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Contribution et avis de la Fieci CFE CGC sur le rapport Mettling

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Bien que l'expression « business model », apparaisse 6 fois dans ce rapport de 122 pages, à part ces six occurrences, le rapport ne s’attache finalement qu’à l’aspect outil numérique et à son utilisation et sa prise en main par les salariés. Le rapport laisse ainsi de côté le bouleversement des processus de fonctionnement des entreprises et de toute la société en général dans son évolution vers l’hyper-connexion et l’économie numérique.

D’ailleurs, quand le rapport utilise l’expression « business model de l’économie numérique », il semble confondre en un seul et unique modèle tout l’existant de l’économie du web. Ce, bien que soient exposés en début de paragraphe 2 les effets différenciés de l’évolution vers l’économie numérique pour les différents secteurs.


Le corps du rapport n’utilise jamais le sigle RSE (utilisé uniquement une seule fois par FO dans sa proposition). Quant à l’expression « responsabilité sociale », elle n’est jamais utilisée. Pourtant, c’est ce devoir de responsabilité sociale qui constitue le garde-fou face aux dérives et aux risques de « cyber-délinquance ». Des lois existent, applicables sur le territoire national, quelle que soit la technologie utilisée.

Se focaliser sur les outils et proposer de nouveaux compteurs de mesures facilement mis en œuvre par les nouveaux outils numériques (tels que la création d’une notion de charge de travail venant au-dessus de la durée de travail) sont les cibles essentielles des préconisations.

Par ailleurs, le rapport se focalise sur le télétravail qui, certes, fait appel à des outils informatiques mais :

  • quand on met en place la possibilité de télétravailler, on n’a pas à changer son activité ;
  • maintes évolutions de type « numériques » ne font aucunement appel à un fossé technologique dans l’utilisation de nouveaux matériels et logiciels (voir l’exemple que nous donnons dans notre commentaire de la préconisation n° 29).

Analyse des 36 préconisations

Préconisation n° 1

  • Mobiliser les moyens de la formation afin d’accompagner la transition numérique

Préconisation n° 2

  • Lancer une consultation des branches pour mesurer leurs besoins en formation.

Oui mais…

La « transformation numérique, ce n’est pas que de nouveaux outils. Ce sont des possibilités nouvelles offertes aux affaires. Prenons l’exemple des « Uberpop » : n’importe qui, inscrit comme auto-entrepreneur et disposant d’un smartphone faisant aussi GPS pouvait s’inscrire sur le site. Former les chauffeurs de taxi parisiens à l’utilisation du GPS les auraient-ils aidés ? Alors qu’en Californie la justice a aussitôt requalifié les « Uberpops » comme salariés (cela a arrêté net le site) en France, il a fallu attendre un conflit majeur entre chauffeurs de taxi et transporteurs Uberpop pour arrêter cette pratique.

Préconisation n° 3

  • Intégrer le numérique parmi les savoirs fondamentaux dès l’école.

Oui mais là on est dans l’utilisation des ordinateurs, tablettes, « smart devices » et les logiciels qui viennent avec. Ce n’est pas du tout la problématique des entreprises. Ces dernières font face à la nécessité de faire évoluer leur « business model » c’est-à-dire de modifier leur « modèle global d’entreprise » en profondeur.

Préconisation n° 4

  • Confier une mission temporaire de mobilisation des acteurs du numérique à une structure existante.

Pourquoi temporaire ?
 
Préconisation n°5

  • S’appuyer sur la GPEC pour développer la requalification et la reconversion.

Le rapport confond le « savoir utiliser les outils nouveaux et acquérir les nouveaux usages » et la réelle obsolescence des compétences qui, elle, est d’ordre professionnel. Les deux ne vont pas de pair. On peut, par exemple, être un as d’Excel et n’avoir qu’une expérience de débutant en analyse financière...

Préconisation n° 6

  • Développer les formations de reconversion.

Ici encore, l’analyste ne sait pas distingur entre les métiers qui ont changé et ceux qui ne font qu’utiliser un outil numérique. En l’occurrence, il met « dans le même sac » des cas divers. Exemple flagrant: dans le métier de la photographie, le métier de développeur de négatifs a disparu avec la photo numérique alors que pour le métier de photographe, il n’y a que le remplacement d’une pellicule analogique par un disque SD.

 
Préconisation n° 7

  • Former les personnes destinées à mener la conversion vers une culture numérique.

Hélas, le numérique n’est pas qu’une « simple culture ». Par ailleurs, le passage de l’analogique vers le numérique ne s’effectue ni à vitesse constante, ni de manière uniforme…

Préconisation n° 8

  • Privilégier le management de proximité au sein de l’effort d’éducation numérique.

Retour vers le futur ou projection vers le passé ? Avec cette préconisation, l’auteur nous ramène avant l’an 2000 ! Or, nous sommes à l’ère des MOOC (« massive on-line open course »), successeur de l’e-training… Or, ces formations sont tout à fait antinomiques du management de proximité. Que le manager continue de pratiquer un management de proximité, oui mais cela n’a rien à voir avec une évolution vers le numérique.

Préconisation n° 9

  • Intégrer l’objectif de parité hommes-femmes dans la transformation numérique.

Je comprends que l’auteur ait été particulièrement choqué par la quasi-disparition du métier de secrétaire… Mais, désormais, l’évolution vers l’économie numériue concerne aussi bien des métiers où les hommes sont majoritaires que ceux où ce sont les femmes qui sont majoritaires. Sa préconisation de maintenir la parité hommes-femmes est louable mais, à notre connaissance, la « compétence numérique » est fort équilibrée entre hommes et femmes… Quant aux métiers à faible niveau de formation, quand les robots ont remplacé les ouvriers qualifiés ou non dans les usines automobiles, c’était pour l’immense majorité des hommes.

Préconisation n° 10

  • Systématiser et valoriser, dans l’enseignement supérieur, des formations à l’innovation ouverte et coopérative.

Il est étonnant que le rapport donne des axes uniquement dans le sens du « crowdsourcing », du travail collaboratif de masse et des fournisseurs de plates-formes tels que Google, Facebook et Amazon. Il existe bien d’autres moyens techniques d’assurer l’évolution vers les technologies les plus poussées du nuages numériques et de l’utilisation des « smart devices ». Il est encore plus étonnant que les impératifs de conformités réglementaires et de sécurité servent à choisir le mode « sourcing » et de « licencing ». Pourquoi « creative common » plutôt GNU ou autres ?

Préconisation n° 11

  • Adapter, pour les travailleurs du numérique concernés, le droit français pour sécuriser le forfait jours.

OK.

 
Préconisation n° 12

  • Créer des dispositifs fiscaux incitatifs pour promouvoir l’essaimage numérique des salariés.

Pourquoi pas ? Mais l’essaimage numérique du salarié ne signifie-t-il pas le départ de ce salarié de son entreprise ?

Préconisation n° 13

  • Développer l’investissement des entreprises dans l’accompagnement de start-ups.

OK.

Préconisation n° 14

  • Supprimer la référence aux avantages en nature pour les outils numériques.

Cette préconisation est pour le moins curieuse… En effet, dans la plupart des entreprises les salariés, notamment les cadres, sont mieux équipés en outils numériques que leur dotation au travail ; quand on dote un employé d’un outil numérique, c’est son outil de travail, ce n’est certainement pas assimilable à un avantage en nature.

Préconisation n° 15

  • Réinscrire les nouvelles formes de travail dans notre système de protection sociale.

C’est une bonne préconisation.

Préconisation n° 16

  • Devoir d’information des plates-formes de services pour l’établissement des droits et cotisations.

Cette préconisation est bonne.

Préconisation n° 17

  • Clarifier les situations respectives de salarié et de travailleur indépendant.

Sur le fond, cette préconisation est bonne. Mais, elle n’est pas spécifiquement liée à une quelconque évolution vers le numérique d’un métier. La différenciation existe, dans le droit du travail, par la notion de subordination.

Préconisation n° 18

  • Créer une plate-forme publique permettant à chacun de consulter ses droits.

OK.

Préconisation n°19

  • Compléter le droit à la déconnexion par un devoir de déconnexion.

C’est une bonne préconisation, dans son intention mais comment la mettre en œuvre, puisque l’individu peut se connecter depuis n’importe quel terminal. Au niveau de l’individu, cela ne pourra être qu’au mieux une recommandation, comme l’interdiction de fumer.

Préconisation n° 21

  • Développer les politiques de RH visant à renforcer le collectif au sein de l’entreprise.

L’intention est bonne mais les outils numériques visent à :

  • contrôler les temps individuels,
  • établir les performances,
  • donner des ratios et des quotas de rentabilité au niveau individuel, au niveau le plus fin possible.
On voit bien que la préconisation est antinomique de la finalité des outils numériques.

Préconisation n° 22
  • Développer des espaces de travail propices à la culture numérique.

Cette préconisation est aussi courte qu’elle ne veut rien dire ! Déjà, l’espace de travail est confiné à des plateaux du type « premier arrivé, premier servi » où l’employé n’a plus qu’un téléphone et une prise électrique pour son ordinateur portable ou son terminal.

Quant à définir ce qu’est la culture numérique…

Préconisation n° 23
  • Compléter la mesure du temps de travail par la mesure de la charge de travail pour les secteurs dans lesquels celle-ci est pertinente.


Oui mais le salarié sera rapidement sous une double contrainte : une contrainte de temps et une contrainte de charge. En plus, il est évalué sur les résultats chiffrés. Donc double joug pour le salarié.

Il aurait été compréhensible de proposer : « remplaçons le temps de travail par une notion de charge de travail ». Bien entendu, il faudra définir, métier par métier, secteur par secteur quelle est l’unité de charge. Il vaut mieux essayer avant car on s’apercevra vite que charge et nombre d’heure de travail sont proportionnels dans bien des métiers où il n’est pas question de conception. Dans ces conditions, la charge de travail ne sera-t-elle pas tout simplement le temps de travail déduit des pauses (conventionnelles) qui sont corrélées à la charge de travail ?
 
Préconisation n° 24

  • Intégrer le paramètre numérique dans la mesure et la prévention des risques professionnels

Oui mais aujourd’hui, ce n’est pas l’outil informatique lui-même qui rajoute aux risques professionnels mais la pression exercée par les contrôles rendus possibles par l’hyper-connexion.

Exemple : on sait déjà géo-localiser un commercial en temps réel ; on rajoute à sa tournée la gestion de rendez-vous et sa gestion de planning à partir du smartphone dont il est équipé et il se voit contraint de conduire en téléphonant.

Ce rapport met tout sur le dos de l’outil numérique lui-même alors que c’est l’accumulation de l’usage comme moyen de contrôle qui génère les risques professionnels. Au contraire, ce rapport préconise la multiplication, à la limite de l’absurde, des facettes de contrôle (tel que le doublage du temps de travail par la charge de travail), sans se poser de question sur les conséquences de telles préconisations.

Préconisation n° 25

  • Compléter la notion de performances individuelles par l’évaluation du collectif.

Maintes entreprises fixent déjà un double objectif : individuel et collectif, voire collectif au niveau de l’équipe plus collectif au niveau global de l’entreprise.

Cela n’a rien à voir avec l’évolution de l’économie vers le tout-numérique.

Préconisation n° 26

  • Diffuser les bonnes pratiques d’organisation du travail à distance.

Pourquoi ce rapport sous-entend-il que l’utilisation des outils numériques signifie
« travail à distance » ?

Certes, ces outils peuvent permettre le travail à distance. Mais les travailleurs continueront en majorité de travailler physiquement au sein de l’entreprise. L’auteur du rapport confond manifestement télétravail et numérisation de l’outil de travail (ce qui n’est pas involontaire).

Le chirurgien qui troque son scalpel pour une opération au laser, assistée par ordinateur reste dans son bloc opératoire. Comme autrefois le comptable qui, au lieu de faire ses tableaux à la main, passaient sur Excel. A-t-il jamais eu l’obligation de passer en mode de télétravail ?

En revanche, le responsable des achats qui, aujourd’hui, dispose d’un extranet pour recevoir les appels d’offres de ses fournisseurs connectés au système d’information de l’entreprise :

  • ce responsable des achats continue de travailler depuis son bureau ;
  • il gère des fournisseurs, qui, eux, réduisent leurs déplacements.

Demain, ce responsable des achats sera peut-être mené à gérer des prestataires individuels, moins chers que des entreprises déjà fournisseurs…

Ce n'est pas le travail à distance qui change la donne, c'est le modèle d'affaires.Remarque importante : c’est sur un rapport que Thierry Breton (alors ministre) a réalisé en 1993, que la loi n° 2012-387 du 22 mars 2012 légifère en sa section IV du télétravail. Cette loi est indépendante de l’outil informatique et il n’y a pas lieu de « réinventer la roue ».

Exemple : la société Atos (entreprise de services numériques, présidée par un certain Thierry Breton) dispose depuis 2013 d’un accord de télétravail parfaitement installé.

Atos n’a pas du tout eu à modifier son modèle d'affaires suite à la mise en œuvre de l’accord de télétravail.

Cela est d’ailleurs régulièrement constaté et nous n’avons pas d’exemple contraire.

Préconisation n° 27

  • Développer, en lien avec les collectivités territoriales, des tiers lieux pour accueillir les nouvelles formes de travail.

Le rapport reste dans la problématique du télétravail. Télétravail ne veut pas dire qu’il y a eu incrémentation du caractère numérique des outils. Cependant, la préconisation est bonne dans le cadre du télétravail.

Préconisation n° 28

  • Clarifier par accord d’entreprise la question de l’imputabilité en cas d’accident du travailleur à distance.

On est encore dans le cas du télétravail. Mais, pour le télétravail, la préconisation est effectivement bonne.
 
Préconisation n° 29

  • Inviter les entreprises à intégrer à leurs politiques de rémunération la notion de reconnaissance des efforts d’adaptation des compétences et des qualifications au numérique.

Cette préconisation n’a pas de sens par rapport aux enjeux actuels : il s’agit d’une évolution globale vers l’économie numérique par un changement de « business model » ou de « modèle global d’affaires de l’entreprise » qui, dans l’immense majorité des cas, ne demande pas forcément de grands changements aux outils numériques utilisés par les membres de l’entreprise. Exemple : une grande banque de détail, en ce moment (septembre 2015) annonce une éventuelle fermeture du quart de ses agences afin d’étendre ses services de banque-en-ligne.

Le problème est dans le changement de modèle d’affaires qui met en péril l'emploi de 25 % de ses agents du réseau ; il n’est pas dans les quelques nouveaux logiciels nécessaires à cette extension des services en ligne, dans un contexte où l’intégralité des employés sont déjà opérationnels sur les outils informatisés.

Préconisation n° 30

  • Encadrer strictement l’usage des données relatives aux salariés.

C’est une évidence bien partagée mais cette préconisation ne fait que soulever des questions restées irrésolues à ce jour.

En particulier, l’encadrement dont il est question existe déjà… Malheureusement, il ne s’applique qu’aux limites de l’Hexagone et des DOM-TOM. L’utilisation du « nuage numérique » (« cloud computing »), par l'éventuelle répartition des données et sa dissémination sur la planète entière. Le rapport ne parle que des « big data » (données massives)… Mais le nuage numérique sur lequel repose cet éparpillement des données n’est en rien lié aux « big data ».

Le rapport mélange plusieurs problématiques : données clients, données salariés, données usagers, données volontairement fournies par l’utilisateur (le « linkediner » ou le « facebooker ») et données administratives ou des services nécessaire à la gestion de la personne par son entreprise… Ce qui a malheureusement pour résultat de le réduire au mieux en une lapalissade et au pire en un argument sans signification.

 
Préconisation n° 31

  • Intégrer les outils numériques dans le dialogue social.

Préconisation n° 32

  • Favoriser l’accès aux outils numériques des partenaires sociaux.

Oui mais hors sujet par rapport à la disruption majeure que représente le changement de modèle à l’échelle globale de la France.


Préconisation n° 33

  • Développer au sein de l’entreprise une logique de co-construction et de co-innovation

Oui mais construire quoi ? Innover quoi ?

Encore une fois, il ne s’agit pas que de technologie : il s’agit de répondre, sur le plan social, à une explosion ou à un big-bang des modèles économiques existants.

Préconisation n° 34

  • Inscrire dans les priorités du prochain plan d’action de l’ANR des axes plus prospectifs, en lien avec la mutation du travail.

La préconisation est très courte : 25 mots qui n’ajoutent rien au libellé de la préconisation (également 25 mots).

Préconisation n° 35

  • Financer la recherche en sciences humaines et sociales par les investissements d’avenir.

Pourquoi pas ? Si ce n’est que le texte de cette préconisation ressemble à un mauvais résumé des usages du web dit 2.0 en mélangeant salariés, « crowdworkers », « e-DIY-customers » (« the ideal customer is the do-it-yourself customer on the web »). C’est indigne d’un rapport de ce niveau, offensant pour le salarié qui est lié par contrat à son employeur et absurde pour un « crowdworker » qui produit gratuitement par pur plaisir intellectuel (par exemple les contributeurs à Wikipedia) et qui n’a pas de lien de subordination.

Entreprises : FIECI,

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