « pour désengorger le dispositif ». Quelques années plus tard, cette exclusion a été étendue à toutes les familles parisiennes sans domicile fixe et c'est à cause de cela qu'aujourd'hui, elles sont baladées d'un bout à l'autre de l'Île de France, dans des hôtels hors de prix, alors qu'elles ont le droit d'avoir un logement et de payer un loyer décent, comme tout le monde.

Nous occupons aujourd'hui la direction de la voirie et des déplacements pour exiger le minimum, le retrait immédiat de toutes les barrières et grilles interdisant l'espace public à tout le monde. Dans l'une des villes les plus riches du monde, personne ne doit dormir dehors.

Mots-clés : mal-logement,

Entreprises : Ville de Paris,

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