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Le droit à la déconnexion, une nouvelle trouvaille sociale inutile

juil 11 2016

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La déconnexion, un faux problème devenu une contrainte supplémentaire.

Au printemps dernier, Intel Security révélait que les Français préfèreraient pour la plupart rester connectés pendant leurs congés. Six Français sur dix continuent en effet de consulter leurs e-mails personnels et professionnels au quotidien. Malgré cela, le législateur, tout à son souci de « partager » un travail de moins en moins évident, a donc imaginé un énième droit : celui à la déconnexion.

Alors qu'un tiers des actifs est désœuvré au travail, était-il indispensable d'inventer ce nouveau texte ?
Notre pays semble incapable d'arrêter sa (folle) machinerie à produire de la loi, des règlementations et des décrets. Il prétend simplifier et alléger le code du travail d'une part mais il invente simultanément 10 nouvelles contraintes ou obligations (qui ne seront pas plus respectées que les autres) qui alourdiront encore l'ambiance sociale du pays.

Dix millions de personnes sont insuffisamment occupées en France et ce prétendu problème de la « déconnexion » des travailleurs pourrait devenir une énième illusion sociale.

Le premier problème des salariés aujourd'hui tient aux faibles sollicitations intellectuelles de leur emploi, à un travail empêché et mal réalisé faute d'écoute ou de marges de manœuvre.
Yves Clot, professeur au CNAM et auteur de l'ouvrage Le travail à coeur, nous disait ceci en 2010 :

« Ce ne sont plus les travailleurs qui sont trop « petits », fragiles et à « soigner. C'est le travail et l'organisation qu'il faut soigner. C'est elle qui est trop étriquée et qui pousse de plus en plus de professionnels à endurer un travail ni fait ni à faire. Beaucoup de capacités et d'engagements sont gâchés, les ressources psychologiques et sociales des salariés sont gaspillées, leur énergie perdue dans des organisations qui la dissipe. (...) Les salariés ont davantage besoin de se reconnaître dans ce qu'ils font, plutôt que d'obtenir une reconnaissance faussée de leur plainte, cette plainte leur permet juste de supporter l'insupportable. Mieux vaut prendre le parti du travail de qualité, du travail bien fait plutôt que de chercher à ouvrir des « couloirs humanitaires » dans des organisations qui le maltraite ».

Le travail insuffisamment formateur en France

Le modèle dominant du travail en France reste le travail non ou peu qualifié, les seuls « forces » de travail et temps de présence de salariés qu'on considère toujours comme de la « main d'œuvre » et qui sont rarement accompagnés pour grandir ou progresser avec leur travail.

Si les réformes successives de la formation depuis 15 ans n'ont donné aucun résultat (2004, un pari perdu sur l'intelligence, 2009 une réforme pour rien et 2014 une réforme qui casse tout sans rien reconstruire) c'est bien parce que notre « modèle » social reste obstinément tourné vers un monde du travail déclinant, maintenu sous perfusion alors que la société de la connaissance change totalement le travail.

Le travail change de nature. Prétendre l'enserrer dans des horaires ou des contraintes de tous ordres, c'est à coup sûr le réduire.

Le travail a complément changé de moyens et de nature avec l'économie de la connaissance et de l'information. Comme l'a écrit Guy Le Boterf « les neurones ne se mettent pas en route au coup de sifflet ». L'investissement intellectuel ne peut plus être calé sur le cadran d'une horloge (9h00- 17h00) ou dans des locaux précis (le fameux mais désormais introuvable « poste de travail »).

Le travail n'est plus chronométrable, ni même localisé.

Prétendre protéger les travailleurs de sollicitations hors de leur temps de travail, c'est handicaper leur activité même. La France s'inscrit dans un ensemble de pays développés qui ne peuvent s'absoudre des règles du travail au temps de la mondialisation.
En France, on peut mourir du chômage (de 10 à 20 000 morts par an), on peut se morfondre dans un travail inintéressant (le « bore-out ») mais bienheureux ceux qui seraient trop sollicités (mieux vaut faire envie que pitié).

Si le travail devenait insupportable par trop de sollicitations, la meilleure solution serait de partir (la rupture conventionnelle a été inventée pour cela).

Dans une économie ouverte et libérale, le travail est un contrat et c'est à l'employeur de rendre celui-ci attractif et valorisant s'il veut conserver les meilleurs talents.

Le travail fordien a vécu mais les pouvoirs publics et les syndicats prétendent le conforter en lançant de dérisoires balises pour un XXème siècle révolu.

Le travail est devenu à la fois fragile, mobile et rapide, il est allergique à tout encapsulement dans un réseau d'obligations, de règlementations et de conformismes datant des siècles passés.

Ce droit à la déconnexion est une erreur de la part de pouvoirs publics et de syndicats qui ont trop à perdre pour oser changer de logiciel social.

Aujourd'hui, le travail qualifié demande une très forte mobilisation intellectuelle. Prétendre empêcher les salariés de travailler sur leur temps libre est aussi vain que de prétendre arrêter les vagues de la mondialisation ou celles de la société de la connaissance, une cause perdue d'avance pour des soldats d'un autre temps.

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2 commentaires

2 commentaires

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7 mois

on achève bien les chevaux

par Pierre Cuevas

sous prétexte de mondialisation, il faudrait laisser les salariés mourir du travail. Dans un monde idéal, effectivement les salariés qui ne sont pas satisfait de leur travail ont comme solution de le quitter mais c'est faire abstraction du taux de chômage. Le salarié qui est hyperactif n'est surement pas le salarié que l'employeur veut voir partir donc il n'acceptera pas une rupture conventionnelle. Le droit à la déconnexion n'est pas comme vous le prétendez une interdiction de travailler comme bon nous semble mais un droit de dire stop quand il y a abus.

30x30_identite2010Didier

7 mois

@ Pierre Cuevas

par Didier Cozin

Mourir au travail pour avoir lu ses Email durant un Week-end, vous y allez peut être un peu fort. Ce n'est pas d'épuisement dont souffrent la plupart des salariés en France mais d'un travail insuffisamment qualifié et formateur.

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