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Résultats d’un sondage inédit mené auprès de 1 000 secrétaires de CE

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Le 15 septembre dernier, lors du Salon CE de Paris, Marc Kogon (SondageCE) et Stéphane Rozès (président de Cap) ont présenté la première partie des résultats du sondage 1 000 CE, enquête réalisée à l’initiative de 4 acteurs majeurs du monde des CE (groupe Alpha, Endered, ProwebCE et SalonsCE). Pour la première fois en France, une enquête donne la parole à 1 000 secrétaires de CE représentatifs des 33 750 sociétés françaises métropolitaines du domaine marchand.

Revue de détail avec Guillaume Martin, responsable des grands comptes chez Sémaphores, une société du groupe Alpha.

Lors du salon des CE de Paris, vous avez présenté la première partie des résultats du sondage que vous avez mené avec vos partenaires Endered, ProwebCE et Salons CE. Pourquoi cette présentation en deux parties ?

Guillaume Martin : Cette enquête intervient alors que l’on célèbre les 70 ans des comités d’entreprise, créés au lendemain de la seconde guerre mondiale. Nous souhaitions, d’une part, apporter un regard objectif et précis sur le travail de ces hommes et de ces femmes d’engagement, méconnu et trop peu valorisé à mon goût, et, d’autre part, resituer leur engagement au regard des dernières grandes réformes sociales. En quoi leur travail quotidien contribue au renouveau du dialogue social ? D’où nos deux parties, la première axée principalement sur les élus, avec des données sociologiques pour mieux répondre à une première question : qui sont les secrétaires de CE ? C’est cette première partie dont les résultats ont été dévoilés le 15 septembre dernier.

La deuxième partie rendra compte de leurs avis sur le modèle et le dialogue français, d’autant plus importants qu’ils sont des acteurs de premier plan de l’entreprise, à même de porter des revendications ou des attentes de la part des salariés mais aussi de relayer des informations sur la situation économique et sociale de leur entreprise, sur l’état d’esprit des salariés, sur l’organisation et les conditions de travail, tous points au centre des débats actuels autour de notre modèle social. D’où la volonté des quatre partenaires de donner une importance particulière à la diffusion des résultats de cette deuxième partie, présentés officiellement lors d’un colloque organisé en partenariat avec le Conseil économique social et environnemental (CESE) le 22 octobre prochain à l’attention des élus de comités d’entreprise. Ce colloque, « où en est le modèle social français ? », sera articulé autour de deux tables rondes donnant la parole aux principaux dirigeants syndicaux, avec la participation de Myriam El Khomri (Ministre du Travail, de l'Emploi, de la Formation professionnelle et du Dialogue social), de Jean-Paul Delevoye (président du CESE) et de Jean Auroux (ancien Ministre du Travail et auteur des lois Auroux sur le droit des comités d’entreprise).

Concernant les premiers résultats de cette enquête, quels enseignements en tirez-vous ?

Guillaume Martin : L’ampleur de l’échantillon nous permet de bénéficier d’une très faible marge d’erreur (3,05 %) et, donc, d’une grande fiabilité des résultats. Parmi les enseignements, j’aimerais en retenir trois principaux.

Le premier concerne la difficulté qu’éprouve un secrétaire de comité d’entreprise sur deux à trouver un successeur, notamment dans les secteurs de la communication et des autres services au sein desquels il n’existe pas une grande tradition syndicale, comme cela peut être le cas dans l’industrie ou les transports. Ainsi, plus de la moitié des secrétaires interrogés, âgés en moyenne de 43 à 50 ans, assurent avoir des difficultés à recruter quelqu’un pour leur succéder, à cause, selon eux, d’un désintérêt pour la fonction. Nous pouvons sans doute faire un lien avec la crise du militantisme, mais il est certain que la charge de travail que cela implique, la pression de certaines directions, parfois le manque de reconnaissance des salariés ou encore le frein pour la carrière que représente ce type de poste peuvent tout autant expliquer ce constat.

Le deuxième enseignement est plus connu, surtout pour nous qui accompagnons les comités d’entreprise. Il s’agit de leurs difficultés à suivre les évolutions législatives plutôt nombreuses dans la dernière période. Cela touche tout de même 2 secrétaires sur 3. Cela nécessite une remise à niveau quasi permanente des élus et, surtout, cela fragilise leur action auprès des salariés car dès que vous êtes attendu sur tous les sujets, l’action globale du comité d’entreprise perd en lisibilité.

Enfin, dernier enseignement, l’engagement des secrétaires de CE. Seuls 6 sur 10 se sentent proches d’une organisation syndicale, ce qui peut paraître faible au regard de l’apport historique des syndicats dans le développement des comités d’entreprise. Ce qui est moins surprenant, en revanche, c’est que plus vous êtes dans une grande entreprise, plus le taux de proximité avec une organisation syndicale est fort et inversement, si vous êtes élu dans une entreprise de moins de 100 salariés, ce taux passant ainsi de 90 % à 56,2 % !

Quels sont les axes d’enquête pour la seconde partie qui sera dévoilée le 22 octobre lors du colloque au Conseil économique, social et environnemental ?

Guillaume Martin : Après nos interrogations sur la personnalité des élus, sur leur parcours, leurs engagements et leurs difficultés, nous avons souhaité les interroger sur ce qu’ils pensent du modèle social français face aux exigences économiques. Ont-ils ainsi l’impression que le dialogue social se durcit en période de crise ? Nous avons un recul de 8 années. Nous voyons la croissance repartir chez nos voisins. Nous sommes en situation d’attente et le regard des élus est primordial pour comprendre ce qui se passe sur le terrain, dans nos entreprises. Cela participe du débat public auquel nous assistons tous, en tant que citoyens. Nous avons aussi voulu les interroger sur l’influence qu’avait eue, selon eux, la crise sur les conditions de travail et le moral des salariés, voire sur les activités sociales et culturelles. En effet, les comités d’entreprise contribuent, depuis 70 ans, à diffuser la culture dans tous les foyers. Avec la crise, les habitudes de consommation ont-elles évolué ? S’expriment-elles différemment et comment ?

Enfin, parce que c’est un sujet qui nous intéresse fortement, comment les secrétaires voient-ils l’avenir des IRP ? Nous savons qu’ils ont des difficultés à assurer la relève. Nous savons également, après l’étude sur les RPS des IRP que le groupe Alpha (Secafi et le Centre Études & Prospective) a récemment réalisé que les élus du personnel sont réellement en première ligne face aux risques psychosociaux.

Le colloque du 22 octobre sera l’occasion d’en débattre avec des acteurs de référence, autant des dirigeants syndicaux que des experts de ces questions. Naturellement, les réponses à la deuxième partie de l’enquête donneront, en direct, au travers des débats animés par Stéphane Rozès, les premières pistes de réflexion, de mise en perspective et, nous l’espérons, d’ouverture et d’avancées pour notre modèle social.

Mots-clés : CE,

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